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    Des dizaines de millions de barils d'or noir dans le sol gaspésien

    Les pétrolières s'activent pour faire jaillir de l'or noir du sous-sol québécois. Pendant que l'une d'elles s'apprête à forer sur l'île d'Anticosti pour en évaluer le potentiel, une autre a annoncé hier qu'elle serait assise sur des dizaines de millions de barils du précieux et controversé liquide en Gaspésie.

    Une firme texane indépendante a ainsi évalué que le permis d'exploration de Galt, situé à l'ouest de Gaspé, pourrait contenir plus de 180 millions de barils. Le rapport, daté de décembre 2009 mais dont les résultats ont seulement été publiés hier, précise que de ce nombre, 13 750 000 barils de pétrole seraient «potentiellement récupérables». Ces estimations devront être révisées lorsque des données additionnelles seront disponibles, a précisé Junex, l'entreprise qui possède le permis d'exploration. Ceux-ci «pourraient augmenter ou diminuer suite aux opérations futures».

    Cette ressource a cependant d'ores et déjà été qualifiée de «très significative» par son président et chef de la direction, Jean-Yves Lavoie. Le potentiel du champ de Galt a été reconnu par Junex dès 2001 et plusieurs travaux d'exploration y ont depuis été exécutés. Ceux-ci ont permis, lors d'opérations d'essais de production, de récupérer un total de 5828 barils de pétrole léger qui ont été transportés et vendus à la raffinerie d'Ultramar près de Québec. Mais il n'est pas encore question de production à grande échelle, puisque Galt — détenu à 50 % par Junex et à 50 % par Bernard Lemaire, membre de la direction de Cascades — est considéré comme un projet «non traditionnel». Le pétrole est peut-être abondant, mais il pourrait être difficile à extraire en raison des formations géologiques dans lesquelles il se trouve.

    «Les résultats de cette étude pourraient également être de bon augure pour le potentiel d'exploration des permis adjacents à la propriété de Galt [...]», a précisé M. Lavoie, cofondateur de cette compagnie pétrolière et gazière qui compte, parmi les membres de son conseil d'administration, l'ancien p.-d.g. d'Hydro-Québec André Caillé. Junex détient des permis d'exploration sur plus de 24 000 km2 de territoire québécois.

    Chose certaine, l'éventualité d'une production plus massive semble très probable en Gaspésie. Une autre entreprise, Pétrolia, devrait d'ailleurs amorcer sous peu la mise en production de son premier puits, situé à 1,5 kilomètre du port de Gaspé et baptisé Haldimand no 1. Son président, André Proulx, est optimiste quant à la suite des choses. «On juge que la cible est prometteuse et qu'elle devrait l'être sur plusieurs années. Personne ne va faire du forage pour avoir une production d'une année. Habituellement, on calcule un minimum de 15 à 20 ans de production», expliquait-il au Devoir il y a quelques semaines. Selon lui, la pétrolière pour pourrait produire 20 000 barils de pétrole léger par jour d'ici 2014, c'est-à-dire environ 5 % des besoins en or noir du Québec.

    L'or noir d'Anticosti

    Pétrolia — qui contrôle un domaine minier de plus de 15 000 km2 — s'active en même temps du côté d'Anticosti, où elle s'apprête à mener des forages à partir d'un puits déjà existant de façon à évaluer le potentiel d'exploitation qui se trouverait dans le sous-sol cette île reconnue comme un paradis de la chasse et de la pêche. «On considère que l'île d'Anticosti est probablement la zone la plus prometteuse au Québec sur la terre ferme. C'est probablement la plus belle cible actuellement», insistait d'ailleurs récemment M. Proulx. La plus grande île de la province se situe en effet à l'extrémité nord-est d'une plate-forme qui compte plusieurs champs d'hydrocarbures mondialement reconnus. Les travaux de Pétrolia devraient s'étendre de juillet à septembre.

    Dans ce contexte, il est pour le moins étonnant de constater que les droits miniers sur ces zones si prometteuses aujourd'hui ont été rachetés à Hydro-Québec il y a à peine deux ans, en contrepartie d'une «redevance prioritaire» sur la production pétrolière. Hydro n'a pas précisé le montant de ladite redevance. Pétrolia a ainsi raflé les droits sur 35 permis d'exploration, soit 6381 km2.

    La société d'État avait déjà effectué des forages exploratoires et des relevés sismiques sur Anticosti, mais sans succès, a-t-on répondu au Devoir. Mais pourquoi est-ce qu'Hydro a décidé de s'en départir? «C'est une question d'orientations qui proviennent du Plan stratégique 2006-2010. Hydro-Québec souhaitait favoriser l'utilisation et la production d'énergies renouvelables et a choisi de concentrer ses efforts sur le développement complémentaire de l'hydroélectricité et de l'éolien», a indiqué une attachée de presse de la société d'État. Reste qu'en cas de découvertes importantes, les profits iront au secteur privé plutôt qu'au Trésor public.

    Au moins un ancien employé d'Hydro-Québec Pétrole et gaz travaille aujourd'hui pour Pétrolia, confirmait récemment André Proulx. «On a davantage hérité de la partie "géologique" d'Hydro-Québec», ajoutait-il alors, en précisant que ce sont les spécialistes de ce secteur qui «développent des modèles géologiques pour indiquer s'il y a une possibilité qu'il y ait du pétrole». Il s'agit d'Érick Adam, qui a agi comme géophysicien pour Hydro-Québec Pétrole et gaz de septembre 2003 à février 2006. Jusqu'à tout récemment, le site Internet de Pétrolia précisait en outre que Bernard Granger agissait à titre de géologue en chef depuis 2006. Avant de se joindre à l'équipe de Pétrolia, M. Granger avait été géologue en chef d'Hydro-Québec Pétrole et gaz.

    Selon le Registraire des entreprises du Québec, l'actionnaire principal de Pétrolia est Pilatus Energy AG, une compagnie qui a pignon sur rue en Suisse et dont le président réside aux Émirats arabes unis.
     
     
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