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Entretien avec la ministre Nicole Ménard - Tourisme: le modèle d'affaires québécois est à revoir

Tourisme: le modèle d'affaires québécois est à revoir<br />
Photo : Agence Reuters Mathieu Belanger
Tourisme: le modèle d'affaires québécois est à revoir
Depuis près de dix ans, le Québec assiste, impuissant, à une baisse constante du nombre de touristes en provenance de ses marchés dits naturels, les États-Unis et le Canada. Se disant consciente des défis que doit relever l'industrie touristique afin d'attirer davantage de visiteurs dans la province, dans un contexte où la concurrence internationale se fait de plus en plus forte, la ministre Nicole Ménard promet des changements importants dans le secteur.

Après une année 2009 à oublier, la pire en deux décennies selon plusieurs joueurs de l'industrie touristique, la saison estivale 2010 s'est plutôt bien déroulée, avec une hausse de 8 % du nombre de touristes provenant de l'étranger. Depuis quelques années néanmoins, la tendance est plutôt à la baisse, ce qui fait dire à la ministre du Tourisme qu'«il faut revoir absolument notre modèle d'affaires actuel». C'est d'ailleurs ce que réclament les acteurs du secteur depuis des années, en vain.

En entrevue au Devoir hier, Mme Ménard s'est d'abord réjouie des résultats «éloquents» de l'été dernier, obtenus selon elle «grâce aux efforts du gouvernement et de l'industrie». Outre l'augmentation du nombre de touristes en provenance de l'étranger, les établissements d'hébergement ont connu une croissance de 4,4 % de leur fréquentation par rapport à la désastreuse année 2009. «Les régions de Montréal et du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont connu des années exceptionnelles en enregistrant, respectivement, la meilleure saison touristique en dix ans et en cinq ans», a précisé la ministre.

Depuis 2002, le Québec a pourtant perdu 40 % de touristes américains et 28 % de Canadiens, et ce, dans un contexte où le tourisme international connaissait une croissance de plus de 30 %. Il faut dire que la province souffre de plusieurs maux dans le domaine du voyage. Outre la hausse du huard et la nécessité pour les Américains de détenir un passeport pour entrer au pays, les entreprises actives dans le secteur — elles sont plus de 30 000 au Québec à générer 400 000 emplois directs et indirects — notent les lacunes majeures en matière d'infrastructures d'accueil, de transport, de renouvellement de l'offre et de promotion concertée.

Coup de barre

Au fil des ans, plusieurs ministres du Tourisme ont promis de donner un sérieux coup de barre. Nicole Ménard, elle, dit maintenant souhaiter que les choses changent de façon importante. «Il faut améliorer les infrastructures, le transport, nos prix... Il y a plein de choses à faire.» Sans oublier la nécessité de mieux «vendre» le Québec à l'international. «Il faut revoir absolument notre modèle d'affaires actuel», a-t-elle souligné, notamment en misant davantage sur les créneaux prometteurs que sont les festivals, les croisières ou le tourisme hivernal.

Pour y parvenir, elle a annoncé en mai la mise sur pied du Comité performance de l'industrie touristique du Québec. Ce comité, constitué d'acteurs importants de l'industrie touristique et d'experts, a comme mandat de «proposer une vision globale permettant de positionner le tourisme comme moteur de développement économique et de se démarquer de la concurrence internationale, dans une perspective d'accroissement des recettes touristiques, de développement régional et de création d'emplois». Le comité en question a déjà tenu six rencontres et doit remettre un rapport étoffé au ministère en février prochain.

En parallèle, Québec a mis sur pied un «comité interministériel» qui comprend des représentants de plusieurs ministères: Transport, Ressources naturelles, Affaires municipales, mais aussi Éducation, Loisirs et Sport. La ministre dit vouloir ainsi amener le gouvernement à s'intéresser davantage à ce secteur économique névralgique pour de nombreuses régions. Le tourisme compte ici pour 2,7 % du PIB, soit près de 10 milliards de dollars par année. C'est plus que le secteur de la construction résidentielle ou que l'aérospatiale.

Mais est-ce que son propre ministère, avec un budget de 146 millions en 2010, dispose de moyens suffisants? Mme Ménard n'a pas voulu se prononcer. «En tourisme, ça prend peu pour créer de la richesse», a-t-elle simplement mentionné. Pour le président du réseau des Associations touristiques du Québec, Jocelyn Carrier, la réponse est claire: «Si nos gouvernements cessaient de considérer ce ministère comme un club junior, ou pire, un banc des pénalités, nous n'en serions pas là», disait-il plus tôt cette année.

En fait, c'est toute l'industrie qui attend des efforts importants de la part de tous les joueurs, y compris du gouvernement. «Il y a un manque de vision intégrée, et ce, à tous les niveaux», résumait cet été, au Devoir, Michel Archambault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l'Université du Québec à Montréal. Il estime que les différents acteurs de l'industrie ont tendance à travailler chacun pour soi et que, dans certaines régions, les administrations municipales font carrément preuve de «myopie» quand vient le temps de planifier l'offre touristique. Et malgré un budget annuel de commercialisation qui dépasse les 125 millions, il y a selon lui «un manque d'intégration des efforts qui sont faits» afin de promouvoir le Québec.
 
 
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  • François Ricard - Abonné
    30 novembre 2010 07 h 50
    On veut que le gouvernement s'implique...
    Plus de 30 000 entreprises qui demandent l'implication du gouvernement.Pourtant ce sont ces mêmes entreprises qui prônent le retrait du gouvernement dans le monde des affaires. Comme les banques. Comme les grands financiers. Ils disent tous" Impliquez-vous, surtout monétairement, quand ça fait notre affaire et retirez-vous quand ça va bien pour nous." Autrement dit, on veut le beurre et l'argent du beurre. Voilà un comportement typique de la droite.
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  • Rodrigue Tremblay - Inscrit
    30 novembre 2010 14 h 42
    La faute au Canada
    Le Canada impose le passeport aux Américains et a une piasse à parité. Résultat: les Américains ne viennent plus au Québec. Mais personne ne blâme Ottawa.Si le Québec était indépendant, on hurlerait, mettant la faute sur les séparatistes.
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