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    Création de la richesse, l'autre version

    Si le CPQ parle de richesse collective, le coopératisme et le mutualisme se démarquent en recherchant une répartition équitable de la richesse, pour ses membres et pour la communauté

    30 août 2010 | Claude-André Guillotte et André Martin | Actualités économiques
    Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) s'est prononcé: le Québec ne crée pas suffisamment de richesse, par rapport aux États-Unis et aux autres pays de l'OCDE. Le Bulletin de la prospérité du Québec du CPQ nous amène à nous pencher sur la notion de création de richesse. Au premier degré, on comprend aisément, dans le monde économiste, que la richesse vise les profits des entreprises, profits qui mèneront à un équilibre du marché dans l'intérêt général. Plusieurs raisons nous poussent à remettre en question cette conception de la création de richesse et invitent à la repenser à partir d'un autre cadre de gestion, celui du coopératisme et du mutualisme, dans un contexte de développement durable.

    D'abord, le néolibéralisme qui prédomine actuellement sur la planète entraîne son lot de dommages depuis un certain nombre d'années. Les crises financière, économique, alimentaire et écologique se succèdent. Pour illustrer la situation, le nouvel indicateur développé par l'Université d'Oxford établit à 1,7 milliard le nombre de «pauvres» sur la planète (Le Devoir, 15 juillet 2010). Autre conséquence de la domination de l'économisme: la finalité de nos organisations publiques et privées, tout comme les indicateurs de performance qui servent à les évaluer, ne se définit dorénavant que quantitativement. À force de mesurer ce qu'on valorise, on valorise ce qu'on mesure... et on finit par se référer à la richesse exclusivement en termes monétaires et à la poser comme la finalité d'une société. On nuit notamment à la réflexion collective et à une prise en charge de l'économie par les citoyens.

    Économie plurielle


    Ainsi, les systèmes d'éducation et de santé qui dépeignent les usagers comme de simples bénéficiaires orientent leurs actions en fonction surtout des coûts et moins en fonction des besoins des usagers. Quant aux travailleurs, le même système se concentre davantage sur les coûts de productivité et moins sur l'apport de chacun.

    En contrepartie, de nombreuses voix sonnent l'alarme pour un développement qui tienne compte des limites de la planète et pour un retour à une économie plurielle au service des gens. L'heure est à la croissance qualitative et quantitative, à une nouvelle forme de développement. L'économie de consommation effrénée, adossée à une spéculation de plus en plus virulente et compliquée, doit céder le pas à une économie de services où la réutilisation, la réduction et le recyclage font équilibre à la production.

    Ne serait-il pas temps de repenser ce qu'on valorise, ce qu'on recherche comme idéal de société? À l'heure du développement durable, où les défis sont à la fois locaux et globaux, la croissance infinie de l'économie et une définition de la richesse strictement basée sur des indicateurs monétaires représentent des idéaux néfastes, voire dangereux, comme le démontrent les crises économiques et écologiques. Un changement de culture managériale, un changement de paradigme s'annonce. Que signifie, entre autres, la création de richesse pour les coopératives et les mutuelles?

    La création de richesse

    Pour le coopératisme et le mutualisme, la création de richesse passe par la participation des membres et des usagers au projet d'entreprise. La genèse de la richesse mutualiste se trouve non pas dans la détention de capitaux d'une entreprise, mais plutôt dans la participation de chacun, par son épargne, son travail, sa production ou sa consommation des biens et services de l'entreprise, et toujours en fonction de ses besoins. Le point de départ de la création est l'apport du membre à sa coopérative.

    Comprenons donc que les coopératives et les mutuelles «créent» vraiment quelque chose de différent: elles créent une richesse, une valeur, où les membres et les usagers sont la finalité du projet et non des moyens au service du capital. Ces entreprises à vocation démocratique, solidaire et équitable permettent à des personnes de s'engager, de travailler, de produire, d'épargner, de consommer, tout en prenant part à un projet de société. L'apport de chacun à sa coopérative a des répercussions pour soi-même et pour les autres sociétaires, mais aussi pour la collectivité. Participer au Mouvement Desjardins par son épargne ou par l'utilisation des multiples services permet aux caisses et à l'ensemble du groupe de s'engager dans la communauté comme aucune autre organisation privée ne sait le faire.

    Une question de valeurs

    Ainsi, dans la logique coopérative, sans apport du membre, pas de création. La spéculation, celle où on mise sur le rendement d'une entreprise, est donc exclue de la pratique entrepreneuriale. La spéculation n'apporte rien à la production et à la prestation de services par la coopérative. Dans ce type d'entreprise, la simple participation au capital d'une entreprise mutualiste ne crée pas de richesse. Adhérer au capital social d'une coopérative ou d'une mutuelle permet de faire affaire avec l'organisation et donne une voix, mais sans permettre à une minorité de contrôler le pouvoir décisionnel.

    Donc, la démarche classique définit la richesse par la somme des avoirs individuels et sectorisés d'une catégorie de citoyens et de leur pouvoir d'achat. Si les organisations coopératives et mutualistes agissent dans une économie marchande, leur action et leur finalité sont au service des besoins de leurs usagers et de leurs membres, et non au bénéfice de quelques actionnaires privilégiés. La création de richesse dans l'univers coopératif et mutualiste est aussi fondamentalement une question de valeurs (au sens éthique du terme).

    Le bien commun

    Si le CPQ, dans son Bulletin, parle de richesse collective, le coopératisme et le mutualisme se démarquent en recherchant une répartition équitable de la richesse, pour ses membres et pour la communauté. L'idée du bien commun, le bien qui profite à ceux qui l'ont généré et qui a des impacts sur une collectivité plus large, mérite d'être considérée pour définir la richesse collective. Avec Desjardins, mentionnons Groupe financier SSQ, La Capitale, La Coop fédérée, Agropur, Groupe Promutuel, les coopératives funéraires, de services à domicile, etc.

    Ces organisations, qui ont largement contribué et continuent à bâtir le Québec moderne, existent en raison de ceux qui y travaillent et y contribuent par leur épargne, leur production, leur consommation. Elles ne sont pas à la merci de la spéculation au profit d'un groupe de détenteurs de capitaux. N'est-ce pas là la vraie création de richesse, une richesse créée au bénéfice des usagers et des générations futures et, dans la mesure du possible, une richesse qui permet aux écosystèmes de se régénérer?

    L'histoire le montre: le mouvement coopératif et mutualiste permet à des hommes et des femmes d'oeuvrer pour une économie humaine et pas seulement chiffrée. Ces citoyennes et citoyens s'organisent pour ne pas se faire organiser. Changeons de cap. Redéfinissons la création de richesse.

    ***

    Claude-André Guillotte et André Martin - Chercheurs pour l'Institut de recherche et d'éducation pour les coopératives et les mutuelles de l'Université de Sherbrooke (IRECUS)












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