Gaz de schiste - Les promesses ne valent pas des analyses chiffrées
Professeur en sciences comptables, Jacques Fortin invite Québec à reprendre le débat sur des bases sérieuses
La ministre Nathalie Normandeau a beau répéter depuis des mois que l'exploitation du gaz de schiste engendrerait des bénéfices énormes pour le Québec, la chose est loin d'être acquise, selon ce qui ressort d'une analyse rédigée par un professeur en sciences comptables à HEC Montréal, Jacques Fortin. Celui-ci remet notamment en question les principaux arguments de vente de l'industrie et du gouvernement Charest, en plus d'insister sur les coûts importants que risque de devoir assumer l'État québécois.
Selon M. Fortin, c'est en partie parce que l'ensemble de ce projet gazier est «mal chiffré» que la résistance est aussi forte. Il presse donc le gouvernement d'établir «exhaustivement, en toute indépendance, expertises sérieuses à l'appui et, du point de vue du citoyen, tous les revenus et tous les coûts qui sont associés à cette opération gaz de schiste».
Car même si la ministre Normandeau a déjà dit qu'«on va faire du cash» avec cette nouvelle source d'énergie fossile, jusqu'à présent, les arguments de vente ont été mal évalués. C'est le cas des retombées annuelles, évaluées à 250 millions par les libéraux. «Ces annonces de revenus nous sont faites sans être appuyées par la moindre hypothèse sur l'envergure de l'exploitation requise pour atteindre ce niveau de revenu», soutient Jacques Fortin dans son analyse intitulée «Gaz de schiste, une perspective comptable».
Qui plus est, il invite à la «modestie» en ce qui a trait aux recettes fiscales à tirer de cette filière, d'autant que «l'industrie extractive bénéficie de généreux crédits d'impôt accordés justement en contrepartie des coûts d'exploration encourus». Et «comme plusieurs de nos exploitants potentiels sont étrangers, on ne peut mettre à plat l'hypothèse de l'exode d'une partie de ces maigres recettes fiscales espérées».
Sur le plan comptable, il estime en outre qu'il est faux de prétendre que le Québec économiserait deux milliards de dollars annuellement en cessant d'importer son gaz, un argument phare de l'industrie et des libéraux. «Il me semble que l'on omet de considérer que les Québécois continueront d'acheter et de payer leur gaz, au prix mondial, à des sociétés majoritairement étrangères qui alloueront ensuite leurs gains là où, dans le monde, cela sera le plus avantageux pour elles.»
Le professeur s'interroge par ailleurs sur la proportion des emplois qui seront attribués à de la main-d'oeuvre locale en raison du caractère «très spécialisé» des postes offerts dans ce secteur. Aucune formation spécifique n'existe à l'heure actuelle au Québec. M. Fortin estime aussi que la naissance de cette industrie au Québec pourrait «priver notre société des innovations qui lui seront nécessaires pour demeurer compétitive dans un monde qui se construit autour des concepts de développement durable. Dans ce cas, notre projet gazier serait davantage destructeur de l'emploi de demain que créateur d'emploi aujourd'hui et sans doute nuisible au développement de l'industrie de l'énergie renouvelable déjà bien installée chez nous».
Coûts pour l'État
En plus de mettre en doute les retombées possibles pour le Québec, M. Fortin prévient que l'État pourrait devoir assumer des coûts importants, coûts qui n'ont jusqu'ici pas été évalués.
La perte de quiétude qui résulte d'une telle activité industrielle, la destruction des paysages et le fait que les projets gaziers portent atteinte au droit de propriété pourraient par exemple affecter la valeur des propriétés. Qui paiera la note? «En toute équité, cette baisse de valeur marchande doit être compensée pour tous les propriétaires des régions touchées et si cela ne vient pas des promoteurs du projet ce sera à l'État de le faire à même les revenus qu'il tirera de cette aventure technologique et financière.»
En ce qui a trait aux risques de dommages à la nappe phréatique, «puisque ni les assureurs ni les promoteurs n'assumeront ce risque, ce sera à l'État de le supporter au nom des citoyens et encore une fois de prendre la facture». Même chose pour les coûts des soins de santé et de sécurité additionnels qui résulteront du stress imposé aux populations affectées par les transformations de leur environnement.
Sans oublier les factures salées pour la réfection des infrastructures routières endommagées, pour la remise en état des terres abandonnées, pour le monitorage des puits orphelins et pour le traitement de l'eau contaminée par la fracturation.
