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Construction: l'année des records - Plus de 140 millions d'heures auront été travaillées

117 000 travailleurs se partagent un chèque de 300 millions

Année record pour le secteur de la construction<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Année record pour le secteur de la construction
Quelque 117 000 travailleurs de la construction vont prendre congé les deux prochaines semaines en se partageant un chèque de vacances de 300 millions, un sommet. Cette nouvelle marque traduit une activité record dans la construction au Québec cette année. Elle masque cependant une douloureuse négociation dans le segment industriel, plutôt dépendant de l'investissement privé, qui aimerait bien récupérer ses marchés d'antan.

Selon le bilan de la Commission de la construction du Québec (CCQ), le volume de travail dans l'industrie, à 35,2 millions d'heures travaillées de janvier à avril, est en hausse de 7 % par rapport aux quatre premiers mois de 2009. «La tendance est là. Si la cadence se maintient, nous devrions atteindre plus de 140 millions d'heures travaillées cette année, contre 133 millions l'an dernier», a commenté André Martin, conseiller en relations publiques de la CCQ. L'atteinte de cette cible constituera un sommet de 35 ans, du jamais vu depuis l'activité générée par les grands travaux de la phase II de la Baie-James et des Jeux olympiques de Montréal, qui a culminé en 1975. Dans ses prévisions initiales, la CCQ tablait sur 133 millions d'heures travaillées en 2010 dans les quatre grands secteurs que sont l'institutionnel-commercial, l'industriel, le génie civil et voirie, et le résidentiel.

Dans son communiqué, André Ménard, p.-d.g. de la CCQ, a souligné que, «dans le secteur industriel, qui a été considérablement touché par la récente crise financière, un renversement de tendance est constaté et le nombre d'heures travaillées a grimpé de 26 % depuis le début d'année. Le secteur résidentiel suit de près avec une hausse de 24 % des heures travaillées, s'harmonisant avec le rythme de croissance effréné (+37 %) du nombre de logements mis en chantier. Les travaux de génie civil et de voirie ont généré un volume de travail supérieur de 15 % à celui de l'an dernier».

Une baisse de 3 % a toutefois été mesurée dans l'institutionnel-commercial. «Cependant, le démarrage, au cours des derniers mois, de quelques chantiers d'envergure, tels le CUSM (Montréal, 1,3 milliard), les Sommets de la santé (Sherbrooke, 500 millions) et le Centre de recherche du CHUM (475 millions), laisse présager une reprise à court terme.»

André Martin explique cette activité par le bon état de l'économie québécoise et par les stimulants gouvernementaux, mis en place avant le début de la récession. «Pensons aux travaux d'infrastructure. Lorsque la récession est arrivée, tout était déjà en place. Le "timing" a été bon.» Au chapitre de l'emploi, l'industrie abritait 7000 nouveaux travailleurs en juin, pour un total de quelque 147 000. Il a estimé que 80 % d'entre eux seront en congé au cours des deux prochaines semaines, se partageant un chèque de vacances record de 300 millions.

«Depuis 2002, l'industrie de la construction a accueilli entre 11 000 et 15 000 nouveaux travailleurs annuellement. Compte tenu de l'augmentation prévue de l'emploi et des besoins de remplacement croissants, causés notamment par le vieillissement des travailleurs et leur taux de roulement élevé, l'industrie aura besoin d'environ 14 000 nouveaux travailleurs par année d'ici 2013», a ajouté M. Ménard.

Négos difficiles


Cette fébrilité masque cependant des négociations difficiles dans le secteur de la construction, où 100 000 syndiqués sont sans contrat de travail depuis le 30 avril. Ils disposent d'un droit de grève (et la partie patronale, d'un droit de lock-out) depuis le 25 juin. À l'Association de la construction du Québec (ACQ), on évolue en mode négociations depuis décembre. L'Association, qui représente 15 000 entrepreneurs, a conclu une dizaine de renouvellements de convention collective au cours de cinq rondes de négociations. «Nous en sommes à la sixième ronde, qui se veut plus difficile dans l'industriel, la principale pierre d'achoppement étant les clauses improductives», a commenté Lyne Marcoux, négociatrice en chef pour l'ACQ. Le porte-parole de l'Alliance syndicale n'avait pas rappelé Le Devoir au moment de mettre sous presse.

Dans l'industriel, où l'investissement privé domine, les statistiques de la CCQ font pourtant ressortir une hausse de 26 % des heures travaillées après quatre mois en 2010, à 3,4 millions. «On parle d'une cible de 13 millions d'heures travaillées. Mais dans les bonnes années, on faisait 21,7 millions d'heures. Nous avons perdu une grosse part du marché entre les mains des entreprises hors construction, ce que nous appelons le "none-union".»

Mme Marcoux précise que, sur le plan salarial, l'offre se compare très bien à celle de la fonction publique, avec des augmentations de 1 % la première année et de 2 % la deuxième et la troisième année, en plus d'une amélioration des avantages sociaux. «Mais les clauses improductives sont intenables.»

Lyne Marcoux met en exergue cette prime de 32,54 $ par jour, soit l'équivalent d'une heure de travail, uniquement pour se présenter au travail. «S'ajoute un 13 % pour les vacances, les avantages sociaux. Peut s'ajouter aussi une indemnité pour déplacement. Ces primes ont été introduites il y a 40 ans, quand le transport en commun ne se rendait même pas dans l'est de Montréal», a illustré la négociatrice de l'ACQ. «L'impact atteint 12,5 % de la facture. On ne peut tout simplement pas être compétitif face au hors-construction.»

Les parties sont passées de la médiation à la conciliation, mais les avancées se font rares. Un répit est attendu, le temps des vacances.
 
 
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