OPA sur Pechiney - Les actionnaires s'attendent à une hausse de l'offre d'Alcan
Il y a une semaine, vendredi 4 juillet, l'action d'Alcan clôturait à 42,30 $ à la Bourse de Toronto; celle de Pechiney, quant à elle, terminait la dernière séance de la semaine à la Bourse de Paris à 34,02 euros. Le lundi matin suivant, Alcan lançait une offre publique d'achat de Pechiney à 41 euros. Qu'en était-il hier à la fermeture des marchés? Le titre d'Alcan était à 41,80 $ et celui de Pechiney se retrouvait à 43,52 euros.
En somme, l'action d'Alcan a perdu 50 ¢ en une semaine tandis que celle de Pechiney a gagné 9,50 euros. Telle est pour l'instant la réponse du marché à cette OPA-surprise. Que faut-il déduire de ces chiffres? De toute évidence, les actionnaires de l'une et l'autre compagnie s'attendent à ce qu'Alcan augmente son offre. Ceux qui ont des actions de Pechiney font monter les enchères pour tirer un plus grand bénéfice et aussi pour que l'offre reflète davantage la valeur de l'entreprise tandis que ceux qui détiennent des titres d'Alcan craignent de devoir assumer un coût plus grand de cette acquisition.
Autour de 45 euros
Cette interprétation, celle de l'analyste Michael Fowler, de Valeurs mobilières Desjardins à Toronto, serait sans doute celle de tous les analystes et des observateurs. La tendance qui s'est manifestée sur le marché boursier cette semaine semble indiquer que la valeur de l'action de Pechiney se dirige allégrement vers les 45 euros. L'offre finale d'Alcan pourrait-elle se situer à ce plateau? Il est beaucoup trop tôt pour le dire.
Quelle serait la réaction du marché si un autre gros joueur décidait d'entrer dans la course? Bien sûr, le titre de Pechiney pourrait alors connaître une autre poussée importante. Pour l'instant, Travis Engen, président-directeur général d'Alcan, mise sur l'hypothèse que personne d'autre ne fera d'offre en vue de prendre le contrôle de la multinationale française. Les actionnaires d'Alcan sont plus craintifs à cet égard, d'où leur refus de s'emballer, même si tout le monde est d'accord pour dire que la complémentarité de ces deux grandes entreprises est indiscutable et qu'il y aurait assurément d'importantes économies de synergies à réaliser par suite de leur intégration.
Depuis lundi, M. Engen s'en est tenu à une position ferme pour dire que son offre à 41 euros était finale, ce qui est sans doute de bonne guerre, mais personne, en fait, ne le prend au sérieux sur ce point, à commencer par les propres actionnaires d'Alcan.
Les efforts de Rodier
En revanche, Jean-Pierre Rodier, président-directeur général de Pechiney, ne ménage rien pour faire remonter la valeur marchande des actions de sa société. Hier par exemple, il a accordé des entrevues à deux grands médias, Le Figaro et le Financial Times, afin de dire pourquoi, à son avis, cette OPA était hostile et surtout pour parler de la valeur de Pechiney.
On lui a demandé quel était, à son avis, le prix de Pechiney. Sa réponse: «Le prix offert par Alcan est ridicule! Il me semble nécessaire, à ce stade, de faire le point sur notre cours de Bourse, qui surréagit quand interviennent de mauvaises nouvelles et qui revient ensuite à sa vraie valeur. Par exemple, après les événements du 11 septembre 2001, notre cours est tombé à 30 euros avant de remonter à plus de 60 euros début 2002. À l'époque, pourtant, la situation économique n'était pas florissante: les cours de l'aluminium étaient au même niveau qu'aujourd'hui et la crise de l'aéronautique était déjà enclenchée. Surréagissant à la chute du dollar, notre titre avait fortement chuté depuis quelques mois. Mais ces derniers temps, il avait amorcé une reprise et ce n'était pas de la spéculation.»