L'ensemble de ces coûts, considérés comme des externalités, pourrait être estimé «avec un degré raisonnable de précision», selon M. Fortin. Au gouvernement de le faire, ajoute-t-il. Ces calculs sont, à son avis, de loin préférables à une campagne de relations publiques souvent perçue comme «une tentative de masquer les faiblesses d'une analyse incomplète ou une réalité difficilement acceptable».
Selon M. Fortin, c'est en partie parce que l'ensemble de ce projet gazier est «mal chiffré» que la résistance est aussi forte. Il presse donc le gouvernement d'établir «exhaustivement, en toute indépendance, expertises sérieuses à l'appui et, du point de vue du citoyen, tous les revenus et tous les coûts qui sont associés à cette opération gaz de schiste».
Car même si la ministre Normandeau a déjà dit qu'«on va faire du cash» avec cette nouvelle source d'énergie fossile, jusqu'à présent, les arguments de vente ont été mal évalués. C'est le cas des retombées annuelles, évaluées à 250 millions par les libéraux. «Ces annonces de revenus nous sont faites sans être appuyées par la moindre hypothèse sur l'envergure de l'exploitation requise pour atteindre ce niveau de revenu», soutient Jacques Fortin dans son analyse intitulée «Gaz de schiste, une perspective comptable».
Qui plus est, il invite à la «modestie» en ce qui a trait aux recettes fiscales à tirer de cette filière, d'autant que «l'industrie extractive bénéficie de généreux crédits d'impôt accordés justement en contrepartie des coûts d'exploration encourus». Et «comme plusieurs de nos exploitants potentiels sont étrangers, on ne peut mettre à plat l'hypothèse de l'exode d'une partie de ces maigres recettes fiscales espérées».
Sur le plan comptable, il estime en outre qu'il est faux de prétendre que le Québec économiserait deux milliards de dollars annuellement en cessant d'importer son gaz, un argument phare de l'industrie et des libéraux. «Il me semble que l'on omet de considérer que les Québécois continueront d'acheter et de payer leur gaz, au prix mondial, à des sociétés majoritairement étrangères qui alloueront ensuite leurs gains là où, dans le monde, cela sera le plus avantageux pour elles.»
Le professeur s'interroge par ailleurs sur la proportion des emplois qui seront attribués à de la main-d'oeuvre locale en raison du caractère «très spécialisé» des postes offerts dans ce secteur. Aucune formation spécifique n'existe à l'heure actuelle au Québec. M. Fortin estime aussi que la naissance de cette industrie au Québec pourrait «priver notre société des innovations qui lui seront nécessaires pour demeurer compétitive dans un monde qui se construit autour des concepts de développement durable. Dans ce cas, notre projet gazier serait davantage destructeur de l'emploi de demain que créateur d'emploi aujourd'hui et sans doute nuisible au développement de l'industrie de l'énergie renouvelable déjà bien installée chez nous».
Coûts pour l'État
En plus de mettre en doute les retombées possibles pour le Québec, M. Fortin prévient que l'État pourrait devoir assumer des coûts importants, coûts qui n'ont jusqu'ici pas été évalués.
La perte de quiétude qui résulte d'une telle activité industrielle, la destruction des paysages et le fait que les projets gaziers portent atteinte au droit de propriété pourraient par exemple affecter la valeur des propriétés. Qui paiera la note? «En toute équité, cette baisse de valeur marchande doit être compensée pour tous les propriétaires des régions touchées et si cela ne vient pas des promoteurs du projet ce sera à l'État de le faire à même les revenus qu'il tirera de cette aventure technologique et financière.»
En ce qui a trait aux risques de dommages à la nappe phréatique, «puisque ni les assureurs ni les promoteurs n'assumeront ce risque, ce sera à l'État de le supporter au nom des citoyens et encore une fois de prendre la facture». Même chose pour les coûts des soins de santé et de sécurité additionnels qui résulteront du stress imposé aux populations affectées par les transformations de leur environnement.
Sans oublier les factures salées pour la réfection des infrastructures routières endommagées, pour la remise en état des terres abandonnées, pour le monitorage des puits orphelins et pour le traitement de l'eau contaminée par la fracturation.
L'ensemble de ces coûts, considérés comme des externalités, pourrait être estimé «avec un degré raisonnable de précision», selon M. Fortin. Au gouvernement de le faire, ajoute-t-il. Ces calculs sont, à son avis, de loin préférables à une campagne de relations publiques souvent perçue comme «une tentative de masquer les faiblesses d'une analyse incomplète ou une réalité difficilement acceptable».








