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    Chute brutale du tourisme

    Tourisme<br />
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Tourisme
    Depuis 2002, le Québec a perdu 40 % de touristes américains et 28 % de touristes canadiens. L'industrie connaît pourtant une croissance marquée partout ailleurs dans le monde. Autopsie d'un problème.

    La semaine dernière, Montréal accueillait pas moins de 17 000 délégués des clubs Rotary, réunis pour le congrès mondial de l'organisation humanitaire. En y ajoutant le Grand Prix de Formule 1, on parle de retombées de plus de 100 millions de dollars dans la seule métropole. Bref, la manne pour un secteur touristique qui en avait bien besoin. Mais ce beau mois de juin, accueilli avec soulagement par les hôteliers, restaurateurs et toute la ribambelle d'entreprises qui gravitent autour de l'industrie du voyage, ne reflète pas la tendance lourde des dernières années, à savoir que le Québec attire de moins en moins de touristes étrangers, mais aussi en provenance des autres provinces.

    En fait, depuis 2002, on parle d'une diminution de plus de 40 % du nombre de touristes américains, un marché traditionnellement considéré comme «naturel». Une chute brutale qui ne peut s'expliquer uniquement par la hausse du dollar et la nécessité de détenir un passeport pour entrer au pays, affirment les gens bien au fait des tendances dans l'industrie. La baisse des visiteurs en provenance des autres régions du Canada s'élève quant à elle à 28 %. Ce recul a été en partie compensé par la hausse du nombre de Québécois qui ont décidé de passer leurs vacances ici. Mais ces voyageurs, qui représentent 75 % des touristes bon an, mal an, dépensent à peine 30 % de ce que dépense un Américain en visite chez nous.

    Cette perte de vitesse vaut aussi pour le Canada, qui a essuyé un recul de 20 % du nombre de touristes étrangers depuis 2002. Le pays, qui figurait auparavant parmi les 10 destinations favorites sur la planète, se situe maintenant au 14e rang. Il est même 106e, sur 130 pays, pour ce qui est de la compétitivité des prix, selon les données compilées par le Forum économique mondial.

    Le pire, c'est que cette baisse s'est produite alors que le secteur, à l'échelle mondiale, connaissait une croissance très marquée. De 2002 à 2008, le tourisme international a grimpé de 31 %. L'an dernier, pas moins de 800 millions de personnes ont voyagé sur la planète. Un chiffre qui devrait doubler d'ici 10 ans. «Pratiquement tous les pays ont enregistré une croissance... sauf le Canada», soulignait dernièrement le président et chef de la direction de Transat, Jean-Marc Eustache, dans un discours où il a fait état de ses inquiétudes pour l'avenir de l'industrie canadienne du tourisme international. «Au Canada, on n'arrive pas à "penser tourisme" et à agir stratégiquement.»

    Pour ajouter aux difficultés, la concurrence internationale se fait de plus en plus forte. «Auparavant, environ 10 pays se partageaient 75 % des touristes internationaux, explique M. Archambault. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ils représentent peut-être 40 %, parce que d'autres pays se sont démarqués, comme la Tunisie, le Maroc, l'Arabie saoudite, la Turquie, etc.» Des pays qui recrutent directement dans des marchés importants pour le Québec, notamment du côté de la France, de l'Allemagne, de la Belgique, et bien sûr des États-Unis.

    «Quand on regarde le succès des destinations qui ont réussi, on constate qu'il y a eu une volonté gouvernementale, ajoute-t-il. On ne parle pas d'un ministère du Tourisme, mais du gouvernement.» C'est le cas de la Turquie, devenue huitième destination dans le monde en faisant passer le nombre de touristes qu'elle accueille de 5 à 27 millions en moins de 20 ans. «Ils ont choisi de développer une offre distinctive, de calibre international et répondant à une tendance de fond. On a donc beaucoup de travail à faire.»

    Québec fait peu

    Que fait le Québec pour freiner cette dégringolade dans une industrie dont dépendent 135 000 emplois et 30 000 entreprises? Peu de choses, affirment à peu près tous les acteurs de l'industrie questionnés par Le Devoir. «Il y a un manque de vision intégrée, et ce, à tous les niveaux», résume Michel Archambault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat, à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Il affirme que les différents acteurs de l'industrie ont tendance à travailler chacun pour soi et que, dans certaines régions, les administrations municipales font carrément preuve de «myopie» quand vient le temps de planifier l'offre touristique. Et malgré un budget annuel de commercialisation qui dépasse les 125 millions, il y a selon lui «un manque d'intégration des efforts qui sont faits» afin de promouvoir le Québec.

