Montréal-Est - Shell, c'est la fin de la raffinerie
«Nous allons suivre notre plan et transformer la raffinerie en terminal»
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Les employés de la raffinerie de Shell à Montréal-Est étaient dans l'incompréhension hier. Ils estiment que Shell n'a pas été au bout du processus de négociation et doutent des intentions réelles de la pétrolière, qui a maintenu sa décision de transformer ses installations de Montréal-Est en terminal.
Deux acheteurs potentiels se sont manifestés avant la date limite fixée à mardi. Shell a pris les offres en délibéré pour finalement trancher hier. «Après plus de 11 mois de recherche pour trouver un acheteur approprié pour sa raffinerie de Montréal-Est, Produits Shell Canada a annoncé aujourd'hui que le processus n'avait pas été fructueux et qu'elle ira maintenant de l'avant avec la transformation de la raffinerie en terminal», peut-on lire dans le communiqué de la pétrolière.
Le président de la section 121 du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), Jean-Claude Rocheleau, était dans tous ses états. «Il n'y a pas eu de négociations! Une source proche d'un des acheteurs potentiels m'a dit qu'il était déçu et qu'il ne comprenait pas ce qui se passait chez Shell. Pourtant, Shell a toujours dit qu'elle voulait vendre. Elle a reçu deux manifestations d'intérêt venant de candidats qu'elle a jugés sérieux, dont l'un était un raffineur. Deux offres qu'elle a rejetées en moins de trois jours. Elle a pris les offres. Des premières offres et non des offres finales. Il n'y a pas eu d'échanges ensuite, pas de négociations. Puis l'annonce est venue, par courriel.»
Le dirigeant syndical estime que Shell n'a pas été au bout du processus et qu'on ne peut se permettre de fermer un tel dossier sans épuiser toutes les munitions. «Nous allons demander à Michael Fortier de retourner voir Shell, de retourner également auprès des acheteurs, et de voir si l'on peut mettre autre chose dans la balance.»
Chez Shell Canada, on soutient que tout a été fait. «Cette décision a été prise après avoir déployé des efforts considérables pour vendre la raffinerie, y compris des efforts de coopération avec un comité spécial, dirigé par Michael Fortier et parrainé par le gouvernement du Québec, qui avait pour mandat de trouver et de pressentir des acheteurs potentiels. Bien que ces efforts aient abouti à deux déclarations d'intérêt, il y avait un écart d'évaluation important, et Shell ne poursuivra pas les discussions avec les intéressés.»
La présidente de Shell au Canada, Lorraine Mitchelmore, a été plus loin. «Nous ne communiquerons pas les détails des déclarations d'intérêt ni les noms des parties intéressées, mais nous avons informé ces parties, le gouvernement et nos employés que nous ne poursuivrons pas les discussions avec les intéressés pour la simple raison que l'écart entre certaines des conditions avancées et nos exigences est beaucoup trop grand pour pouvoir envisager de façon réaliste la conclusion d'une entente sur la vente de la raffinerie. Par conséquent, nous allons suivre notre plan et transformer la raffinerie en terminal.»
Pour sa part, le porte-parole de Shell, Larry Lalonde, réfute les prétentions syndicales. «Rappelons que nous nous sommes engagés dans un processus qui a duré 11 mois. Nous avons prolongé le délai [après l'annonce de fermeture de janvier dernier] jusqu'au 1er juin. Nous avons eu plusieurs conversations avec les acheteurs potentiels. Nous leur avons donné accès à nos données. L'écart d'évaluation était vraiment trop grand.» M. Lalonde a souligné que les activités de raffinage à Montréal-Est vont se poursuivre jusqu'en septembre. Le processus de conversion et de démantèlement va s'étendre ensuite jusqu'en novembre.
