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    Perspectives - Relocalisation

    L'Amérique se prend à rêver que ses emplois qui ont été délocalisés en Chine pourraient bientôt revenir au pays. Cet espoir apparaît toutefois, sinon vain, à tout le moins mal placé.

    L'avantage concurrentiel de la Chine sur les États-Unis en matière de coûts de production dans le secteur manufacturier aura été ramené à zéro dans quatre ans, a prédit récemment la firme de consultant Boston Consulting Group (BCG). Cette prédiction spectaculaire arrive moins d'un an après que les Américains se sont fait ravir le titre de première puissance manufacturière au monde par les Chinois, mais aussi alors que le secteur manufacturier américain semble repren-dre vie après la période désastreuse de la crise.

    Selon la firme de consultants, ce recul de la Chine serait principalement attribuable à la hausse rapide du coût de sa main-d'oeuvre au cours des dernières années. Équivalant encore au tiers de ceux des États-Unis en 2005, ces coûts atteindraient 69 % dès 2015, sous l'effet, en Chine, de hausses salariales moyennes de 17 % par année et d'une poursuite de la lente appréciation du yuan, alors qu'au même moment, aux États-Unis, les salaires ne devraient augmenter que de 3 % par année, que le dollar devrait rester déprimé et que l'on prévoit des hausses de productivité.

    Comme la main-d'oeuvre ne compte en moyenne que pour 20 à 30 % de l'ensemble des coûts de production manufacturière — aux côtés de facteurs comme les matières premières et les équipements de production qui ont le même prix partout —, l'avantage chinois s'en trouverait réduit à 10 ou 15 %. Si l'on y ajoute les coûts de transport et de maintien de stocks plus grands, cet avantage serait réduit à néant.

    Plusieurs entreprises américaines, comme Caterpillar (machinerie lourde), Wham-O (les jouets Frisbee et Hula Hoop) et Sauber (meubles), ont déjà décidé de revenir aux États-Unis, rapporte BCG. Ils pourraient, à la place, déménager leurs activités vers d'autres contrées où les coûts de main-d'oeuvre sont restés bas, comme le Vietnam, l'Indonésie ou la Thaïlande, note-t-on, mais ces pays ne disposent souvent pas de la main-d'oeuvre qualifiée, des infrastructures ni des réseaux de fournisseurs nécessaires.

    L'idée que la croissance économique chinoise allait ultimement provoquer une hausse des coûts de sa main-d'oeuvre n'est pas nouvelle. On ne s'attendait toutefois pas à ce que cela se produise avant des décennies vu le bassin apparemment inépuisable de travailleurs chinois.

    La nouvelle ne serait évidemment pas pour déplaire aux Américains, qui ont l'impression depuis des années de mener une bataille perdue d'avance contre les Chinois, ni à leur président, qui leur a promis que la reprise économique passerait par une augmentation des exportations. Il n'y a pas qu'aux États-Unis que la nouvelle pourrait plaire d'ailleurs. Un peu tout le monde sur la planète est confronté à la formidable con-currence manufacturière du géant chinois.

    BCG précise cependant que la croissance de la demande du marché intérieur chinois assure, à elle seule, un long et bel avenir aux usines du pays. Ces dernières continueraient aussi d'avoir la cote en Europe qui ne dispose pas de la même «flexibilité» sur le plan des salaires et des conditions de travail dont «bénéficient» les États-Unis.

    Et pour cause! Il faut savoir que cette comparaison entre les coûts de production en Chine et aux États-Unis se base plus précisément sur les cas de la région du delta du Yangtse (où se trouve Shanghai) et du Mississippi. «Le Mississippi? L'État qui arrive 49e sur 50 dans pratiquement toutes les mesures de qualité de vie au pays?», ironisait la semaine dernière le chroniqueur américain de gauche, Harold Meyerson. Non. Le Mississippi comme exemple des retombées économi-ques possibles des normes du travail adoptées dans le sud des États-Unis et visant à avoir «moins de règles, moins de syndicats et moins de coûts», a répondu BCG.

    Il ne faut pas oublier qu'un autre «attrait» de ces mêmes États est leurs subventions et autres cadeaux fiscaux aux entreprises, mais qui ont aussi un coût pour la société. Quant à l'avantage conféré par le dollar déprimé, il ne devrait pas durer éternellement.

    Autres espoirs

    Ce ne sont toutefois pas là les seuls facteurs qui jouent en faveur, sinon d'un retour des emplois partis vers la Chine, à tout le moins d'un maintien d'une industrie manufacturière dans les pays développés.

    Plusieurs observateurs ont noté, ces dernières années, que la croissance des économies émergentes allait fatalement amener une hausse importante et durable des coûts de l'énergie et peser, par le fait même, de plus en plus lourdement sur les coûts de transport des marchandises de la Chine vers le reste du monde. Une prise en compte des coûts de la pollution ne ferait qu'augmenter encore plus la facture

    Il n'est pas nouveau, non plus, que l'on dise qu'il y a un coût rattaché au fait de ne pas garder près de soi l'ensemble de ses fournisseurs afin de pouvoir réduire la taille de ses stocks et réagir rapidement à d'éventuels problèmes ainsi qu'aux changements d'humeur de la clientèle. Le séisme au Japon a aussi récemment rappelé, notamment aux fabricants automobiles, le danger qu'il y a de dépendre d'une longue chaîne d'approvisionnement qui passe par les quatre coins d'une planète soumise constamment à tou-tes sortes d'aléas.

    On fait remarquer également que les technologies et l'innovation peuvent amener des gains de productivité qui font plus que compenser l'avantage comparatif des pays à faible coût de main-d'oeuvre.

    Le problème est que cela peut maintenir, et même parfois ramener des usines du secteur manufacturier, mais pas les niveaux d'emplois passés. Un autre problème est que les milliards qui pleuvent sur la Chine depuis des années lui ont aussi permis de se doter d'usines parmi les plus modernes et productives au monde. De toute manière, notait la semaine dernière la revue The Economist, le phénomène de délocalisation a été tellement massif dans certains cas que l'on a parfois l'impression qu'il est trop tard. Dans certains domaines, les pays riches ne disposent même plus des réseaux de fournisseurs nécessaires au retour des usines.
     
     
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