Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Perspectives - La faute à nous-mêmes

    «La crise était évitable», a conclu la majorité démocrate d'une commission d'enquête américaine sur la crise financière. Pourtant, rien ne laisse croire que l'on saura faire mieux la prochaine fois.

    Le rapport de la Commission d'enquête sur la crise financière du Congrès américain a étrangement assez peu attiré l'attention, la semaine dernière, en dépit de l'importance de l'événement qu'il devait expliquer. Il est vrai que ses 662 pages, rédigées au terme d'une vingtaine de mois de travail, de la comparution de 700 témoins, de 19 jours d'audience et de l'examen de millions de pages de documents, contenaient, somme toute, assez peu de nouvelles informations, mais tout de même. Il était question de la plus grave crise financière de l'histoire mondiale, pire encore que celle de 1929, a finalement admis à la Commission le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Ben Bernanke. À un moment donné, jusqu'à 12 des 13 principaux groupes financiers américains étaient au bord de la faillite, a-t-il confié aux enquêteurs.

    Les causes de ce désastre, selon la Commission, sont désormais bien connues, mais non moins accablantes. Elle blâme en premier lieu les agences de régulation, comme la Fed et la commission des valeurs mobilières (Securities and Exchange Commission), de ne pas avoir exercé les rares, mais non moins réels pouvoirs de surveillance et d'intervention que leur avaient laissés trente années de déréglementation. On condamne la scandaleuse cupidité, mais aussi l'amateurisme ahurissant des institutions financières avec leurs subprimes, PCAA, credit swaps et autres idées fumeuses. On dénonce l'endettement effréné et suicidaire des banques, mais aussi des familles américaines. On relève entre autres choses, également, l'«échec abyssal» des agences de crédits et l'improvisation du gouvernement dans les heures critiques.

    Plusieurs noms ressortent du lot dans ce portrait dévastateur, à commencer par celui d'Alan Greenspan, ancien président de la Fed et pape de la religion de l'autorégulation de marchés. Son successeur, Ben Bernanke, est aussi écorché, tout comme l'actuel secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, pour son rôle à titre de président de la Fed de New York, ainsi que son prédécesseur au Trésor et ex-banquier de Goldman Sachs, Henry Paulson.

    Citant Shakespeare, la Commission observe que pour cette crise «la faute n'en est pas à nos étoiles; elle en est à nous-mêmes». Elle le redira plusieurs fois autrement pour être sûre d'être bien comprise. «La crise a été le résultat d'actions ou d'inactions humaines, pas celui de dame Nature ou de modèles informatiques qui ont déraillé.»

    Comme il fallait malheureusement s'y attendre dans l'actuel climat politique aux États-Unis, l'examen de cette montagne de faits et de témoignages n'a pas permis aux quatre membres de la Commission désignés par le camp républicain d'arriver aux mêmes conclusions que celles de leurs six collègues étiquetés démocrates. En fait, nos quatre dissidents de droite n'ont même pas été capables de convenir d'une position commune.

    Pour trois d'entre eux, la première cause de la crise est les autres, c'est-à-dire les Chinois et leur immense réserve de devises qui ont maintenu trop bas le prix mondial du crédit. Certains des neuf autres facteurs explicatifs mentionnés sont assez proches de ceux qui sont évoqués dans le rapport majoritaire, à la différence importante que l'on rejette en bloc l'idée qu'ils aient été causés par une réglementation déficiente.

    Quant au quatrième dissident, il conclut que la crise a essentiellement été causée par le mariage entre la volonté des gouvernements d'encourager l'accès à la propriété immobilière et le développement des crédits hypothécaires à risque.

    Une commission pour rien ?


    Contrairement au même exercice qui avait été mené après la crise de 1929, cette commission et ses conclusions discordantes ont peu de chance d'aider à réduire les risques d'une répétition de «la pire crise financière de l'histoire». Certains des faits évoqués devant elle pourraient, paraît-il, mener à des poursuites judiciaires. On ne s'attend pas toutefois à ce que cela mène bien loin.

    On aurait cru aussi que son travail inspirerait la réforme des règles financières aux États-Unis. Malheureusement, le Congrès américain n'a pas attendu ses conclusions pour adopter, cet été, la réforme Dodd-Frank que plusieurs estiment insuffisante, mais que la nouvelle majorité de droite à la Chambre des représentants s'est quand même juré de diluer encore plus.

    Le système financier «n'est pas vraiment différent» aujourd'hui de ce qu'il était avant la crise, a estimé la semaine dernière l'un des membres de la Commission, le démocrate Byron Georgiou. «En fait, la concentration des actifs financiers entre les mains de quelques grandes banques est beaucoup plus forte maintenant» à cause de l'effondrement des unes et de la consolidation des autres.

    Ces inquiétudes ne se retrouvent pas seulement aux États-Unis. De nombreuses voix, à gauche comme à droite, se sont élevées ces derniers mois pour dénoncer l'essoufflement des promesses des gouvernements et des banques de tirer les leçons de la crise.

    «La plus grande tragédie serait d'accepter la rengaine selon laquelle personne n'aurait pu prévoir cela et qu'il n'y avait donc rien à faire, a déclaré jeudi le président de la commission d'enquête américaine, Phil Angelides. Si nous acceptons cette idée, cela se reproduira.»












    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.