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    Gaz et pétrole - L'exploration rapporte moins d'un million au Québec

    Au cours des deux dernières années, l'État québécois a touché annuellement moins d'un million de dollars pour la totalité des permis de recherche de pétrole, de gaz naturel et de réservoirs souterrains émis, ce qui représente plus de 80 000 km2 de territoire. C'est ce qui ressort d'informations obtenues par Le Devoir en vertu de la Loi d'accès à l'information. Des chiffres qui semblent donner raison à ceux qui affirment que l'industrie pétrolière et gazière coûtera de l'argent au Québec au cours des prochaines années, du moins dans sa phase exploratoire.

    Selon les données fournies par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, pour l'ensemble des permis émis, Québec aurait touché 887 123,75 $ pour l'exercice 2010-2011 s'étant terminé le 31 mars dernier. Pour 2009-2010, le montant perçu pour les quelque 8 200 000 hectares assujettis à un permis s'est élevé à 807 519,42 $, un chiffre similaire à celui pour 2006-2007. La très vaste majorité des permis sont cédés moyennant un coût annuel de 10 ¢ l'hectare — un système en place depuis 1988 — mais certains le sont à 50 ¢ parce qu'ils sont valides depuis plus de cinq ans.

    Les montants les plus élevés perçus depuis 2005 l'ont été alors que les Québécois ignoraient pour la plupart que l'industrie pétrolière et gazière détenait des permis pour une bonne partie des basses terres du Saint-Laurent et de leur potentiel en gaz de schiste. Pour 2008-2009, Québec a ainsi récolté près de 1,4 million pour tous les permis en vigueur. Impossible cependant d'expliquer les raisons qui justifient le passage de ce montant à celui, beaucoup moins élevé, de 800 000 $ l'année suivante. Le ministère s'est contenté de fournir des chiffres, sans plus d'explication. Qui plus est, le ministère n'a pas fourni le détail des montants versés pour chacune des entreprises présentes sur le territoire québécois.

    Chose certaine, ces montants n'ont rien à voir avec ce qui prévaut dans l'ouest du pays. Comme l'indiquait récemment le commissaire au développement durable, la Colombie-Britannique a touché, en 2008, des recettes totales de 2,41 milliards pour ses permis d'exploration. «En se référant au prix moyen de 500 $ l'hectare en Alberta, le Québec aurait pu percevoir environ 5 milliards de dollars pour les dix millions d'hectares sous permis», a affirmé quant à lui le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement dans son rapport sur l'industrie du gaz de schiste. Une affirmation qualifiée de «pure fabulation» par le premier ministre Jean Charest.

    Québec s'est néanmoins engagé récemment à revoir le système des permis d'exploration, mais cela reste à préciser.

    Des millions de Québec

    Le gouvernement Charest a surtout promis d'investir — en lien avec le secteur des hydrocarbures — plusieurs millions de dollars au cours des prochaines années, beaucoup plus en fait que ce qu'il retire des montants perçus pour les permis. Et l'information récoltée servira en partie à l'industrie des sources d'énergie fossiles.

    Il s'est d'abord engagé à financer l'évaluation environnementale stratégique (EES) de l'industrie gazière et pétrolière qui doit être bientôt lancée. Celle-ci sera dotée d'un budget de sept millions de dollars puisés à même le «fonds de suppléance» du gouvernement. Qui plus est, Québec pourrait devoir dédommager les entreprises, puisque la tenue de cet examen scientifique risque de contrecarrer les plans d'affaires de certaines d'entre elles.

    Outre l'EES, les libéraux comptent injecter 6 millions de dollars sur trois ans afin d'«intensifier l'inspection des installations et des puits de gaz de schiste». Cela sans compter les sommes déboursées depuis quelques mois pour mener différentes inspections, qui ont mené à l'émission de plusieurs constats d'infraction sur différents sites de forage. Québec investira également 5 millions de plus pour acquérir de meilleures connaissances sur les eaux souterraines. Des informations qui pourraient aider à déterminer les meilleurs sites de forage et les méthodes à utiliser.

    Uniquement avec les trois mesures dont on connaît le montant précis, on parle de 18 millions de deniers publics. Pourtant, le commissaire au développement durable concluait, dans son plus récent rapport, que «le principe d'efficacité économique n'est pas encore intégré à la réalité québécoise en ce qui a trait à l'exploration et à l'exploitation des gaz de schiste». Il notait ainsi que, «à ce jour, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) n'a procédé à aucune analyse d'impact socioéconomique à long terme» portant sur le développement de cette filière énergétique.

    Combien faudra-t-il investir dans les infrastructures routières, dans le traitement des eaux usées, dans le suivi des puits condamnés et dans la mise en place de plans d'intervention, en cas d'accident? Et combien rapporteront les permis d'exploration, dont Québec s'est engagé à revoir le prix? Sans oublier les recettes tirées des redevances, difficiles à évaluer. Autant d'éléments qui restent à préciser, selon plusieurs.

    Bref, il n'est pas encore acquis que le décollage de l'industrie des sources d'énergie fossiles représentera une manne économique, contrairement à ce que répètent depuis des mois les joueurs de l'industrie et le gouvernement. Jusqu'à présent, l'exploration effectuée sur de vastes portions du territoire québécois a rapporté à peine quelques millions.












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