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Négociations autour de la raffinerie de Shell - De l'espoir, mais surtout des doutes

Le Devoir s'entretient avec l'ingénieur financier du comité de relance

Raffinerie Shell<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Raffinerie Shell
Le doute persiste. Après avoir affirmé devant un auditoire de parlementaires qu'il aurait été plus simple pour Shell de dire qu'elle ne souhaitait pas vraiment vendre sa raffinerie, l'ingénieur financier de la transaction qui a presque abouti s'interroge encore sur les motivations de la compagnie. Mais une entente avec la société américaine Delek reste possible, croit-il.

«Il n'est pas déraisonnable de dire qu'il y a encore un peu d'espoir», a dit hier Claude Delage, de la firme IBS Capital, lors d'un long entretien dans les bureaux de sa firme. En gros, il a été le cerveau financier du comité de relance présidé par Michael Fortier. «Je pense qu'avec la journée de mardi au Comité de l'industrie [où les députés ont cuisiné la direction de Shell], il y a des gens intelligents chez Shell qui vont dire: "OK, on devrait peut-être aller se rasseoir avec Delek."»

M. Delage, un spécialiste du démarchage qui a jusqu'ici travaillé pro bono dans le dossier, a raconté que les interrogations qui l'ont assailli tout au long du processus ont été si fortes qu'il a dû demander au moins trois fois à la direction de Shell — à Houston et à Londres — de dire si elle était sérieuse dans les démarches visant à trouver un acheteur.

Shell veut démanteler sa raffinerie pour la convertir en terminal. De l'avis personnel de M. Delage, le plan pourrait consister à l'alimenter à partir d'une de ses raffineries sous-utilisées. En augmentant la production d'une raffinerie qui ne fonctionne pas à pleine capacité, mais dont les frais d'exploitation sont déjà payés, Shell ferait ainsi des économies importantes.

En comité parlementaire, Shell a dit que la raffinerie est vieille et petite, que sa fermeture reflète une tendance mondiale et que l'expédition maritime de produits raffinés est facile. Elle n'a pas exclu une vente, mais le temps presse.

Les doutes de M. Delage ont surgi dès le mois de février, lorsque le comité de relance de Michael Fortier a vu le document de présentation produit par Shell.

«Le document n'était pas très invitant, il était un peu repoussant, a dit M. Delage. Et dès les premières conférences téléphoniques [avec des acheteurs intéressés], j'ai senti qu'on n'avait pas un vendeur très motivé et motivant. Ils étaient secs, cassants, mettaient la barre haut.»

Peu de temps après, lors d'une visite de routine de la part de deux hauts gradés de Houston en sol montréalais, MM. Delage et Fortier ont cherché à confirmer le sérieux de l'entreprise.

«Je leur ai dit que j'avais un sentiment que je n'aimais pas, que j'avais l'impression de leur pousser un biscuit dans la gorge, a dit M. Delage. Ils nous ont répondu: "Non, non, on est vendeurs. Mais c'est juste qu'on n'y croit pas. On connaît tout le monde dans l'industrie pétrolière et on n'a pas réussi."»

La société américaine Delek, qui possède une raffinerie au Texas et fait partie d'une société de portefeuille israélienne, a déposé deux offres écrites. La première était de 75 millions et la deuxième, du double. Selon M. Delage, Shell ne voulait vendre que la raffinerie, c'est-à-dire «le métal», mais souhaitait garder le contrôle sur les ventes de carburant aux gros clients. Delek n'appréciait pas cette idée.

Dérapage


Lorsqu'une troisième offre est arrivée, formulée verbalement, le montant atteignait 200 millions et Shell, a dit M. Delage, commençait à accepter de renoncer au commerce de gros. On se rapprochait d'une entente. Les négociations ont toutefois dérapé lorsqu'est venu le temps de parler de l'entretien de la raffinerie, qui n'a pas été effectué comme il se doit depuis que Shell a annoncé la mise en vente en juillet 2009.

Selon Claude Delage, Shell a essentiellement fait valoir que Delek devait prendre la raffinerie «dans l'état dans lequel elle se trouverait dans 90 jours». La société américaine a donc offert de payer pour les travaux une fois ceux-ci effectués. Shell a refusé.

