Perspectives - Bar ouvert
La Réserve fédérale américaine a été forcée, la semaine dernière, de donner des détails sur l'aide qu'elle a apportée au secteur financier durant la crise. Le Congrès débattait, au même moment, de l'utilité de prolonger la durée des prestations versées aux chômeurs. Troublant contraste.
Plusieurs observateurs se sont amusés, la semaine dernière, à qualifier l'événement de «moment WikiLeaks» pour la Réserve fédérale américaine. Une interprétation imprévue d'un obscur article de la volumineuse loi Dodd-Frank réformant les règles financières aux États-Unis a en effet forcé la banque centrale à dévoiler, mercredi, des détails sur les quelque 3300 milliards qu'elle a prêtés, entre décembre 2007 et juillet dernier, pour venir en aide au secteur financier américain.
La somme totale de l'aide apportée par les nombreux programmes d'aide d'urgence de la Fed, comme leurs conditions générales d'application, était déjà connue. Ce que l'on a appris, la semaine dernière, est qui s'en est prévalu, et en échange de quelles garanties précisément.
On a pu voir que les fleurons du secteur bancaire ont largement fait appel à ces facilités de crédits, dont Bank of America, Wells Fargo, Citibank et JPMorgan Chase. Les banques d'investissement Merrill Lynch, Morgan Stanley et Goldman Sachs ne se sont pas gênées non plus, surtout après ce qui est arrivé à leur consoeur, Lehman Brothers. De grands fonds communs de placement, comme Fidelity, BlackRock et Merrill, ont aussi obtenu des liquidités en échange d'actifs. Les canots de sauvetage de la Fed avaient aussi pour passagers des compagnies d'assurance, les bras financiers de General Motors et General Electric, ainsi que des émetteurs de titres liés à des entreprises comme McDonald's, Caterpillar, Harley Davidson et Verizon.
La plus grande surprise des Américains a été de voir le nombre d'entreprises et d'institutions étrangères qui ont aussi eu recours à leurs deniers publics. Signe du niveau d'intégration de ce secteur, on y retrouvait, par exemple, les filiales de grandes banques, telle que la Barclays, Société générale, Dresdner Bank, Dexia, Mizuho Securities et UBS. Plusieurs des institutions financières à avoir refilé leurs papiers commerciaux à la Fed venaient aussi d'Europe (Royal Bank of Scotland) et d'Asie (Sumitomo). Un programme d'échange de devises a eu pour principale cliente la Banque centrale européenne, mais également neuf autres banques centrales, dont celles d'Angleterre, du Japon et de Suisse.
La Fed assure aujourd'hui que tous ces programmes d'aide ne lui auront pas coûté un sou quand tout sera fini. On ne peut toutefois pas s'empêcher d'être frappé par la mauvaise qualité des actifs qu'elle a acceptés en échange des milliards qu'elle prêtait à des taux d'intérêt symboliques. Le Financial Times a évalué que seulement 1 % des titres acceptés en garanties dans l'un de ses principaux programmes répondaient aux exigences normalement requises. Plus de 36 % auraient été refusés par n'importe quel investisseur institutionnel sérieux et une autre tranche de 17 % n'avaient pas été évalués par des agences de notation.
En clair, observait vendredi Gillian Tett dans le même quotidien, la Réserve fédérale américaine a vu que le marché financier était paralysé par la peur et a décidé de faire tout le travail à sa place en attendant qu'il retrouve ses esprits. C'était la seule chose à faire dans les circonstances, répète-t-elle, sans quoi on risquait quelque chose de semblable à la Grande Dépression des années 30.
La Fed n'a d'ailleurs pas été la seule à voler au secours du marché financier avec de l'argent public. On se souviendra que le président républicain, George Bush, avait aussi eu le temps de faire adopter un plan d'aide de 700 milliards juste avant de tirer sa révérence. Dans l'Union européenne, cette aide publique a totalisé 4589 milliards d'euros, rapportait pour sa part la Commission européenne mercredi.
Pragmatisme sélectif
Il semble qu'il soit plus difficile de venir en aide aux victimes de cette crise causée, en bonne partie, par ces mêmes institutions financières.
On a appris vendredi que, loin de baisser, le taux de chômage aurait encore augmenté au mois de novembre aux États-Unis, passant de 9,6 % à 9,8 %. La nouvelle a eu l'effet d'une douche froide après la publication, ces dernières semaines, de statistiques économiques qui laissaient entrevoir une accélération de la reprise.
Il faudrait logiquement en tirer comme conclusion que l'économie américaine et ses chômeurs ne sont pas encore sortis du pétrin et qu'une aide publique serait bienvenue. La Fed s'est attiré les foudres de plusieurs pays étrangers et de la droite américaine en annonçant récemment l'ajout de 600 milliards en nouvelles liquidités. De nombreux experts ont aussi plaidé pour de nouvelles mesures budgétaires, dont un nouveau prolongement des prestations d'assurance chômage versées aux travailleurs sans emploi depuis plus de six mois.
Ces derniers comptent actuellement pour environ 40 % des 15 millions de chômeurs aux États-Unis, dont deux millions doivent se faire couper les vivres d'ici la fin de l'année. Comme les prestations sont immédiatement réinvesties dans l'économie, cette mesure doit permettre de préserver 600 000 emplois l'an prochain, plaide la Maison-Blanche.