Puis, cette autre question pertinente: est-ce à dire que ce prix de 60 euros serait un point de départ de négociations amicales avec Alcan? La réponse est tout à fait laconique et prudente: «Ce n'est pas la question qui se pose à moi aujourd'hui.» M. Rodier ajoute toutefois que ce qui était la meilleure solution il y a quatre ans, au moment où Pechiney avait décidé de fusionner avec Alcan et Algroup, n'est pas forcément la meilleure aujourd'hui.
M. Rodier considère que M. Engen, voyant la remontée du titre de Pechiney, a voulu couper court à cette flambée en lançant son OPA, sans même attendre huit jours de plus, comme il le lui demandait, afin de consulter le conseil d'administration de Pechiney. Il soutient avoir été surpris et choqué par cette attitude. «Il s'agit d'un véritable rapt», dit-il.
Cette OPA devient donc hostile à ses yeux et l'est d'autant plus que le prix offert est nettement insuffisant, répète-t-il. M. Rodier affirme avoir sondé les principaux actionnaires, lesquels détiennent environ 40 % du capital de Pechiney, et tous l'auraient assuré de leur confiance dans le conseil d'administration, lequel recommande de ne pas vendre leurs actions à Alcan.
Enfin, M. Rodier refuse complètement de faire des confidences à propos des contacts qu'il aurait pu avoir avec d'autres grands joueurs, comme Norsk Hydro. Il évite également d'élaborer au sujet de la stratégie qu'il entend adopter dans les jours à venir, mais il se prépare à un long siège: «De toute façon, une telle opération prend plusieurs mois. C'est un marathon! J'ai donc demandé aux équipes de Pechiney de se préparer à une course de longue haleine. Mon rôle est de définir aujourd'hui quel est le meilleur avenir industriel et actionnarial pour Pechiney. Devons-nous continuer notre développement seuls? C'est une première option que nous pouvons sans difficulté envisager car Pechiney est une entreprise superbe.»
Le p.-d.g. mentionne que Pechiney a accru son avance technologique dans l'aluminium primaire, que 100 % des usines du monde occidental lancées en 2002 ont utilisé sa technologie, que l'entreprise a pris d'importantes parts de marché dans la transformation de l'aluminium, etc.
En conclusion, M. Rodier avoue qu'il pourrait étudier les partenariats possibles. «Pechiney a fait des ajouts exceptionnels qui attirent les convoitises. Et je n'ai pas la réputation d'être fermé aux discussions sur des bases sérieuses et amicales», ajoute-t-il. Il est donc encore disposé à parler affaires, même avec Travis Engen.
En somme, l'action d'Alcan a perdu 50 ¢ en une semaine tandis que celle de Pechiney a gagné 9,50 euros. Telle est pour l'instant la réponse du marché à cette OPA-surprise. Que faut-il déduire de ces chiffres? De toute évidence, les actionnaires de l'une et l'autre compagnie s'attendent à ce qu'Alcan augmente son offre. Ceux qui ont des actions de Pechiney font monter les enchères pour tirer un plus grand bénéfice et aussi pour que l'offre reflète davantage la valeur de l'entreprise tandis que ceux qui détiennent des titres d'Alcan craignent de devoir assumer un coût plus grand de cette acquisition.
Autour de 45 euros
Cette interprétation, celle de l'analyste Michael Fowler, de Valeurs mobilières Desjardins à Toronto, serait sans doute celle de tous les analystes et des observateurs. La tendance qui s'est manifestée sur le marché boursier cette semaine semble indiquer que la valeur de l'action de Pechiney se dirige allégrement vers les 45 euros. L'offre finale d'Alcan pourrait-elle se situer à ce plateau? Il est beaucoup trop tôt pour le dire.
Quelle serait la réaction du marché si un autre gros joueur décidait d'entrer dans la course? Bien sûr, le titre de Pechiney pourrait alors connaître une autre poussée importante. Pour l'instant, Travis Engen, président-directeur général d'Alcan, mise sur l'hypothèse que personne d'autre ne fera d'offre en vue de prendre le contrôle de la multinationale française. Les actionnaires d'Alcan sont plus craintifs à cet égard, d'où leur refus de s'emballer, même si tout le monde est d'accord pour dire que la complémentarité de ces deux grandes entreprises est indiscutable et qu'il y aurait assurément d'importantes économies de synergies à réaliser par suite de leur intégration.
