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Les eurosceptiques l'emportent - Londres dit non à l'euro

Le ministre britannique des Finances laisse toutefois la porte ouverte à un référendum sur la question

10 juin 2003  Actualités économiques
Gordon Brown a estimé hier comme prévu que l’économie britannique n’était pas suffisamment en phase avec celles de la zone euro pour vivre «confortablement» avec l’euro.
Photo : Agence Reuters
Gordon Brown a estimé hier comme prévu que l’économie britannique n’était pas suffisamment en phase avec celles de la zone euro pour vivre «confortablement» avec l’euro.
Londres — Le ministre britannique des Finances, Gordon Brown, a exclu hier une adhésion immédiate de la Grande-Bretagne à l'euro, mais il a ouvert la porte à un référendum sur la question, sans toutefois donner d'indication de date.

Dans un discours très attendu à la Chambre des Communes, Gordon Brown a estimé comme prévu, que l'économie britannique n'était pas suffisamment en phase avec celles de la zone euro pour vivre «confortablement» avec l'euro. «Il reste des différences structurelles qui présentent un risque pour la stabilité», a indiqué le Chancelier de l'Échiquier en présentant son évaluation de cinq critères économiques fixés en 1997 pour déterminer si l'euro était dans l'intérêt de la Grande-Bretagne.

Mais Gordon Brown, présenté comme plus eurosceptique que le premier ministre (travailliste) Tony Blair, a tendu la main aux partisans de l'euro en annonçant des réformes structurelles pour adapter l'économie britannique à celles de la zone euro dans un délai relativement court. «C'est un programme de réformes qui devrait permettre de faire des progrès significatifs au cours de l'année prochaine.» Il a aussi ouvert la voie à un référendum, comme le souhaitaient les pro-euro. «Je peux annoncer la publication cet automne d'un projet de loi sur un référendum», a-t-il déclaré.

Le gouvernement réexaminera la situation économique au printemps 2004 et décidera alors de l'opportunité de procéder à une nouvelle évaluation des cinq critères à remplir pour l'organisation d'un éventuel référendum, a ajouté le ministre des Finances.

Cinq critères

Un seul des cinq critères qu'il avait fixés a été clairement rempli: celui sur la compétitivité des services financiers de la City de Londres. Deux autres critères ont clairement échoué: l'un sur la convergence des cycles économiques, et l'autre sur la flexibilité de l'économique britannique par rapport à celles de la zone euro.

Les deux critères restants, l'un sur l'investissement britannique et étranger en Grande-Bretagne et l'autre sur la croissance, la stabilité et l'emploi, «dépendent du succès de la convergence durable et de la flexibilité», selon le ministre.

Le ministre des Finances a souligné les avantages majeurs que présenterait l'euro pour la Grande-Bretagne, notamment une augmentation des échanges commerciaux avec la zone euro pouvant atteindre 50 % sur 30 ans, qui pourrait faire croître le PIB de 5 à 9 % pendant cette période. Londres réalise 55 % de ses échanges extérieurs avec l'Union européenne.

Gordon Brown va proposer à l'automne plusieurs mesures pour réformer le marché immobilier britannique. Les emprunts immobiliers, qui sont généralement à taux variable et à court terme, deviendraient ainsi à long terme et à taux fixe, comme sur le continent. De plus, Londres va adopter l'indicateur harmonisé européen des prix à la consommation pour mesurer la hausse des prix, s'alignant ainsi sur la Banque centrale européenne (BCE). Le Trésor va modifier son objectif d'inflation (actuellement à 2,5 %) et le rapprocher de l'objectif de 2 % fixé par la BCE.

La livre sterling a très peu réagi à ces annonces face aux principales devises.

Pour Iain Stannard, économiste à la banque BNP Paribas, «le discours de M. Brown a été clairement en faveur de l'euro et a réitéré l'idée que la Grande-Bretagne allait adhérer à la monnaie unique. Le discours laisse la porte ouverte à un référendum, ultérieurement au cours de cette législature» qui prend fin au plus tard en 2006, selon cet économiste.

En revanche Steven Pearson, économiste du groupe bancaire HBOS, s'est montré prudent: «Il n'y a pas beaucoup de progrès depuis 1997. On peut douter que le gouvernement se prononce rapidement de nouveau sur les critères.»

Les deux principales associations qui ont pris part au débat sur l'euro en Grande-Bretagne, l'europhile Britain in Europe et l'anti-euro No Campaign, se sont l'une et l'autre félicitées du discours de Gordon Brown.

«C'est la bonne décision», a indiqué George Eustice, directeur de l'association No Campaign, cité dans un communiqué. Selon le mouvement anti-euro, «l'euro ne marche pas dans les pays qui ont adopté cette devise, comme le montre l'exemple de l'Allemagne au bord de la récession tandis que le chômage grimpe et que la croissance dans la zone euro est deux fois inférieure à celle de la Grande-Bretagne».

Toutefois, Gordon Brown a ouvert la porte à un référendum avec un projet de loi qui devrait être présenté au Parlement cet automne. «L'opinion publique ne va pas être émue par cette décision. En réalité, le parti pro-européen est plus faible maintenant qu'en 1999. Les Britanniques, particuliers et chefs d'entreprise, sont de plus en plus hostiles» à l'euro, a souligné l'association No Campaign.

De son côté, l'association Britain in Europe a accueilli favorablement les annonces de M. Brown. «Il est très important de savoir que la question va être réexaminée au moment de la publication du prochain budget», a indiqué le mouvement dans un communiqué.

«Nous sommes ravis que le gouvernement ait commencé sa campagne d'explication des avantages d'une adhésion à l'euro pour l'économie, les particuliers et le pays tout entier», a estimé ce communiqué.

Selon Britain in Europe, Gordon Brown a souligné dans son discours les coûts pour le pays s'il restait hors de la zone euro. «Il a insisté sur les occasions ratées en matière d'investissement et de commerce, les risques d'une perte d'influence dans l'avenir au sein de l'Union européenne» si Londres restait hors de l'union monétaire européenne, a estimé Britain in Europe.

«Nous sommes sur la voie d'un référendum», a conclu son communiqué.
 
 
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