Perspectives - Ouille!
La crise économique a fait mal aux finances publiques des pays. Ces derniers doivent maintenant trouver une façon de s'attaquer à leurs dettes avant que les marchés financiers ne s'attaquent à eux, sans compromettre pour autant des facteurs qui seront essentiels à leur prospérité.
On se croirait revenus aux pires heures de la crise financière pendant lesquelles les investisseurs prenaient en chasse des institutions financières blessées l'une après l'autre jusqu'à les faire tomber, excepté que leurs proies sont des gouvernements endettés cette fois. Après s'être fait les dents sur la Grèce ce printemps, les marchés financiers se sont jetés cet automne sur leur ancien chouchou irlandais affaibli par ses banques. Les promesses d'austérité de Dublin et d'aide financière des autorités européennes n'ont réussi à calmer la curée que pendant quelques jours après quoi elle a repris en Irlande en plus de s'étendre au Portugal. C'est maintenant au tour de l'Espagne de trembler, même si ses finances publiques sont loin d'être aussi mal en point que celles de la Grèce, que ses banques sont en bien meilleure santé que celles d'Irlande et que son plan d'austérité est plus crédible que celui du Portugal.
Le fait que ces pays soient tous membres d'une même zone monétaire qui éprouve toutes sortes de difficultés ces temps-ci n'est évidemment pas étranger au sort qu'on leur réserve aujourd'hui. Mais ils sont loin d'être les seuls dans cette situation. Les crises économiques ont cette fâcheuse propriété de mettre à mal les finances des gouvernements. Pas à cause de leur incurie, ni des plans de stimulation économique qu'ils doivent mettre en place, mais principalement parce que leurs revenus piquent du nez en même temps que leur économie, et que leurs dépenses explosent avec le nombre de personnes à qui l'État doit venir en aide. C'est encore plus vrai lors d'une crise bancaire.
Ce problème d'endettement fait craindre le pire aux gouvernements. On ne se souvient que trop bien avec quelle vitesse le poids de la dette de l'Argentine l'a entraînée par le fonds au début des années 2000 ou encore comment, peu de temps auparavant, la panique des marchés financiers avait emporté toute une partie du continent asiatique, indifféremment de la situation réelle de chaque pays.
Se sachant dans la mire de marchés et autres agences de notation, le Royaume-Uni a présenté, le mois dernier, un budget censé s'inspirer de l'exemple du Canada des années 1990, et rappelant le film Massacre à la tronçonneuse. Qualifié là-bas de plus dur budget depuis la Seconde Guerre, il promet de ramener en moins de cinq ans le déficit de 10,1 % du produit intérieur brut (PIB) à seulement 1,1 %, en supprimant notamment le poste de près d'un demi-million de fonctionnaires, en menaçant de couper les vivres aux assistés sociaux qui refuseraient de faire des travaux communautaires, mais aussi, pour un petit quart de l'effort, en augmentant certaines taxes. «Ouille!», s'est exclamée la revue The Economist, qui serait plutôt portée à appuyer ce genre de grand ménage, mais qui a quand même demandé ce qui pressait tant.
Parlant de prospérité
La côte à remonter pour revenir à des budgets équilibrés sera raide, a prévenu l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un chapitre spécial de ses Perspectives économiques, il y a dix jours. La simple stabilisation du ratio dette/PIB d'ici 2025 exigera des gouvernements du club des pays riches qu'ils améliorent leur solde budgétaire de 5 % de leur PIB en moyenne. L'effort devra être plus grand en Irlande (7,2 %), en Pologne (7,3 %), aux États-Unis (8,5 %) ou au Japon (9,2 %). Le retour à la moyenne d'endettement qui prévalait juste avant le début de la crise serait beaucoup plus exigeant encore (entre 9,5 % à 11,5 % en moyenne). Et 3 % en moyenne devront aussi être trouvés pour compenser l'impact du vieillissement de la population.
«L'expérience amène à penser qu'un assainissement budgétaire axé sur des réductions de dépenses, plutôt que sur des augmentations de recettes, a plus de chance d'être durable», affirme l'OCDE. Aussi recommande-t-on, entre autres choses, l'augmentation de l'âge de la retraite, les gains d'efficacité en santé et en éducation et le renforcement des «incitations au travail». Du côté fiscal, on exprime sa préférence pour les taxes à la consommation et des impôts aidant au virage vert.
Les pays qui n'ont pas encore les marchés financiers sur le dos ont le loisir de décider du rythme de l'assainissement de leurs finances. Ils doivent savoir toutefois que, comme avec le sparadrap, c'est quand on fait ça vite que ça fait finalement le moins mal, dit l'OCDE.
L'influente organisation pense, quand même, à rappeler que toute compression de dépenses publiques n'est pas toujours bonne à faire. Après tout, si la réduction des déficits est tellement importante c'est parce qu'elle est censée servir la prospérité et que, parmi les principaux facteurs de croissance économiques, on trouve des systèmes d'éducation et de santé adéquats, des infrastructures publiques, des institutions de réglementation et de surveillance, des programmes d'aides à la recherche et au développement, etc.
On a la bonne idée de rappeler également que, pour avoir des chances de succès, ces réformes doivent préserver une certaine forme d'équité. Il en va du principe lui-même, bien sûr, mais aussi du simple instinct de survie pour un gouvernement élu.
