«L'industrie tend à se discipliner»
Le Fonds FTQ insiste sur le «bon voisinage»
Dès le début de ses activités, il y a près de 30 ans, le Fonds de solidarité FTQ a pris en compte une démarche sociale dans ses investissements. Il était à la fois naturel et nécessaire d'agir de la sorte pour un fonds issu du milieu syndicaliste qui est voué à la création d'emplois et au développement économique des milieux.
Premier vice-président aux investissements, Gaétan Morin dégage un élément majeur qui ressort de la responsabilité sociale dans le brassage des affaires: «C'est une grande question d'équilibre. Étant donné la nature de ce qu'on est et de nos racines, on a une mission de développement économique, mais également de développement social qui est accompagné d'un certain respect de l'environnement, parce qu'on possède une vision à très long terme de nos interventions; il importe donc de s'assurer que les investissements qu'on consent se situent en équilibre avec tout cela.»
Il élabore sur les paramètres en cause: «Pour le développement économique combiné avec celui d'ordre social, on parle beaucoup de cibler des créneaux porteurs d'avenir et de viser les régions; il y a là, pour moi, un aspect social important. Il est question de la création d'emplois de qualité et d'un développement économique québécois qui n'est pas centré uniquement sur Montréal.» Il existe un équilibre à trouver entre l'économique, le social et l'écologique.
Le Fonds se distingue dans son traitement des dossiers: «Quand un financier traditionnel effectue un placement dans une société, il regarde son bilan financier. Nous, on va au-delà de cette analyse en se positionnant un cran au-dessus de cette façon de procéder, ce qu'on fait depuis 28 ans: on dresse également un bilan social. Il y a bien sûr une équipe dédiée à l'aspect financier d'une transaction, mais on en a une autre qui, de son côté, est dotée d'une grande expertise dans le volet social de l'opération en cause.» Il fait ressortir certains points qui sont examinés: «On regarde notamment la qualité des relations de travail et celle des communications. On se demande comment est encadrée la question de la santé et de la sécurité au travail.»
Le Fonds se penche globalement sur toute l'organisation du travail: «Comme financier, je peux dire que c'est là l'exercice d'un métier complémentaire par rapport au mien, parce qu'on peut de la sorte davantage cibler notre risque: une entreprise qui ne donne pas assez d'importance à la qualité des communications entre le management ou entre la haute direction et ses employés ne performe pas à long terme. Une autre qui ne prend pas soin de la santé et de la sécurité de ses employés se retrouve dans la même situation.» Un facteur aggravant s'ajoute: «C'est d'autant plus vrai aujourd'hui dans certaines régions du Québec, au moment où il existe une pénurie de main-d'oeuvre dans certains métiers ou professions.»
Pour le Fonds, l'aspect du bilan social est même appelé à prendre plus d'importance dans les années à venir, comme le souligne Gaétan Morin: «On va se demander quel est l'âge moyen des travailleurs et si un plan de relève a été mis en place. Ce sont des questions qui nous servent, comme investisseurs et comme financiers, à obtenir un éclairage beaucoup plus large sur les risques encourus; on ajoute à nos données un angle supplémentaire et différent que d'autres ne possèdent pas.»
Une vision qui se répand...
De retour à la notion d'équilibre, il se tourne vers un autre élément qui pèse dans la balance: «Il est certain que, de nos jours, une entreprise qui ne respecte pas l'environnement et qui n'a pas une perspective de développement durable ne performe pas davantage à long terme. Il est beaucoup question du Plan Nord ces derniers temps et il faudra que le développement des ressources qui sont déjà là soit effectué de façon durable.»
Il se tourne vers l'industrie forestière: «On a créé, il y a trois ans, une entreprise qui s'appelle Solifor, en achetant de grandes superficies de terres à bois. On s'est assuré, comme fonds socialement responsable, que, dès nos premières acquisitions dans ce domaine, l'exploitation qu'on fait de la ressource soit basée sur des normes écologiques appropriées; il se résume dans une formule simple: si on coupe un arbre, on en plante un autre. On doit faire preuve de ce genre de préoccupations si on veut s'assurer que les activités d'une entreprise se déroulent selon une démarche de bon voisinage; on doit aller vers cela à long terme, que ce soit dans le secteur des ressources ou dans le fonctionnement de n'importe quelle industrie, ce qui, encore une fois, fait partie de l'équilibre entre le développement économique, social et écologique.»
Un impact accru sur l'économie
La finance socialement responsable se manifeste actuellement sur plusieurs fronts à la fois, sans toutefois produire des retombées majeures sur l'ensemble de l'économie québécoise. Gaétan Morin apporte cet éclairage: «En matière de capital déployé, on en est au départ; par contre, si on se tourne vers le Global Reporting Initiative [GRI], on voit que de plus en plus de sociétés publiques n'ont d'autre choix, en environnement, que de se comparer et de se mesurer avec ce qui se fait ailleurs dans le but de s'améliorer; les actionnaires sont plus nombreux à désirer que soit pris ce genre d'initiative où il est davantage question d'équilibre et de bon voisinage.»
Il témoigne de son expérience vécue: «Je constate que l'industrie tend à se discipliner et qu'on chemine dans la bonne direction. Est-ce qu'il s'agira d'une réaction en chaîne au cours de laquelle tout ira très rapidement? Ça reste à voir, mais il y a de l'ouverture, et ce qui aide beaucoup dans ce sens-là, ce sont les jeunes entrepreneurs.» Il apporte cette nuance d'importance: «Ce sont les entrepreneurs actuels dans leur ensemble qui ont une vision à long terme, en plus des jeunes qui arrivent sur le marché; ils sont déjà sensibilisés à cette vision qui fait partie de leurs valeurs.» Le Fonds est-il prêt à les suivre dans leurs démarches? «Et que oui», répond sans équivoque le vice-président.