Clément Gignac
À Québec le ministre du Développement économique, Clément Gignac, s'est dit à la fois très déçu de la décision de Shell et également étonné qu'elle survienne en trois jours seulement. «Le fardeau de la preuve appartient à Shell, qui a un travail de pédagogie à faire sur la place publique. La balle est dans la cour de Shell.» Le ministre Gignac ne doute cependant pas de la bonne foi de la pétrolière. «J'ai communiqué avec les dirigeants de Shell à Houston, accompagnés de ceux de Calgary. Ils m'ont confirmé qu'ils ont eu des discussions intenses avec les deux acheteurs potentiels, à plusieurs reprises. Les négociations étaient directes, sans la présence de Michael Fortier.»
«Ils m'ont dit que l'écart demeurait trop grand. Il y avait également un enjeu environnemental important; Shell voulait être dégagée de toute responsabilité par rapport à ses obligations environnementales par l'éventuel acheteur», a précisé Clément Gignac.
Le gouvernement québécois est très actif dans le dossier depuis le début. «Nous avons obtenu un report de la date butoir. Nous avons également offert aux acheteurs éventuels notre assistance. Nous n'avons reçu aucune demande en ce sens. Nous sommes toujours là, mais la suite des choses appartient au comité, à Michael Fortier et à Shell. On va laisser le comité faire son travail. Nous allons accompagner les travailleurs, qui vivent la fermeture pour la deuxième fois.»
La raffinerie emploie 500 personnes. Une fois qu'elle sera transformée en terminal, ses effectifs passeront à 30 personnes. On retient également que cette raffinerie fait affaire avec quelque 400 contractants, qu'elle génère des emplois indirects de 2500 personnes et que ses retombées économiques pour la région montréalaise se chiffrent à 240 millions.
Avec une capacité de 130 000 barils par jour, ces installations retiennent le quart de la capacité de raffinage du Québec. «Cette fermeture représente une menace à la sécurité d'approvisionnement du Québec, a enchaîné Jean-Claude Rocheleau. Le Québec devient exposé aux produits venant de sources mondiales, offerts au plus offrant. Sans compter les risques pour l'autre raffinerie de Montréal-Est, celle de Suncor [Petro-Canada], les deux entités partageant les frais de certaines infrastructures. L'impact sera important. Suncor devra assumer seule les frais associés au pipeline venant de Portland et à l'usine de traitement de soufre. Ses coûts fixes vont monter en flèche, ce qui va nuire à sa capacité concurrentielle et à sa rentabilité. Et que fait-on des 800 bateaux qui viendront sur le fleuve pour alimenter Shell?»
Deux acheteurs potentiels se sont manifestés avant la date limite fixée à mardi. Shell a pris les offres en délibéré pour finalement trancher hier. «Après plus de 11 mois de recherche pour trouver un acheteur approprié pour sa raffinerie de Montréal-Est, Produits Shell Canada a annoncé aujourd'hui que le processus n'avait pas été fructueux et qu'elle ira maintenant de l'avant avec la transformation de la raffinerie en terminal», peut-on lire dans le communiqué de la pétrolière.
Le président de la section 121 du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), Jean-Claude Rocheleau, était dans tous ses états. «Il n'y a pas eu de négociations! Une source proche d'un des acheteurs potentiels m'a dit qu'il était déçu et qu'il ne comprenait pas ce qui se passait chez Shell. Pourtant, Shell a toujours dit qu'elle voulait vendre. Elle a reçu deux manifestations d'intérêt venant de candidats qu'elle a jugés sérieux, dont l'un était un raffineur. Deux offres qu'elle a rejetées en moins de trois jours. Elle a pris les offres. Des premières offres et non des offres finales. Il n'y a pas eu d'échanges ensuite, pas de négociations. Puis l'annonce est venue, par courriel.»
Le dirigeant syndical estime que Shell n'a pas été au bout du processus et qu'on ne peut se permettre de fermer un tel dossier sans épuiser toutes les munitions. «Nous allons demander à Michael Fortier de retourner voir Shell, de retourner également auprès des acheteurs, et de voir si l'on peut mettre autre chose dans la balance.»
Chez Shell Canada, on soutient que tout a été fait. «Cette décision a été prise après avoir déployé des efforts considérables pour vendre la raffinerie, y compris des efforts de coopération avec un comité spécial, dirigé par Michael Fortier et parrainé par le gouvernement du Québec, qui avait pour mandat de trouver et de pressentir des acheteurs potentiels. Bien que ces efforts aient abouti à deux déclarations d'intérêt, il y avait un écart d'évaluation important, et Shell ne poursuivra pas les discussions avec les intéressés.»
