Les pays riches sont condamnés à vivre plus pauvrement
La Financière Banque Nationale dresse un portrait non complaisant de l'avenir économique qui se profile
Les beaux jours ne reviendront pas de sitôt dans les économies développées, prévient la Financière Banque Nationale. Les problèmes auxquels elles font face sont bien plus graves qu'on n'ose le dire généralement et nécessiteront une vision à long terme à laquelle les politiciens et les chefs d'entreprise ne nous ont pas habitués.
«Ceux qui croient que la solution aux difficultés actuelles des économies avancées tient à leur capacité de trouver [à court terme] le bon dosage de lutte contre les déficits et de maintien de mesures de relance économique auront droit à un réveil brutal», met en garde d'entrée de jeu le document d'analyse de 23 pages dévoilé hier par la banque et portant sur les «défis structuraux» auxquels se butera la croissance économique dans les pays développés dans les 10, et même 20 ans à venir.
La spectaculaire ascension de la concurrence des économies émergentes, l'endettement des ménages, des entreprises et des gouvernements, la stagnation du niveau de vie, le vieillissement de la population, le sous-investissement en éducation et en innovation, la montée du protectionnisme et du populisme, l'escalade des prix des matières premières et la perte d'influence des pays occidentaux sur la scène mondiale sont autant de facteurs qui empêcheront les pays riches de retrouver la belle vitalité qu'ils ont affichée depuis des décennies.
Tout le monde semble avoir oublié que la croissance soutenue des 60 dernières années tenait à un contexte tout aussi «exceptionnel que temporaire» né, entre autres, du fait que les États-Unis étaient sortis de la Deuxième Guerre mondiale comme seule et unique puissance mondiale et qu'ils avaient entraîner ensuite les autres pays occidentaux dans leur sillage, a déploré hier en entretien téléphonique au Devoir l'auteur de l'étude, Pierre Fournier, analyste géopolitique à la Financière Banque Nationale.
Des gouvernements à courte vue et des entreprises en quête de profits rapides se sont aussi plu à croire et à faire croire que le transfert de leurs emplois manufacturiers vers la Chine ou l'Inde n'était pas grave et était même souhaitable parce qu'ils seraient remplacés par d'autres, mieux rémunérés, dans les services, les hautes technologies ou ailleurs. «Cette illusion était d'un optimisme délirant, constate aujourd'hui Pierre Fournier. On n'est jamais parvenu à remplacer les emplois perdus, et bientôt c'est la Chine et l'Inde qui nous vendront des autos et des avions.»
Inévitable baisse du niveau de vie
On s'attend à ce que les économies émergentes croissent en moyenne de 7 % cette année et de 6,2 % l'an prochain, contre 2,4 % et 1,9 % dans les pays développés, rappelle-t-il. Cette tendance devrait se maintenir pendant plusieurs années. «Notre niveau de vie va baisser en termes relatifs. Cela me paraît inévitable.»
Les États-Unis devraient s'en tirer un peu mieux que les autres, pense l'analyste. Le faible niveau de ses impôts lui laisse plus de marge de manoeuvre pour équilibrer ses finances publiques et plusieurs de ses entreprises demeurent des chefs de file dans leurs secteurs.
Le Canada devrait pouvoir faire encore mieux, espère-t-il, en dépit de ses problèmes de vieillissement de la population, de désindustrialisation et de faible productivité. Il pourra compter, entre autres, sur ses vastes réserves de pétrole, de matières premières et d'eau, mais aussi sur des finances publiques relativement saines, de bons programmes sociaux et de santé ainsi que son ouverture à l'immigration.
Parmi les principaux pays émergents, Pierre Fournier aurait tendance à parier sur l'Inde plutôt que sur la Chine. Cette dernière a mieux su, jusqu'à présent, réduire le degré de pauvreté de sa population, éduquer ses enfants et maintenir une gouverne ferme de son économie, admet-il. L'Inde devrait toutefois tirer avantage de son régime démocratique et de règle de droit, d'une économie moins dépendante des exportations et de ses liens plus étroits avec les autres démocraties.
Penser à long terme
«Le mieux qui peut nous arriver dans ce contexte est que l'on se remette à penser et à agir à long terme», dit l'analyste. Cela devrait notamment mener les pays développés à réduire leur niveau d'endettement et à investir plus en éducation et en recherche et développement. Il s'attend aussi à ce que les conditions soient moins favorables au libre-échange à cause d'une augmentation des coûts de transport, de politiques fiscales préférentielles ou de mesures protectionnistes qui pourraient se cacher sous l'imposition de normes environnementales plus strictes et de mille et une tracasseries administratives.
La débâcle du secteur financier américain et la réponse européenne à la crise grecque font craindre le pire quant à la capacité des gouvernements de reconnaître l'ampleur des problèmes auxquels leurs pays font face et de passer à l'action, note Pierre Fournier. «Ce n'est jamais facile d'annoncer de mauvaises nouvelles. Ça l'est encore moins pour des politiciens qui doivent se faire élire tous les quatre ans ou des patrons dont le salaire dépend des résultats à court terme de leurs entreprises.»