    La ministre du Tourisme, Nicole Ménard, a annoncé en mai qu'elle mettrait sur pied un comité de concertation pour se pencher sur les «défis» pour le Québec. En entrevue au Devoir, Mme Ménard dit qu'elle souhaite doter la province d'une «vision globale» et d'un «plan concret axé sur la croissance économique», mais aussi «élaborer un plan triennal basé sur des investissements publics et privés». Le comité en question — composé d'une douzaine d'«experts» qui proviennent de l'industrie ou qui la connaissent bien — se réunira pour la première fois en septembre et aura six mois pour remettre un «plan d'action» au gouvernement. Les associations touristiques régionales (ATR) le réclament depuis plusieurs années.

    Malgré cette récente initiative, certaines sources ont dénoncé le manque de leadership de la part du ministère du Tourisme, qui peut compter cette année sur un budget de 146 millions de dollars. Les ministres y défilent trop rapidement, estiment certains. Mais surtout, «l'industrie touristique n'est pas assez considérée comme un outil de développement économique pour le Québec», juge le directeur général des ATR associées du Québec, Louis Rome. Il rappelle que les dépenses touristiques au Québec s'élèvent pourtant chaque année à plus de 10 milliards de dollars.

    «C'est à peu près la seule industrie très diversifiée qui est présente dans toutes les régions. Elle a un impact majeur dans beaucoup de régions, quand elle n'est pas tout simplement capitale», ajoute-t-il. Qui plus est, «c'est une industrie qui est très résiliente. Mais il faut maintenant passer à une vitesse supérieure et augmenter nos parts de marché. Il faut faire une meilleure mise en marché, mais aussi présenter une offre adaptée aux clientèles». Et le Québec a des «atouts majeurs», selon M. Rome. Il est riche au plan culturel, il représente le fait français en Amérique du Nord, il peut offrir un produit touristique étalé sur quatre saisons et il est considéré comme une destination sécuritaire. La province est aussi très bien outillée pour tirer profit, par exemple, d'un créneau «nature» toujours plus recherché.

    Infrastructures déficientes

    Les structures d'accueil sont souvent déficientes quand vient le temps de séduire une clientèle de plus en plus exigeante et qui a tout le loisir de voyager où bon lui semble sur la planète. Michel Archambault souligne ainsi que, des 75 000 chambres qu'offrent les établissements hôteliers de la province — en majorité cotées deux ou trois étoiles —, au moins la moitié aurait besoin de rénovations. Les petits motels figés dans les années 70 ont peut-être leur cachet un peu kitsch, mais ils ne répondent plus à la demande. Côté restauration aussi, il faudrait encourager davantage la diversification, particulièrement en région. Pourquoi, par exemple, ne pas miser encore plus sur les produits locaux. Des efforts ont été faits depuis quelques années, mais il reste un bon bout de chemin à parcourir.

    Le hic, c'est que des investissements d'une telle ampleur nécessiteraient des capitaux souvent inaccessibles. «Les programmes gouvernementaux et les institutions financières ne sont pas souvent au rendez-vous, ou alors ce n'est pas adapté. Le retour sur l'investissement doit souvent être trop rapide pour la réalité de l'industrie touristique. On ne peut pas y arriver», déplore Louis Rome. Pourtant, selon une récente étude de la Commission canadienne du tourisme, les investissements privés et publics dans le secteur touristique donnent un rendement «solide et constant».

    Le gouvernement aurait aussi un rôle majeur à jouer, clame l'industrie. Côté transport par exemple, le Québec fait bien piètre figure. Le train est à peu près absent et les routes n'ont pas nécessairement tout le lustre nécessaire. Du côté de Montréal, première porte d'entrée de la province pour les touristes étrangers, on répète depuis des années que des efforts substantiels devraient être faits. À commencer par la route qui sépare l'aéroport PET et le centre-ville, que plusieurs associent à une pure horreur urbanistique. M. Archambault insiste également sur la nécessité d'améliorer le lien entre l'île et le fleuve Saint-Laurent et d'augmenter le nombre d'espaces verts. L'urgence d'agir fait d'autant moins de doute que, pour cette année, malgré le rebond de l'économie, Tourisme Montréal s'attend au mieux à une «reprise modeste».

    En plus d'améliorer substantiellement les structures d'accueil, il faudrait aussi être en mesure de renouveler l'offre de façon à séduire les marchés les plus prometteurs pour les prochaines années (voire autre texte en page ). En tête de liste, la Chine, qui a récemment accordé au Canada le statut de destination «approuvée». En même temps, affirme M. Eustache, il est impératif de mettre fin à certaines «insultes». Un exemple? Ottawa a annoncé en 2009 son intention de développer une «stratégie touristique nationale». À peine quelques semaines plus tard, le gouvernement conservateur décidait d'imposer un visa aux voyageurs mexicains, quatrième marché en importance pour le Canada. Les impacts ne se sont pas fait attendre. Le nombre de visiteurs en provenance de ce pays partenaire de l'ALENA a diminué de près de 40 % à peu près du jour au lendemain.

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    NDLR: Une modification à ce texte a été apportée le 29 novembre 2010, pour mieux préciser une phrase.
     
     
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