La présidente de Shell au Canada, Lorraine Mitchelmore, a été plus loin. «Nous ne communiquerons pas les détails des déclarations d'intérêt ni les noms des parties intéressées, mais nous avons informé ces parties, le gouvernement et nos employés que nous ne poursuivrons pas les discussions avec les intéressés pour la simple raison que l'écart entre certaines des conditions avancées et nos exigences est beaucoup trop grand pour pouvoir envisager de façon réaliste la conclusion d'une entente sur la vente de la raffinerie. Par conséquent, nous allons suivre notre plan et transformer la raffinerie en terminal.»
Pour sa part, le porte-parole de Shell, Larry Lalonde, réfute les prétentions syndicales. «Rappelons que nous nous sommes engagés dans un processus qui a duré 11 mois. Nous avons prolongé le délai [après l'annonce de fermeture de janvier dernier] jusqu'au 1er juin. Nous avons eu plusieurs conversations avec les acheteurs potentiels. Nous leur avons donné accès à nos données. L'écart d'évaluation était vraiment trop grand.» M. Lalonde a souligné que les activités de raffinage à Montréal-Est vont se poursuivre jusqu'en septembre. Le processus de conversion et de démantèlement va s'étendre ensuite jusqu'en novembre.
Clément Gignac
À Québec le ministre du Développement économique, Clément Gignac, s'est dit à la fois très déçu de la décision de Shell et également étonné qu'elle survienne en trois jours seulement. «Le fardeau de la preuve appartient à Shell, qui a un travail de pédagogie à faire sur la place publique. La balle est dans la cour de Shell.» Le ministre Gignac ne doute cependant pas de la bonne foi de la pétrolière. «J'ai communiqué avec les dirigeants de Shell à Houston, accompagnés de ceux de Calgary. Ils m'ont confirmé qu'ils ont eu des discussions intenses avec les deux acheteurs potentiels, à plusieurs reprises. Les négociations étaient directes, sans la présence de Michael Fortier.»
«Ils m'ont dit que l'écart demeurait trop grand. Il y avait également un enjeu environnemental important; Shell voulait être dégagée de toute responsabilité par rapport à ses obligations environnementales par l'éventuel acheteur», a précisé Clément Gignac.
Le gouvernement québécois est très actif dans le dossier depuis le début. «Nous avons obtenu un report de la date butoir. Nous avons également offert aux acheteurs éventuels notre assistance. Nous n'avons reçu aucune demande en ce sens. Nous sommes toujours là, mais la suite des choses appartient au comité, à Michael Fortier et à Shell. On va laisser le comité faire son travail. Nous allons accompagner les travailleurs, qui vivent la fermeture pour la deuxième fois.»
La raffinerie emploie 500 personnes. Une fois qu'elle sera transformée en terminal, ses effectifs passeront à 30 personnes. On retient également que cette raffinerie fait affaire avec quelque 400 contractants, qu'elle génère des emplois indirects de 2500 personnes et que ses retombées économiques pour la région montréalaise se chiffrent à 240 millions.
Avec une capacité de 130 000 barils par jour, ces installations retiennent le quart de la capacité de raffinage du Québec. «Cette fermeture représente une menace à la sécurité d'approvisionnement du Québec, a enchaîné Jean-Claude Rocheleau. Le Québec devient exposé aux produits venant de sources mondiales, offerts au plus offrant. Sans compter les risques pour l'autre raffinerie de Montréal-Est, celle de Suncor [Petro-Canada], les deux entités partageant les frais de certaines infrastructures. L'impact sera important. Suncor devra assumer seule les frais associés au pipeline venant de Portland et à l'usine de traitement de soufre. Ses coûts fixes vont monter en flèche, ce qui va nuire à sa capacité concurrentielle et à sa rentabilité. Et que fait-on des 800 bateaux qui viendront sur le fleuve pour alimenter Shell?»
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