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Sherbrooke - «Nous vivons présentement un moment charnière»

Théorie, pratique et formations vont de pair

Depuis sa création en 1999, la Chaire d'éthique appliquée de l'Université de Sherbrooke se penche sur les diverses questions éthiques qui se posent aux sociétés modernes. Depuis trois ans, elle s'intéresse au phénomène de la finance socialement responsable.

«En éthique appliquée, explique André Lacroix, titulaire de la Chaire d'éthique appliquée de l'Université de Sherbrooke, on peut commencer par travailler avec les personnes. Mais on se rend vite compte que cela n'est pas suffisant et qu'il faut aussi travailler avec les organisations, ce qui mène à un second niveau d'intervention. Et comme ces personnes et ces organisations fonctionnent dans une société alimentée par un système économique, le troisième niveau d'intervention devient alors l'économie.»

C'est un concours de circonstances qui a mis la Chaire d'éthique appliquée sur le chemin de CAP Finance, le regroupement des principaux acteurs de la finance socialement responsable au Québec, et qui l'a menée à ouvrir un nouveau chantier sur la finance socialement responsable. «C'était l'occasion parfaite qui nous permettait de nous pencher sur l'économie. D'ailleurs, ma thèse de doctorat portait justement sur les limites éthiques de l'économie. Nous vivons présentement un moment charnière. La financiarisation à outrance de l'économie a dépossédé les gouvernements et les collectivités de leur apport à l'économie et elle a causé la crise financière et la récession que nous avons connues. Dans ce contexte, l'apparition d'une finance socialement responsable devient une solution de rechange intéressante qui mérite qu'on l'étudie.»

Une démarche en deux volets

La démarche utilisée par la Chaire d'éthique appliquée sera identique à celle mise au point pour les autres questions d'éthique sur lesquelles elle s'est penchée. «À la création de la Chaire d'éthique appliquée, on a rapidement compris que la recherche fondamentale, aussi nécessaire soit-elle, ne peut pas suffire et qu'elle doit être complétée par des actions concrètes. C'est la raison pour laquelle nous avons aussitôt mis en place un volet de formation et d'intervention. Cela nous permet de conseiller et d'accompagner un organisme ou une personne lorsqu'une question éthique fait surface. Nous avons aussi formé des personnes capables de le faire au sein des organisations.» Notons au passage que la Chaire d'éthique appliquée est responsable de la formation en éthique pour plusieurs corps policiers, dont la Sûreté du Québec, ainsi que pour plusieurs ministères et organismes.

Il en sera donc ainsi pour la finance socialement responsable. «Dans un premier temps, il faudra définir précisément ce qu'est la finance socialement responsable, qui en sont les acteurs principaux et quels sont les outils à leur disposition. Prenons un des outils de la finance socialement responsable: le tamisage. Ce dernier peut être négatif ou positif. On refuse d'investir dans une entreprise qui, par exemple, fabrique des armes. Ou, au contraire, on investit dans une entreprise parce qu'elle possède une excellente fiche en matière de conditions de travail. Mais quels sont les critères qu'on devrait retenir pour le tamisage et est-ce que le tamisage est toujours nécessaire? Un autre cas est celui de l'activisme actionnarial. On investit dans une entreprise et on se sert du poids de nos actions pour influencer et changer la façon de faire de l'entreprise. Est-ce efficace et dans quel contexte? Ce sont de telles questions auxquelles il faut d'abord répondre avant de passer à la prochaine étape.»

Dilemmes à démêler

La tâche ne sera pas simple, car plusieurs des questions éthiques liées au financement socialement responsable sont complexes et peuvent devenir, pour ceux qui doivent prendre les décisions, un véritable casse-tête. «Prenons l'exemple d'une PME située dans un petit village au Québec. Son bilan est bon, son plan d'affaires aussi, mais elle a grandement besoin d'un nouvel investissement si elle veut poursuivre ses activités. Sans ces nouveaux fonds, l'entreprise devra fermer ses portes, ce qui entraînera possiblement la fermeture du village. À première vue, dans le contexte de la finance socialement responsable, on devrait investir dans cette PME. Par contre, les sous-traitants de cette PME, situés en Amérique latine, bafouent éhontément les droits de la personne. Doit-on financer la PME malgré tout et passer sous silence la mauvaise conduite des sous-traitants? Doit-on refuser d'investir par principe et risquer la fermeture du village? Doit-on exiger de la PME qu'elle trouve de nouveaux sous-traitants plus respectueux des droits de la personne? Ou doit-on plutôt investir dans l'entreprise et aider les sous-traitants à changer leurs comportements?»

Intervention et formation

Cet exemple illustre bien la complexité des questions éthi-ques dans le domaine de la finance socialement responsable. «C'est la raison pour laquelle il faut, dans un premier temps, bien cerner les enjeux de la finance socialement responsable et mettre en place des outils et des indicateurs nous permettant de bien mesurer la dimension éthique.»

Une fois ce travail fait, la Chaire d'éthique appliquée entend, dans un deuxième temps, passer au volet d'intervention et de formation. «Ensuite, il faudra mettre en place des modèles d'intervention et de formation afin d'outiller les dirigeants du monde de la finance quant à la dimension éthique de la finance, afin qu'ils puissent prendre la bonne décision et faire le bon choix. Cela représente un double défi. D'une part, il faudra développer les modèles d'intervention et de formation et, d'autre part, il faudra travailler avec le milieu financier si on veut que ces formations et ces interventions portent fruit. Idéalement, ces formations devraient être offertes là où on forme les financiers, c'est-à-dire à l'université.»

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