Depuis lundi, M. Engen s'en est tenu à une position ferme pour dire que son offre à 41 euros était finale, ce qui est sans doute de bonne guerre, mais personne, en fait, ne le prend au sérieux sur ce point, à commencer par les propres actionnaires d'Alcan.
Les efforts de Rodier
En revanche, Jean-Pierre Rodier, président-directeur général de Pechiney, ne ménage rien pour faire remonter la valeur marchande des actions de sa société. Hier par exemple, il a accordé des entrevues à deux grands médias, Le Figaro et le Financial Times, afin de dire pourquoi, à son avis, cette OPA était hostile et surtout pour parler de la valeur de Pechiney.
On lui a demandé quel était, à son avis, le prix de Pechiney. Sa réponse: «Le prix offert par Alcan est ridicule! Il me semble nécessaire, à ce stade, de faire le point sur notre cours de Bourse, qui surréagit quand interviennent de mauvaises nouvelles et qui revient ensuite à sa vraie valeur. Par exemple, après les événements du 11 septembre 2001, notre cours est tombé à 30 euros avant de remonter à plus de 60 euros début 2002. À l'époque, pourtant, la situation économique n'était pas florissante: les cours de l'aluminium étaient au même niveau qu'aujourd'hui et la crise de l'aéronautique était déjà enclenchée. Surréagissant à la chute du dollar, notre titre avait fortement chuté depuis quelques mois. Mais ces derniers temps, il avait amorcé une reprise et ce n'était pas de la spéculation.»
Puis, cette autre question pertinente: est-ce à dire que ce prix de 60 euros serait un point de départ de négociations amicales avec Alcan? La réponse est tout à fait laconique et prudente: «Ce n'est pas la question qui se pose à moi aujourd'hui.» M. Rodier ajoute toutefois que ce qui était la meilleure solution il y a quatre ans, au moment où Pechiney avait décidé de fusionner avec Alcan et Algroup, n'est pas forcément la meilleure aujourd'hui.
M. Rodier considère que M. Engen, voyant la remontée du titre de Pechiney, a voulu couper court à cette flambée en lançant son OPA, sans même attendre huit jours de plus, comme il le lui demandait, afin de consulter le conseil d'administration de Pechiney. Il soutient avoir été surpris et choqué par cette attitude. «Il s'agit d'un véritable rapt», dit-il.
Cette OPA devient donc hostile à ses yeux et l'est d'autant plus que le prix offert est nettement insuffisant, répète-t-il. M. Rodier affirme avoir sondé les principaux actionnaires, lesquels détiennent environ 40 % du capital de Pechiney, et tous l'auraient assuré de leur confiance dans le conseil d'administration, lequel recommande de ne pas vendre leurs actions à Alcan.
Enfin, M. Rodier refuse complètement de faire des confidences à propos des contacts qu'il aurait pu avoir avec d'autres grands joueurs, comme Norsk Hydro. Il évite également d'élaborer au sujet de la stratégie qu'il entend adopter dans les jours à venir, mais il se prépare à un long siège: «De toute façon, une telle opération prend plusieurs mois. C'est un marathon! J'ai donc demandé aux équipes de Pechiney de se préparer à une course de longue haleine. Mon rôle est de définir aujourd'hui quel est le meilleur avenir industriel et actionnarial pour Pechiney. Devons-nous continuer notre développement seuls? C'est une première option que nous pouvons sans difficulté envisager car Pechiney est une entreprise superbe.»
Le p.-d.g. mentionne que Pechiney a accru son avance technologique dans l'aluminium primaire, que 100 % des usines du monde occidental lancées en 2002 ont utilisé sa technologie, que l'entreprise a pris d'importantes parts de marché dans la transformation de l'aluminium, etc.
En conclusion, M. Rodier avoue qu'il pourrait étudier les partenariats possibles. «Pechiney a fait des ajouts exceptionnels qui attirent les convoitises. Et je n'ai pas la réputation d'être fermé aux discussions sur des bases sérieuses et amicales», ajoute-t-il. Il est donc encore disposé à parler affaires, même avec Travis Engen.
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