La nouvelle majorité républicaine à la Chambre des représentants juge la mesure trop chère compte tenu de l'ampleur du déficit. Elle préfère, pour le même prix, exiger la reconduction des baisses d'impôt accordées par l'administration précédente aux contribuables gagnant 250 000 $ et plus par an.
Plusieurs observateurs se sont amusés, la semaine dernière, à qualifier l'événement de «moment WikiLeaks» pour la Réserve fédérale américaine. Une interprétation imprévue d'un obscur article de la volumineuse loi Dodd-Frank réformant les règles financières aux États-Unis a en effet forcé la banque centrale à dévoiler, mercredi, des détails sur les quelque 3300 milliards qu'elle a prêtés, entre décembre 2007 et juillet dernier, pour venir en aide au secteur financier américain.
La somme totale de l'aide apportée par les nombreux programmes d'aide d'urgence de la Fed, comme leurs conditions générales d'application, était déjà connue. Ce que l'on a appris, la semaine dernière, est qui s'en est prévalu, et en échange de quelles garanties précisément.
On a pu voir que les fleurons du secteur bancaire ont largement fait appel à ces facilités de crédits, dont Bank of America, Wells Fargo, Citibank et JPMorgan Chase. Les banques d'investissement Merrill Lynch, Morgan Stanley et Goldman Sachs ne se sont pas gênées non plus, surtout après ce qui est arrivé à leur consoeur, Lehman Brothers. De grands fonds communs de placement, comme Fidelity, BlackRock et Merrill, ont aussi obtenu des liquidités en échange d'actifs. Les canots de sauvetage de la Fed avaient aussi pour passagers des compagnies d'assurance, les bras financiers de General Motors et General Electric, ainsi que des émetteurs de titres liés à des entreprises comme McDonald's, Caterpillar, Harley Davidson et Verizon.
La plus grande surprise des Américains a été de voir le nombre d'entreprises et d'institutions étrangères qui ont aussi eu recours à leurs deniers publics. Signe du niveau d'intégration de ce secteur, on y retrouvait, par exemple, les filiales de grandes banques, telle que la Barclays, Société générale, Dresdner Bank, Dexia, Mizuho Securities et UBS. Plusieurs des institutions financières à avoir refilé leurs papiers commerciaux à la Fed venaient aussi d'Europe (Royal Bank of Scotland) et d'Asie (Sumitomo). Un programme d'échange de devises a eu pour principale cliente la Banque centrale européenne, mais également neuf autres banques centrales, dont celles d'Angleterre, du Japon et de Suisse.
La Fed assure aujourd'hui que tous ces programmes d'aide ne lui auront pas coûté un sou quand tout sera fini. On ne peut toutefois pas s'empêcher d'être frappé par la mauvaise qualité des actifs qu'elle a acceptés en échange des milliards qu'elle prêtait à des taux d'intérêt symboliques. Le Financial Times a évalué que seulement 1 % des titres acceptés en garanties dans l'un de ses principaux programmes répondaient aux exigences normalement requises. Plus de 36 % auraient été refusés par n'importe quel investisseur institutionnel sérieux et une autre tranche de 17 % n'avaient pas été évalués par des agences de notation.
En clair, observait vendredi Gillian Tett dans le même quotidien, la Réserve fédérale américaine a vu que le marché financier était paralysé par la peur et a décidé de faire tout le travail à sa place en attendant qu'il retrouve ses esprits. C'était la seule chose à faire dans les circonstances, répète-t-elle, sans quoi on risquait quelque chose de semblable à la Grande Dépression des années 30.
La Fed n'a d'ailleurs pas été la seule à voler au secours du marché financier avec de l'argent public. On se souviendra que le président républicain, George Bush, avait aussi eu le temps de faire adopter un plan d'aide de 700 milliards juste avant de tirer sa révérence. Dans l'Union européenne, cette aide publique a totalisé 4589 milliards d'euros, rapportait pour sa part la Commission européenne mercredi.
Pragmatisme sélectif
Il semble qu'il soit plus difficile de venir en aide aux victimes de cette crise causée, en bonne partie, par ces mêmes institutions financières.
On a appris vendredi que, loin de baisser, le taux de chômage aurait encore augmenté au mois de novembre aux États-Unis, passant de 9,6 % à 9,8 %. La nouvelle a eu l'effet d'une douche froide après la publication, ces dernières semaines, de statistiques économiques qui laissaient entrevoir une accélération de la reprise.
Il faudrait logiquement en tirer comme conclusion que l'économie américaine et ses chômeurs ne sont pas encore sortis du pétrin et qu'une aide publique serait bienvenue. La Fed s'est attiré les foudres de plusieurs pays étrangers et de la droite américaine en annonçant récemment l'ajout de 600 milliards en nouvelles liquidités. De nombreux experts ont aussi plaidé pour de nouvelles mesures budgétaires, dont un nouveau prolongement des prestations d'assurance chômage versées aux travailleurs sans emploi depuis plus de six mois.
Ces derniers comptent actuellement pour environ 40 % des 15 millions de chômeurs aux États-Unis, dont deux millions doivent se faire couper les vivres d'ici la fin de l'année. Comme les prestations sont immédiatement réinvesties dans l'économie, cette mesure doit permettre de préserver 600 000 emplois l'an prochain, plaide la Maison-Blanche.
La nouvelle majorité républicaine à la Chambre des représentants juge la mesure trop chère compte tenu de l'ampleur du déficit. Elle préfère, pour le même prix, exiger la reconduction des baisses d'impôt accordées par l'administration précédente aux contribuables gagnant 250 000 $ et plus par an.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

