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Showbiz: les grosses pointures américaines en arrachent

La hausse constante du prix des billets aurait convaincu plusieurs fans de bouder amphithéâtres, arénas et stades

La chanteuse pop bonbon Christina Aguilera, encore une grosse pointure il y a à peine deux ans, a dû annuler sa tournée cette année.<br />
Photo : Agence France-Presse
La chanteuse pop bonbon Christina Aguilera, encore une grosse pointure il y a à peine deux ans, a dû annuler sa tournée cette année.
L'industrie américaine du spectacle serait-elle victime de son appétit démesuré, mais aussi de la gourmandise d'artistes qui exigent des cachets toujours plus élevés? Poser la question revient semble-t-il à y répondre. Surtout que la saison estivale, habituellement propice aux grosses tournées, est plutôt moribonde cette année.

Plusieurs gros noms de la musique, habitués du Billboard, ont en effet dû annuler des dates de spectacle, voire toute une tournée. Même s'ils avancent les raisons les plus diverses pour justifier les reports et les annulations, plusieurs sources de l'industrie affirment que ce sont d'abord les faibles ventes de billets qui ont forcé les machines à millions à abdiquer. Si le piteux état de l'économie américaine y est probablement pour quelque chose — le taux de chômage avoisine toujours les 10 % —, ce serait surtout la hausse constante du prix des billets qui aurait finalement convaincu plusieurs fans de bouder amphithéâtres, arénas et stades.

La chanteuse pop bonbon Christina Aguilera, encore une grosse pointure il y a à peine deux ans, a donc jeté l'éponge, tout comme les vedettes internationales pour adolescentes que sont Ke$ha et Rihanna. Même chose pour le retour sur scène du groupe de pseudo-métalleux-rappers Limp Bizkit, qui a finalement décidé de rester à la maison. Sans oublier les valeurs que les producteurs croyaient sûres, comme la tournée entièrement féminine Lilith, qui a mis de côté de nombreux arrêts, dont Montréal. Le cofondateur de l'événement, Terry McBride, a d'ailleurs reconnu que les ventes de billets (dont le prix atteint jusqu'à 250 $) étaient nettement insuffisantes. Une situation similaire à celle vécue par les Jonas Brothers ou encore les vedettes de la télé-réalité American Idol, qui ont pourtant attiré des auditoires monstres au petit écran.

Même certains groupes qui misent sur la nostalgie des baby-boomers ont éprouvé des difficultés. C'est le cas de Santana, mais aussi de Tom Petty and the Heartbreakers, qui n'ont pas résisté à l'attrait de cachets fortement bonifiés. La facture refilée au mélomane a suivi: un collègue a payé pas moins de 360 $ pour la bande à Petty. On peut également citer les Eagles, dont les ventes n'étaient pas à la hauteur des attentes. Ils ont dû annuler certaines dates d'une tournée de stades. Les spectateurs n'ont semble-t-il pas été assez nombreux à vouloir réentendre pour la énième fois Hotel California. Il faut dire que les meilleurs billets se vendaient la bagatelle de 400 $, avec certaines places VIP à 900 $. Le groupe, lui, touche trois millions de dollars par spectacle.

Des chiffres pour le moins élevés, qui témoignent de la tendance lourde à la croissance vertigineuse des prix des billets depuis une décennie. Soucieux de s'assurer de mettre la main sur les vedettes les plus payantes, les organisateurs de spectacles se sont lancés dans une surenchère en ce qui concerne les cachets versés aux artistes. Live Nation, qui vend plus de 140 millions de billets par année pour un total de 21 000 concerts, est particulièrement agressif. De quoi forcer son principal rival, AEG, à suivre le rythme.

Mais pour pouvoir signer le chèque, ils ont dû pousser le prix des sièges vers le haut. La recette a fonctionné un certain temps, surtout en période de prospérité économique. Les ventes sont ainsi passées d'un peu plus d'un milliard de dollars à près de neuf milliards en quelques années à peine. Même en 2009, année de profonde crise chez nos voisins du Sud, les ventes ont été bonnes. Il faut dire que plusieurs avaient choisi de réduire les prix, de laisser tomber les frais d'administration ou encore d'offrir plusieurs billets pour le prix d'un seul.

Fusion de géants


Pour 2010, le topo est très différent. Dans certains cas, plus de 40 % des sièges demeurent vides. Selon les données publiées récemment par le magazine spécialisé Pollstar, les ventes de billets pour les plus grosses tournées en Amérique du Nord ont chuté à leur plus bas niveau depuis 2005. Les 100 plus importantes ont rapporté un total de 965,5 millions de dollars au cours des six premiers mois de 2010, en recul de 17 % par rapport à la même période l'an dernier. Difficile cependant de savoir si la même histoire s'est répétée au Québec, notamment pour les ventes des festivals comme Heavy Mtl ou Osheaga. La porte-parole d'Evenko n'a pas rappelé Le Devoir.

