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    Des Canadiens optimistes, dans un monde plutôt perturbé

    Les consommateurs dépenseront moins à Noël, même s'ils jugent que la situation économique se maintiendra ou s'améliorera

    17 novembre 2010 |Jean-Jacques Pelletier | Actualités économiques
    Les Canadiens font preuve d’un certain optimisme, si l’on se fie à un sondage de Deloitte. Cela ne les empêche toutefois pas de faire preuve d’une certaine prudence. Ainsi, le sondage nous apprend que près d’un consommateur sur deux prévoit dépenser moins cette année pour les Fêtes; plus d’un Canadien sur deux compte acheter la plupart de ses cadeaux en solde; et ce qui devrait inquiéter les marchands, plus d’une personne sur trois projette de faire ses achats aux États-Unis, profitant d’un huard fort.
    Photo: Agence Reuters Jessica Rinaldi Les Canadiens font preuve d’un certain optimisme, si l’on se fie à un sondage de Deloitte. Cela ne les empêche toutefois pas de faire preuve d’une certaine prudence. Ainsi, le sondage nous apprend que près d’un consommateur sur deux prévoit dépenser moins cette année pour les Fêtes; plus d’un Canadien sur deux compte acheter la plupart de ses cadeaux en solde; et ce qui devrait inquiéter les marchands, plus d’une personne sur trois projette de faire ses achats aux États-Unis, profitant d’un huard fort.

    Né en 1947, Jean-Jacques Pelletier est l’auteur de la série Gestionnaires de l’apocalypse. Parallèlement, il siège depuis plus de 20 ans à différents comités de retraite et de placement. Dernier ouvrage paru: La Faim de la terre -2-, Alire (Photo Jacques Grenier).

    Les Canadiens sont décidément optimistes. C'est ce que révèle un sondage publié hier par le cabinet-conseil Deloitte. Une majorité s'attend à ce que la situation économique «demeure identique ou s'améliore en 2011» (85 %). Ils sont également 72 % à estimer que leur situation financière sera «semblable à celle de l'an passé ou meilleure» et 56 % à avoir «très confiance ou plutôt confiance» dans leur sécurité d'emploi.

    Sur fond de récession économique mondiale, un tel optimisme étonne. Surtout quand on prend en compte les autres données du même sondage:

    • ils sont 44 % à prévoir moins dépenser pour les Fêtes et seulement 4 % qui s'attendent à augmenter leurs dépenses;
    • et «s'ils recevaient une prime ou un revenu supplémentaire», les trois quarts rembourseraient leurs dettes ou économiseraient. Le mot d'ordre: désendettement.

    Dans son communiqué de presse, Deloitte révèle également que:

    • les ventes enregistrées pendant la période de la rentrée scolaire ont été décevantes;
    • 38 % des répondants ont l'intention de faire leurs achats des Fêtes aux États-Unis;
    • 56 % s'attendent à acheter tous ou presque tous leurs cadeaux en solde;
    • une grande majorité consulte Internet (blogues, forums des médias sociaux...) pour trouver des rabais et réduire leurs dépenses.

    On y apprend de plus que les détaillants vont faire face à une concurrence féroce de la part des entreprises étrangères installées au Canada et que le nombre de ces entreprises va s'accroître au cours des prochaines années.

    Rien dans tout ça qui laisse présager une amélioration de notre économie! Alors, pour quelle raison les Canadiens sont-ils si optimistes? À cause de la situation économique internationale? Des récentes décisions du G20? De la mise au pas du monde financier?

    Un G20 cosmétique

    Pour enrayer une éventuelle guerre des devises, les pays du G20 se sont entendus, péniblement, sur une mesure-choc: former un groupe de travail! Ce groupe tentera de s'entendre sur des lignes directrices «indicatives», à partir desquelles on pourra rappeler aux pays concernés que leur comportement risque de nuire à d'autres!