Reste à voir si les marchés financiers seront sensibles à de tels arguments.
On se croirait revenus aux pires heures de la crise financière pendant lesquelles les investisseurs prenaient en chasse des institutions financières blessées l'une après l'autre jusqu'à les faire tomber, excepté que leurs proies sont des gouvernements endettés cette fois. Après s'être fait les dents sur la Grèce ce printemps, les marchés financiers se sont jetés cet automne sur leur ancien chouchou irlandais affaibli par ses banques. Les promesses d'austérité de Dublin et d'aide financière des autorités européennes n'ont réussi à calmer la curée que pendant quelques jours après quoi elle a repris en Irlande en plus de s'étendre au Portugal. C'est maintenant au tour de l'Espagne de trembler, même si ses finances publiques sont loin d'être aussi mal en point que celles de la Grèce, que ses banques sont en bien meilleure santé que celles d'Irlande et que son plan d'austérité est plus crédible que celui du Portugal.
Le fait que ces pays soient tous membres d'une même zone monétaire qui éprouve toutes sortes de difficultés ces temps-ci n'est évidemment pas étranger au sort qu'on leur réserve aujourd'hui. Mais ils sont loin d'être les seuls dans cette situation. Les crises économiques ont cette fâcheuse propriété de mettre à mal les finances des gouvernements. Pas à cause de leur incurie, ni des plans de stimulation économique qu'ils doivent mettre en place, mais principalement parce que leurs revenus piquent du nez en même temps que leur économie, et que leurs dépenses explosent avec le nombre de personnes à qui l'État doit venir en aide. C'est encore plus vrai lors d'une crise bancaire.
Ce problème d'endettement fait craindre le pire aux gouvernements. On ne se souvient que trop bien avec quelle vitesse le poids de la dette de l'Argentine l'a entraînée par le fonds au début des années 2000 ou encore comment, peu de temps auparavant, la panique des marchés financiers avait emporté toute une partie du continent asiatique, indifféremment de la situation réelle de chaque pays.
Se sachant dans la mire de marchés et autres agences de notation, le Royaume-Uni a présenté, le mois dernier, un budget censé s'inspirer de l'exemple du Canada des années 1990, et rappelant le film Massacre à la tronçonneuse. Qualifié là-bas de plus dur budget depuis la Seconde Guerre, il promet de ramener en moins de cinq ans le déficit de 10,1 % du produit intérieur brut (PIB) à seulement 1,1 %, en supprimant notamment le poste de près d'un demi-million de fonctionnaires, en menaçant de couper les vivres aux assistés sociaux qui refuseraient de faire des travaux communautaires, mais aussi, pour un petit quart de l'effort, en augmentant certaines taxes. «Ouille!», s'est exclamée la revue The Economist, qui serait plutôt portée à appuyer ce genre de grand ménage, mais qui a quand même demandé ce qui pressait tant.
Parlant de prospérité
La côte à remonter pour revenir à des budgets équilibrés sera raide, a prévenu l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un chapitre spécial de ses Perspectives économiques, il y a dix jours. La simple stabilisation du ratio dette/PIB d'ici 2025 exigera des gouvernements du club des pays riches qu'ils améliorent leur solde budgétaire de 5 % de leur PIB en moyenne. L'effort devra être plus grand en Irlande (7,2 %), en Pologne (7,3 %), aux États-Unis (8,5 %) ou au Japon (9,2 %). Le retour à la moyenne d'endettement qui prévalait juste avant le début de la crise serait beaucoup plus exigeant encore (entre 9,5 % à 11,5 % en moyenne). Et 3 % en moyenne devront aussi être trouvés pour compenser l'impact du vieillissement de la population.
«L'expérience amène à penser qu'un assainissement budgétaire axé sur des réductions de dépenses, plutôt que sur des augmentations de recettes, a plus de chance d'être durable», affirme l'OCDE. Aussi recommande-t-on, entre autres choses, l'augmentation de l'âge de la retraite, les gains d'efficacité en santé et en éducation et le renforcement des «incitations au travail». Du côté fiscal, on exprime sa préférence pour les taxes à la consommation et des impôts aidant au virage vert.
Les pays qui n'ont pas encore les marchés financiers sur le dos ont le loisir de décider du rythme de l'assainissement de leurs finances. Ils doivent savoir toutefois que, comme avec le sparadrap, c'est quand on fait ça vite que ça fait finalement le moins mal, dit l'OCDE.
L'influente organisation pense, quand même, à rappeler que toute compression de dépenses publiques n'est pas toujours bonne à faire. Après tout, si la réduction des déficits est tellement importante c'est parce qu'elle est censée servir la prospérité et que, parmi les principaux facteurs de croissance économiques, on trouve des systèmes d'éducation et de santé adéquats, des infrastructures publiques, des institutions de réglementation et de surveillance, des programmes d'aides à la recherche et au développement, etc.
On a la bonne idée de rappeler également que, pour avoir des chances de succès, ces réformes doivent préserver une certaine forme d'équité. Il en va du principe lui-même, bien sûr, mais aussi du simple instinct de survie pour un gouvernement élu.
Reste à voir si les marchés financiers seront sensibles à de tels arguments.
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