Plusieurs craignent par ailleurs que la fusion plus tôt cette année entre Live Nation et Ticketmaster, devenus Live Nation Entertainment, ne fasse qu'accroître leur contrôle déjà important sur les prix, de quoi accélérer la dégringolade. Live Nation est le plus important organisateur de spectacles nord-américains — U2, Bob Dylan, Madonna et autres quidams — et Ticketmaster est le leader de la vente de billets. «Ils prennent toujours les mêmes mauvaises décisions et perpétuent la surenchère avec leur fusion», lançait d'ailleurs récemment, sous le couvert de l'anonymat, un imprésario au magazine Rolling Stone.

Sentant bien le ralentissement marqué des ventes, Live Nation Entertainment a néanmoins laissé tomber les frais d'administration pendant tout le mois de juin. On a aussi décidé d'offrir plusieurs prix différents, les places les plus onéreuses permettant d'en offrir d'autres à un meilleur tarif. Dans certains cas, des rabais de dernière minute ont été annoncés pour tenter de remplir les salles. «Notre mission est d'asseoir un fan dans chaque siège. Nous savons que le contexte économique est difficile et c'est notre travail de rendre les concerts plus abordables», a affirmé l'entreprise dans un communiqué de presse. En même temps, on a renvoyé 20 % du personnel.

Toutefois, la tendance aux billets qui se vendent à prix d'or est là pour de bon. «Ils sont en train de tuer l'industrie», a dit sans détour un autre imprésario au Rolling Stone. Ce dernier soulignait notamment que, lorsque les Rolling Stones et autres souvenirs des années de jeunesse des baby-boomers cesseront de se produire sur scène, il sera beaucoup plus ardu d'attirer des dizaines de milliers de personnes prêtes à payer des centaines de dollars pour un tour de chant. Ce à quoi les promoteurs répondent que le marché se porte au contraire très bien. «Il y a tout simplement trop de spectacles, estime toutefois le président de Live Nation Canada, Riley O'Connor. Tout le monde croit qu'il peut être une rock star aujourd'hui. Mais seulement la crème remonte sur le dessus. Et je crois que la crème permettra toujours de vendre des billets.»

Plusieurs noms font en effet toujours courir les foules. Avant d'annuler sa gargantuesque tournée, U2 avait vendu deux millions de billets, de quoi engendrer des revenus de 200 millions de dollars. Et les billets se sont écoulés en quelques minutes à peine, même à 250 ou 425 $ pièce. De quoi reléguer les revendeurs au rang de gagne-petit.
 
 
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  • Pier-Philippe Chevigny
    Abonné
    jeudi 22 juillet 2010 06h00
    De mal en pis
    Excellent article. À ce même sujet, Trent Reznor écrivait un billet l'année passée au lancement de sa tournée estivale expliquant les raisons pour laquelle certains artistes chargent si chers, notamment à cause de leur réelle valeur sur le marché puisque certains fans minoritaires sont prêts à débourser des prix exorbitants. Il explique aussi que beaucoup d'artistes travaillent de concert avec Ticketmaster pour donner directement une partie des billets aux revendeurs, profitant eux-mêmes des revenus générés par les prix gonflés. Enfin, il explique le danger de la fusion Live Nation/Ticketmaster qui a sont avis ne ferait qu'empirer radicalement la situation. Le tout en offrant des suggestions de ses propres méthodes pour combattre les prix gonflés et les revendeurs. Une excellente lecture complémentaire à cet article : http://forum.nin.com/bb/read.php?59,548515,548515#msg-548515

  • SnowPharoah
    Inscrit
    jeudi 22 juillet 2010 06h23
    Qualité?
    Il y a certes une question "offre et demande" à relever. Mais au delà d'une analyse économique du "problème" des billets qui ne se vendent pas, il aurait été intéressant de poser la question: Est-ce que les artistes n'ont simplement plus rien de vraiment intéressant à dire? Ce n'est pas Christina Aguilera, Limp Bizkit ou Rihanna qui se démarquent par l'intelligence de leurs propos.

  • Michèle Dorais
    Abonnée
    jeudi 22 juillet 2010 07h40
    offre et demande
    Surenchère et surabondance de l'offre, en particulier à Montréal et à Québec, ont raison même de nos propres productions. Le chaland devient sélectif, préférant la qualité à la banalité.

  • France Marcotte
    Abonnée
    jeudi 22 juillet 2010 07h45
    Même l'amour fou a ses limites
    Comme dans les expériences pour trouver le point de rupture d'un matériau, on vient de découvrir la limite à ne pas dépasser avec les fans finis. Cela se calcule en dollars. Dorénavant, on fera bien attention de ne pas dépasser ce seuil, mais parfois il suffit d'être trahi une fois à l'amoureux transi pour recouvrer ses esprits...