    Ils se sont également entendus pour ne pas avoir de comportements protectionnistes et pour ne pas adopter de «dévaluations compétitives».

    Ces décisions s'enracinent dans trois des leçons tirées de la crise de 1929: il faut éviter le protectionnisme, les dévaluations compétitives ainsi que les déficits ou surplus trop importants, qui détruisent l'équilibre économique international. Sinon la crise va s'aggraver.

    Voyons maintenant la réalité.

    Trimestriellement, en moyenne 120 mesures commerciales de nature protectionniste sont prises dans le monde; au cours du dernier trimestre, 111 de ces mesures ont été prises par les pays du G20. De son côté, le nationalisme industriel chinois, de plus en plus militant, exclut en pratique de nombreuses entreprises étrangères du marché chinois.

    On ne fera pas de dévaluations compétitives, dit-on... Sauf que les États-Unis vont procéder à une injection monétaire de 600 milliards pour racheter leurs titres de dette de long terme, ce qui risque d'entraîner une fuite des investissements, et une baisse du dollar — ce qui nuira aux exportations de l'Europe et des pays émergents. Quant à la Chine, ce n'est pas la microréévaluation du yuan à laquelle elle entend procéder qui ralentira les effets dévastateurs de ses exportations sur celles des autres économies.

    Les pays se sont aussi engagés à ne pas faire de surplus ou de déficit susceptibles de perturber l'économie mondiale. Sauf que les États-Unis auront en 2010 un déficit d'environ 500 milliards (3,27 % du PIB), en hausse par rapport à 2009. La Chine, pour sa part, aura un surplus de 300 milliards (4,7 % du PIB), ce qui représente une hausse de 35 % par rapport à 2000... Parmi les pays européens, les déficits continuent également d'être à l'ordre du jour. Et si on considère l'ensemble des pays du G20, on s'attend à ce que la dette publique augmente de 40 % entre 2008 et 2015.

    Un milieu financier encadré...sur papier

    Le G20 se félicite d'avoir adopté des mesures plus rigoureuses pour encadrer la spéculation financière. Les accords dits de Bâle III vont obliger les banques à avoir de plus grandes réserves pour leurs opérations sur produits dérivés à risque.

    Il y a aussi eu des mesures pour assurer la bonne gouvernance des banques. Le G20 s'en est félicité... Sauf que les banques ont déjà trouvé toutes sortes de moyens pour les contourner: bonus à la performance transformés en «bonus de management», création de sociétés de gestion indépendantes où la rémunération des gestionnaires échappe aux limites légales... En 2009, les bonis accordés par les banques américaines sont estimés à 200 milliards. Dans la même ligne, les réductions d'impôt pour Goldman Sachs, JPMorgan Chase et Morgan Stanley, toujours en 2009, ont été de 20 milliards.

    Par ailleurs, ces restrictions imposées aux banques risquent d'amener un resserrement du crédit, ce qui n'aidera ni les entreprises ni les pays en difficulté, notamment les pays du PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Spain pour Espagne).

    L'Irlande inquiète déjà les marchés: le rendement exigé sur sa dette de 10 ans flirt avec le 9 % et les CDS sur cette dette (sortes de garanties qu'achètent les prêteurs contre le risque qu'un emprunteur fasse défaut) atteignent un taux record (6,09 %). On estime entre 49 et 90 milliards d'euros les sommes qui seront nécessaires à son renflouement.

    Quant à l'Espagne, elle se finance à des taux records: le taux des emprunts de 10 ans est passé de 6,24 % à 6,81 %; celui des emprunts de six ans est passé de 4,37 % à 6,16 %!...

    Autre indication des difficultés appréhendées pour ces pays: le fonds souverain de Norvège vient de limiter ses investissements dans la dette souveraine des pays du PIGS à 3 % de son portefeuille, question de réduire le risque.

    Alors, quand on voit tout ça, on se demande où les Canadiens peuvent bien puiser leur optimisme.












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