«Alors là, qu'est-ce qu'on a devant nous? a dit M. Delage On a quelqu'un qui se gratte la tête depuis des mois et qui se demande: "C'est quoi le truc que je vais trouver pour désamorcer ça et faire en sorte qu'ils vont s'en aller chez eux?"»

Pourtant, un haut responsable de Delek qui a témoigné mardi à Ottawa a affirmé sans gêne que «l'entente est à l'eau», mais qu'ils souhaiteraient «retourner à la table de négociation pour quelque chose de nouveau». Jim Boles a toutefois insisté sur le fait que l'arrêt d'entretien n'a pas été fait.

Dans les semaines qui ont suivi la mise sur pied du comité de relance en février, le téléphone chez IBS Capital n'a pas dérougi. M. Delage a reçu des dizaines d'appels, tant de «gens disant représenter des intérêts russes» que d'agents RE/MAX ou de simples citoyens bien intentionnés.
 
 
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  • Jacques Saint-Cyr
    Inscrit
    jeudi 22 juillet 2010 08h11
    Scénario habituel
    Voilà le scénario que je crains le plus: Shell vendra sous la pression de l'opinion publique. Le nouveau propriétaire, très probablement un "outsider", devra opérer une raffinerie trop petite et éloignée des marchés les plus lucratifs. Dans cinq ans elle fera faillite. Plus personne ne voudra prendre en charge un tel canard boîteux. Le gouvernement québécois héritera d'une "cour à scrap" et d'un terrain hautement contaminé. Nous, les payeurs de taxes, devront défrayer la totalité des coûts de mise à niveau.
    Shell, au final, s'en sortira à très bon compte, grâce aux illusions d'un public bien intentionné. L'enfer est pavé de bonnes intentions...
    Si vous ne croyez pas à mon scénario, regardez ce qui se passe dans le secteur minier, vous comprendrez.

  • MystHalo
    Inscrit
    jeudi 22 juillet 2010 10h01
    Inquietant terrain contaminé
    Bien d'accord, Shell tente de se sauver sans s'acquitter de son obligation à décontaminer le terrain et démanteler les installations. Ils préfèrent changer la raffinerie en terminal disent-ils. Si les pétrolières tenaient sérieusement compte des torts causer à l'environnement lorsqu'ils font leur calcul, on ne retrouverait pas avec des désastres comme BP ou des terrains hautement contaminés en zone urbaine, et sans oublier les plates-formes pétrolière abandonnées sur les côtes africaines près du Nigeria. Le gouvernement doit sévir contre ces géants corporatifs et les forcer à établir des plans sérieux de démantèlement et décontamination, et ce avant même que les projets soient mis en branle. Si le gouvernements n'agit pas ainsi, il aura fait la preuve qu'il n'agit pas dans l'intérêt de la population, mais bien dans celui des corporations.

  • Michel HAins
    Abonné
    jeudi 22 juillet 2010 11h44
    500 emplois bien rémunérés en danger ... Alors une question d'État
    Si Johnny Charest a échappé, et je suis certain bien malgré lui, qu'il s'agit bel et bien d'une question d'État
    Si l'acheteur potentiel DELEK est un candidat sérieux, le gouvernement du Québec n'a qu'à nationaliser la raffinerie de Shell et de la revendre à Delek en tant que chef opérateur tout en gardant une participation gouvernementale.
    Mais ne nous faisons pas de faux espoirs , les vrais patrons du parti Libéral du Québec comme les Desmarais qui ont des intérêts dans Total, ont déjà dit à Johnny Charest de se tenir bien tranquille.

  • HADDAD 555
    Inscrit
    jeudi 22 juillet 2010 22h09
    Derapage mais peut être voulu
    Mon humble avis se résume a une question,: qui sont les principaux actionnaires de la Royal Deutch Shell, ne serait-ce pas par hasard des Richissimes princes Saoudiens ou Iraniens : alors et si OUI comment donner a une filiale Israelienne Delek la possibilité d'acheter......

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