L'expert garde néanmoins espoir que les pays développés sauront se ressaisir. «Je crois que les gens se posent de plus en plus de questions. On sent un malaise devant le simplisme des analyses et des solutions proposées par les politiciens, les dirigeants d'entreprise ou les économistes.»
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L'étude de la Banque nationale (PDF)
«Ceux qui croient que la solution aux difficultés actuelles des économies avancées tient à leur capacité de trouver [à court terme] le bon dosage de lutte contre les déficits et de maintien de mesures de relance économique auront droit à un réveil brutal», met en garde d'entrée de jeu le document d'analyse de 23 pages dévoilé hier par la banque et portant sur les «défis structuraux» auxquels se butera la croissance économique dans les pays développés dans les 10, et même 20 ans à venir.
La spectaculaire ascension de la concurrence des économies émergentes, l'endettement des ménages, des entreprises et des gouvernements, la stagnation du niveau de vie, le vieillissement de la population, le sous-investissement en éducation et en innovation, la montée du protectionnisme et du populisme, l'escalade des prix des matières premières et la perte d'influence des pays occidentaux sur la scène mondiale sont autant de facteurs qui empêcheront les pays riches de retrouver la belle vitalité qu'ils ont affichée depuis des décennies.
Tout le monde semble avoir oublié que la croissance soutenue des 60 dernières années tenait à un contexte tout aussi «exceptionnel que temporaire» né, entre autres, du fait que les États-Unis étaient sortis de la Deuxième Guerre mondiale comme seule et unique puissance mondiale et qu'ils avaient entraîner ensuite les autres pays occidentaux dans leur sillage, a déploré hier en entretien téléphonique au Devoir l'auteur de l'étude, Pierre Fournier, analyste géopolitique à la Financière Banque Nationale.
Des gouvernements à courte vue et des entreprises en quête de profits rapides se sont aussi plu à croire et à faire croire que le transfert de leurs emplois manufacturiers vers la Chine ou l'Inde n'était pas grave et était même souhaitable parce qu'ils seraient remplacés par d'autres, mieux rémunérés, dans les services, les hautes technologies ou ailleurs. «Cette illusion était d'un optimisme délirant, constate aujourd'hui Pierre Fournier. On n'est jamais parvenu à remplacer les emplois perdus, et bientôt c'est la Chine et l'Inde qui nous vendront des autos et des avions.»
Inévitable baisse du niveau de vie
On s'attend à ce que les économies émergentes croissent en moyenne de 7 % cette année et de 6,2 % l'an prochain, contre 2,4 % et 1,9 % dans les pays développés, rappelle-t-il. Cette tendance devrait se maintenir pendant plusieurs années. «Notre niveau de vie va baisser en termes relatifs. Cela me paraît inévitable.»
Les États-Unis devraient s'en tirer un peu mieux que les autres, pense l'analyste. Le faible niveau de ses impôts lui laisse plus de marge de manoeuvre pour équilibrer ses finances publiques et plusieurs de ses entreprises demeurent des chefs de file dans leurs secteurs.
Le Canada devrait pouvoir faire encore mieux, espère-t-il, en dépit de ses problèmes de vieillissement de la population, de désindustrialisation et de faible productivité. Il pourra compter, entre autres, sur ses vastes réserves de pétrole, de matières premières et d'eau, mais aussi sur des finances publiques relativement saines, de bons programmes sociaux et de santé ainsi que son ouverture à l'immigration.
Parmi les principaux pays émergents, Pierre Fournier aurait tendance à parier sur l'Inde plutôt que sur la Chine. Cette dernière a mieux su, jusqu'à présent, réduire le degré de pauvreté de sa population, éduquer ses enfants et maintenir une gouverne ferme de son économie, admet-il. L'Inde devrait toutefois tirer avantage de son régime démocratique et de règle de droit, d'une économie moins dépendante des exportations et de ses liens plus étroits avec les autres démocraties.
Penser à long terme
«Le mieux qui peut nous arriver dans ce contexte est que l'on se remette à penser et à agir à long terme», dit l'analyste. Cela devrait notamment mener les pays développés à réduire leur niveau d'endettement et à investir plus en éducation et en recherche et développement. Il s'attend aussi à ce que les conditions soient moins favorables au libre-échange à cause d'une augmentation des coûts de transport, de politiques fiscales préférentielles ou de mesures protectionnistes qui pourraient se cacher sous l'imposition de normes environnementales plus strictes et de mille et une tracasseries administratives.
La débâcle du secteur financier américain et la réponse européenne à la crise grecque font craindre le pire quant à la capacité des gouvernements de reconnaître l'ampleur des problèmes auxquels leurs pays font face et de passer à l'action, note Pierre Fournier. «Ce n'est jamais facile d'annoncer de mauvaises nouvelles. Ça l'est encore moins pour des politiciens qui doivent se faire élire tous les quatre ans ou des patrons dont le salaire dépend des résultats à court terme de leurs entreprises.»
L'expert garde néanmoins espoir que les pays développés sauront se ressaisir. «Je crois que les gens se posent de plus en plus de questions. On sent un malaise devant le simplisme des analyses et des solutions proposées par les politiciens, les dirigeants d'entreprise ou les économistes.»
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L'étude de la Banque nationale (PDF)
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