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    Le monde change...

    «Nous pensons que Montréal a tout ce qu'il faut pour devenir un pôle de la finance responsable»

    28 mai 2011 |Claude Lafleur | Actualités économiques
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    La crise financière qui a frappé le monde en 2008 a durement affecté les économies nationales et les populations des pays développés. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la «richesse mondiale» (le PIB de tous les pays) aurait subi une perte de 10 000 milliards de dollars à cause de la crise.

    «Cette crise est le résultat, très prévisible, de trente ans de déréglementation financière et de spéculation effrénée», écrivent les auteurs d'un rapport intitulé «Portrait 2010 de la finance responsable au Québec». «Mais, pendant cette période, poursuivent-ils, nous avons aussi vu l'émergence d'une autre finance: la finance responsable.» Celle-ci repose sur des principes de finance solidaire et de placement fondés sur l'analyse des impacts écologiques, sociaux et de gouvernance des entreprises.

    Qu'en est-il au Québec?

    Si on peut avoir l'impression que rien n'a vraiment changé en matière de spéculation boursière, il n'en demeure pas moins que de nouvelles pratiques plus responsables se mettent en place. Ainsi, les Nations Unies ont institué en 2005 six Principes pour l'investissement responsable (PRI), qu'appliquent à présent plus de 850 grands investisseurs, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec.

    «À l'abri des abus financiers qui ont caractérisé la crise, écrit-on dans le rapport, cela représente aujourd'hui un nouveau modèle éthique: une finance qui dessert des objectifs sociétaux tout en générant des rendements raisonnables et compétitifs aux investisseurs et aux épargnants.»

    Voilà pourquoi une équipe de chercheurs de la Chaire d'éthique appliquée de l'Université de Sherbrooke et de CAP Finance (le Réseau de la finance solidaire et responsable) a cherché à dresser le portrait de la finance responsable au Québec. «Nous voulions voir quelle est l'offre en produits financiers responsables au Québec, rapporte Allison Marchildon, professeure adjointe au Département de philosophie et d'éthique appliquée de l'Université de Sherbrooke. Est-elle importante? Y a-t-il une offre de finance responsable substantielle et intéressante? Et en quoi est-elle intéressante?» Ce portrait se veut un outil pour aider autant les chercheurs que les gens du domaine à voir où nous en sommes au Québec. C'est une photo de la situation qui nous permettra ensuite de suivre les tendances vers lesquelles évolue la finance responsable.

    D'entrée de jeu, les auteurs du rapport notent qu'une profusion de concepts est utilisée pour décrire cette finance en émergence: «Certains parlent de fonds "éthiques", d'autres, "d'investissements socialement responsables", voire "soutenables", notent-ils. Mais, derrière ces variations, on trouve pourtant un même principe de base fondateur: la prise en compte de considérations éthiques, sociales et écologiques, au-delà des objectifs financiers traditionnels, dans les décisions d'investissement ou de placement.»

    Les auteurs observent aussi que le concept de finance socialement responsable comprend deux grands types de pratiques: le placement (sur les marchés financiers) et l'investissement (l'intervention financière directe en entreprise). Ils évaluent à plus de 160 millions les fonds disponibles pour des placements responsables et à plus de 13 milliards ceux disponibles pour des investissements responsables.

    Une pratique qui se répand

    «Qu'avons-nous observé?, poursuit Allison Marchildon. D'abord que ceux qui ont répondu à notre questionnaire gèrent une part de plus en plus grande des actifs qu'ils placent de façon socialement responsable. Voilà qui est fort intéressant, puisque ce n'est plus, comme il y a quelques années, une activité marginale mais bien une pratique de plus en plus courante.»

    En outre, on voit qu'une bonne part de ces investisseurs font ce qu'on appelle de l'activisme actionnarial, poursuit la professeure en éthique appliquée. «Non seulement exercent-ils leur droit de vote lors des assemblées d'actionnaires, dit-elle, mais près de 70 % des répondants sont en dialogue avec les entreprises dans lesquelles ils investissent.»

    C'est dire que, s'ils voient certains comportements de l'entreprise qui ne sont pas socialement ou écologiquement responsables, ces investisseurs en discutent avec la direction. «Cela nous sort de la démarche pression-réaction, pour plutôt nous engager dans un dialogue constructif, souligne Mme Marchildon. Or, dans le fond, l'objectif essentiel de la finance socialement responsable, c'est d'avoir un impact sur le comportement des entreprises afin de favoriser leur responsabilité sociale.»

    Enfin, près de la moitié des grands investisseurs qui pratiquent la finance responsable adhèrent aux Principes de l'investissement responsable (PRI) de l'ONU. «Il est intéressant de voir que les PRI sont en train de devenir incontournables, constate avec satisfaction la chercheure. Tout investisseur qui prétend faire de l'investissement responsable devra bientôt nécessairement adhérer aux PRI. C'est une donnée importante.»

    Pôle de la finance responsable ?

    Les auteurs du «Portrait 2010 de la finance responsable au Québec» espèrent faire un suivi régulier — tous les deux ou trois ans — de l'évolution du domaine. «Mais, comme cela représente beaucoup de travail, il faudra voir si c'est possible, indique Mme Marchildon. De plus, il faudra voir quel intervalle de temps est pertinent pour observer des changements.»

    À vrai dire, les auteurs de l'étude, ainsi que d'autres intervenants dans le domaine, aimeraient voir Montréal jouer un rôle international en matière de finance responsable. «Nous pensons que Montréal a tout ce qu'il faut pour devenir un pôle de la finance responsable, rapporte Allison Marchildon. Nous sommes situés entre New York et Londres — les deux grandes capitales financières — alors qu'il s'agit de pratiques qui deviennent de plus en plus importantes chez nous... Pourquoi ne pas faire de Montréal un pôle de la finance responsable... puisque nous en avons tout le potentiel?!», lance-t-elle joyeusement.

    ***

    Collaborateur du Devoir












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