***
Collaborateur du Devoir
Premier vice-président aux investissements, Gaétan Morin dégage un élément majeur qui ressort de la responsabilité sociale dans le brassage des affaires: «C'est une grande question d'équilibre. Étant donné la nature de ce qu'on est et de nos racines, on a une mission de développement économique, mais également de développement social qui est accompagné d'un certain respect de l'environnement, parce qu'on possède une vision à très long terme de nos interventions; il importe donc de s'assurer que les investissements qu'on consent se situent en équilibre avec tout cela.»
Il élabore sur les paramètres en cause: «Pour le développement économique combiné avec celui d'ordre social, on parle beaucoup de cibler des créneaux porteurs d'avenir et de viser les régions; il y a là, pour moi, un aspect social important. Il est question de la création d'emplois de qualité et d'un développement économique québécois qui n'est pas centré uniquement sur Montréal.» Il existe un équilibre à trouver entre l'économique, le social et l'écologique.
Le Fonds se distingue dans son traitement des dossiers: «Quand un financier traditionnel effectue un placement dans une société, il regarde son bilan financier. Nous, on va au-delà de cette analyse en se positionnant un cran au-dessus de cette façon de procéder, ce qu'on fait depuis 28 ans: on dresse également un bilan social. Il y a bien sûr une équipe dédiée à l'aspect financier d'une transaction, mais on en a une autre qui, de son côté, est dotée d'une grande expertise dans le volet social de l'opération en cause.» Il fait ressortir certains points qui sont examinés: «On regarde notamment la qualité des relations de travail et celle des communications. On se demande comment est encadrée la question de la santé et de la sécurité au travail.»
Le Fonds se penche globalement sur toute l'organisation du travail: «Comme financier, je peux dire que c'est là l'exercice d'un métier complémentaire par rapport au mien, parce qu'on peut de la sorte davantage cibler notre risque: une entreprise qui ne donne pas assez d'importance à la qualité des communications entre le management ou entre la haute direction et ses employés ne performe pas à long terme. Une autre qui ne prend pas soin de la santé et de la sécurité de ses employés se retrouve dans la même situation.» Un facteur aggravant s'ajoute: «C'est d'autant plus vrai aujourd'hui dans certaines régions du Québec, au moment où il existe une pénurie de main-d'oeuvre dans certains métiers ou professions.»
Pour le Fonds, l'aspect du bilan social est même appelé à prendre plus d'importance dans les années à venir, comme le souligne Gaétan Morin: «On va se demander quel est l'âge moyen des travailleurs et si un plan de relève a été mis en place. Ce sont des questions qui nous servent, comme investisseurs et comme financiers, à obtenir un éclairage beaucoup plus large sur les risques encourus; on ajoute à nos données un angle supplémentaire et différent que d'autres ne possèdent pas.»
Une vision qui se répand...
De retour à la notion d'équilibre, il se tourne vers un autre élément qui pèse dans la balance: «Il est certain que, de nos jours, une entreprise qui ne respecte pas l'environnement et qui n'a pas une perspective de développement durable ne performe pas davantage à long terme. Il est beaucoup question du Plan Nord ces derniers temps et il faudra que le développement des ressources qui sont déjà là soit effectué de façon durable.»
Il se tourne vers l'industrie forestière: «On a créé, il y a trois ans, une entreprise qui s'appelle Solifor, en achetant de grandes superficies de terres à bois. On s'est assuré, comme fonds socialement responsable, que, dès nos premières acquisitions dans ce domaine, l'exploitation qu'on fait de la ressource soit basée sur des normes écologiques appropriées; il se résume dans une formule simple: si on coupe un arbre, on en plante un autre. On doit faire preuve de ce genre de préoccupations si on veut s'assurer que les activités d'une entreprise se déroulent selon une démarche de bon voisinage; on doit aller vers cela à long terme, que ce soit dans le secteur des ressources ou dans le fonctionnement de n'importe quelle industrie, ce qui, encore une fois, fait partie de l'équilibre entre le développement économique, social et écologique.»
Un impact accru sur l'économie
La finance socialement responsable se manifeste actuellement sur plusieurs fronts à la fois, sans toutefois produire des retombées majeures sur l'ensemble de l'économie québécoise. Gaétan Morin apporte cet éclairage: «En matière de capital déployé, on en est au départ; par contre, si on se tourne vers le Global Reporting Initiative [GRI], on voit que de plus en plus de sociétés publiques n'ont d'autre choix, en environnement, que de se comparer et de se mesurer avec ce qui se fait ailleurs dans le but de s'améliorer; les actionnaires sont plus nombreux à désirer que soit pris ce genre d'initiative où il est davantage question d'équilibre et de bon voisinage.»
Il témoigne de son expérience vécue: «Je constate que l'industrie tend à se discipliner et qu'on chemine dans la bonne direction. Est-ce qu'il s'agira d'une réaction en chaîne au cours de laquelle tout ira très rapidement? Ça reste à voir, mais il y a de l'ouverture, et ce qui aide beaucoup dans ce sens-là, ce sont les jeunes entrepreneurs.» Il apporte cette nuance d'importance: «Ce sont les entrepreneurs actuels dans leur ensemble qui ont une vision à long terme, en plus des jeunes qui arrivent sur le marché; ils sont déjà sensibilisés à cette vision qui fait partie de leurs valeurs.» Le Fonds est-il prêt à les suivre dans leurs démarches? «Et que oui», répond sans équivoque le vice-président.
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Collaborateur du Devoir








