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    Caisse de dépôt et placement du Québec - Des «votes» qui comptent

    28 mai 2011 |Claude Lafleur | Actualités économiques
    En mettant à jour sa politique sur l’investissement responsable, la Caisse de dépôt et placement a pris la décision d’exclure certaines entreprises spécifiques: celles qui fabriquent des mines antipersonnel et des armes à sous-munitions. <br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir En mettant à jour sa politique sur l’investissement responsable, la Caisse de dépôt et placement a pris la décision d’exclure certaines entreprises spécifiques: celles qui fabriquent des mines antipersonnel et des armes à sous-munitions.
    La Caisse a été la première au Canada à adopter une politique d'investissement responsableEn 2005, la Caisse de dépôt et placement du Québec a mis en œuvre une première Politique d'investissement responsable puis, l'année suivante, elle a été parmi les premiers signataires des Principes pour l'investissement responsable (PRI) de l'ONU. Elle est également membre du Groupe consultatif canadien du Carbon Disclosure Project, une initiative internationale visant à mesurer la réduction des émissions de carbone. Enfin, en janvier dernier, la Caisse a adhéré au Water Carbon Disclosure Project, une autre initiative du même groupe.

    Notre «bas de laine» national participe activement au mouvement de réforme de l'économie mondiale. «Nous avons été les premiers au Canada à adopter une politique d'investissement responsable», déclare Ginette Depelteau, vice-présidente principale, politiques et conformité, à la Caisse de dépôt.

    Avec des actifs de 150 milliards de dollars investis un peu partout dans les entreprises québécoises, canadiennes et internationales, la Caisse est un investisseur écouté, ajoute Johanne Pichette, directrice de l'investissement responsable et des marchés boursiers à la Caisse. «Lorsque la Caisse communique avec une entreprise, étant donné notre poids, les gestionnaires sont prêts à nous écouter et, souvent, à avancer dans la direction que nous souhaitons», dit-elle.

    Ce que confirme François Lebel, analyste principal en produits de consommation à la Caisse. «Chaque fois que nous rencontrons une direction d'entreprise, dit-il, on voit une progression. Si je regarde ce que c'était il y a cinq ans — lors de mes premières visites d'entreprise — et aujourd'hui, je vois une progression impressionnante dans les pratiques de gestion.»

    Selon Mme Depelteau, être un investisseur responsable consiste, pour la Caisse, «à procéder à l'évaluation des entreprises dans lesquelles nous investissons en fonction des critères ESG — écologiques, sociaux et de gouvernance — et de maintenir un dialogue constant avec les directions d'entreprise afin, parfois, de leur faire changer certaines pratiques».

    Droit de vote : un levier très important

    Étonnamment, l'une des meilleures façons que la Caisse a trouvées pour exercer son influence sur les entreprises est tout bonnement d'utiliser son droit de vote lors des assemblées d'actionnaires. «Cela a une influence incroyable sur les entreprises, parce que notre droit de vote est public», relate Mme Pichette. En fait, dévoile-t-elle, les entreprises communiquent souvent avec la Caisse avant même l'assemblée des actionnaires, parce qu'elles sont fort soucieuses de la façon dont celle-ci votera. «Les directions d'entreprise engagent avec nous un dialogue parce que la Caisse est un investisseur important, ajoute Mme Depelteau. Peu importe même le nombre de votes que nous avons lors d'une assemblée, le simple fait que la Caisse se prononce a toujours une influence et les entreprises en sont bien conscientes. C'est un levier très important!»

    «C'est notre façon de dire ce qu'on apprécie ou non de la direction que prend une entreprise», indique M. Lebel. Par conséquent, certaines discussions préalables mènent à des changements dans les propositions soumises aux actionnaires, précise Mme Pichette.

    Voilà pourquoi la première mesure à avoir été mise en place par la Caisse en faveur de la finance responsable a été, dès 1994, d'instituer une Politique sur les principes régissant l'exercice du droit de vote dans les sociétés cotées en Bourse. «C'est à nous de faire savoir, d'une façon très claire, ce qui nous préoccupe en exerçant notre droit de vote!», lance François Lebel. «Depuis 1994, on exerce notre droit de vote systématiquement dans toutes les entreprises dans lesquelles nous investissons», précise Ginette Depelteau.

    Une Caisse «sans morale» ?

    Au début de l'année, en mettant à jour sa politique sur l'investissement responsable, la Caisse a pris la décision d'exclure certaines entreprises spécifiques: celles qui fabriquent des mines antipersonnel et des armes à sous-munitions.

    «C'est une procédure exceptionnelle, souligne la vice-présidente aux politiques et conformité. On n'exclut aucun autre secteur puisque, ce qu'on vise à terme, c'est de changer le comportement des entreprises. Ainsi, on aimerait bien que les entreprises de mines antipersonnel cessent d'en fabriquer. C'est pourquoi, même si on les exclut, on demeure en communication avec elles afin de tenter de les influencer.»

    Pourquoi alors ne pas «exclure» d'autres secteurs d'activité, le tabac par exemple? «Il n'y aurait pas juste les fabricants de tabac, mais aussi ceux qui le vendent!», lance François Lebel. «Il pourrait aussi y avoir le domaine de l'alcool, des loteries et, pourquoi pas, du junk food!», s'empresse d'ajouter Johanne Pichette. Autrement dit: où donc tracer la ligne?

    De fait, cette question a fait l'objet d'un vif débat au sein de la Caisse, rapporte-t-on. On peut avoir des objections concernant plusieurs secteurs d'activité, fait-on valoir, et ça devenait une question de déterminer si la Caisse devrait ou non avoir une morale. «Prendra-t-on position concernant la malbouffe, l'alcool, le jeu...? Il y a quantité de sujets qui portent à discussion, vous savez...»

    Voilà pourquoi, rapporte Mme Depelteau, la Caisse a finalement décidé de s'en tenir au droit international. Les fabricants de mines antipersonnel ont ainsi été exclus du portefeuille de la Caisse parce que des conventions internationales les bannissent. «La notion de l'illégalité [d'une activité industrielle] permet de tracer une ligne de démarcation, indique Ginette Depelteau. Par contre, les questions morales ne font jamais de consensus; on pourrait discuter pour ou contre bien des enjeux de l'heure — contrairement au droit international. Voilà notre ligne directrice!»

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    Collaborateur du Devoir












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