  • Bernard Gervais
    Abonné
    jeudi 22 juillet 2010 07h55
    Peu surpris
    Peu surpris, en effet, que les gens hésitent à débourser une fortune pour assister à des spectacles donnés par des « supposément nouvelles grandes pointures de la chanson américaine » ou d'ailleurs, surtout, comme je l'ai maintes fois écrit au Devoir, compte tenu du peu d'intérêt que présente la musique populaire actuelle par rapport à celle d'il y a vingt ou trente ans.

  • lemarin
    Inscrit
    jeudi 22 juillet 2010 08h24
    Dinosaures
    J'ai maintenant comme politique de ne plus aller voir de spectacles de groupes réunis pour le seul motif de soutirer quelques millions d'une gloire depuis longtemps effacée. Le résultat est bien souvent médiocre, sinon carrément mauvais.

    Mais la tendance est à la hausse pour tous les types de concerts, des plus petits aux plus gros. Le prix de l'essence n'aide certainement pas, mais il y a également une part de mégalomanie là-dedans. La vérité est que la plupart des concerts n'en valent pas le coût et que c'est une des premières dépenses que les gens coupent dans leur budget. Les temps sont durs aux É-U, il n'est pas étonnant que les gens font davantage attention à leur dépenses superflues.

  • ysengrimus
    Inscrit
    jeudi 22 juillet 2010 08h50
    Baisse tenfancielle du taux de profit
    La bonne vieille baisse tendancielle du taux de profit marxiste s'applique aussi au showbizz. Fini le temps où un microsillon de 40 minutes sans image aux deux ans te tenait à flot. Vidéo-tournages de plus en plus complexes, rallongement des plages enregistrées, intensification des concerts pharaoniques, tubes en rafale, marketing-monde, tendance lourde à la gratuité auditive (mp3) et visuelle (YouTube). On mobilise un capital de plus en plus colossal, pour un profit de plus en plus rabougri.

    Paul Laurendeau
    http://www.blogueparade.com/detail/blogue-2942.htm

  • Pierrecnd
    Abonné
    jeudi 22 juillet 2010 09h24
    Pas vraiment surprenant
    Pas surprenant, non pas à cause de la crise mais parce que, comme toujours, on augmente les prix jusqu'à atteindre celui où les gens ne veulent plus payer. Ça a toujours été comme ça et ça le restera. Surtout pour les groupes qui font des retours. Je parle évidemment des "has been" qui reviennent pour la mélancolie de leurs fans.

    Il y a aussi des artistes dont on semble vouloir continuer à leur donner le statut de vedettes alors qu'ils ne l'ont plus. Un peu comme ici où l'on sort de l'incognito le 24 juin, grâce à mes impôts, des artistes pour lesquels plus personnes ne veut vraiment payer pour voir en spectacle. Une autre façon de juger de la popularité réelle d'un artiste est d'assister aux spectacles du Festival d'Été de Québec. Il y en a eu au moins un encensé par les médias montréalais qui n'a même pas été capable de remplir une petite scène du FEQ. Ici comme aux USA il faut faire attention lorsque l'on donne à un artiste le statut de vedette.

    Mais c'est vrai aussi qu'il y a beaucoup de spectacles, chacun veut en retirer son profit et au bout du compte c'est toujours celui qui assiste au spectacle qui paie.

    Mais si au moins, comme le dit Billy Joel dans une rime du Piano Man: "Cause he knows that's for me that they're coming to see to FORGET ABOUT LIFE FOR A WHILE". Certains artistes, malheureusement, ne désirent que nous replonger dans cette réalité quotidienne que l'on ne connaît que trop.

    C'est mon opinion

  • Frédéric Chiasson
    Abonné
    jeudi 22 juillet 2010 09h26
    La musique classique vaut bien plus et coûte bien moins cher
    Je n'ai vraiment pas envie de payer 400$ pour un billet de grosse pointure pop quand je peux me prendre un abonnement étudiant pour sept concert d'un orchestre symphonique à moins de 100$. Que ce soit en quantité ou en qualité, le concert pop ne fait pas le poids : 5-10 ou 80-150 musiciens (quand il n'y pas de choeur !) ? pseudo-chanteuse faisant du lipsync sur scène ou vrais musiciens acoustiques ? Encore, certains groupes métal ont de vrais guitaristes, mais chargent-ils autant de toute façon ?

    Et même là, les orchestres symphoniques ressassent malheureusement les mêmes «tounes» : les symphonies de Mahler et Beethoven commencent à être autant surjouées qu'«Hôtel California». Cher ou pas cher, c'est le temps de changer de disque !

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