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La Banque du Canada hausse son taux directeur

Premier pays du G7 à resserrer sa politique monétaire

Mark Carney
Photo : Agence Reuters Chris Wattie
Mark Carney
La Banque du Canada a donné hier, comme prévu, un premier tour de vis aux taux d'intérêt au pays, mais l'a fait en se montrant tellement hésitante sur la suite des événements qu'elle en a déconcerté les marchés.

La banque centrale a relevé son taux directeur de 0,25 % à 0,50 %. Elle maintenait le taux de son principal outil d'intervention économique à son plancher historique depuis un peu plus d'un an. Le Canada est ainsi le premier pays du G7 à commencer à réduire l'exceptionnel climat de détente monétaire mis en place dans les pires heures de la crise financière et économique mondiale.

Cette annonce était largement attendue depuis que l'institution dirigée par le gouverneur Mark Carney avait indiqué en avril que ces politiques «exceptionnelles» devenaient «moins nécessaires» «à la faveur de l'amélioration récente des perspectives économiques». La spectaculaire dégradation de la situation en Europe en avait toutefois amené quelques-uns à se demander si la Banque n'allait pas choisir d'attendre un peu avant de bouger afin d'avoir une meilleure idée de l'impact possible sur l'économie canadienne.

«L'activité au Canada évolue essentiellement comme prévu», a constaté hier la Banque du Canada dans le bref communiqué expliquant sa décision et se référant à ses prévisions d'avril. «L'économie a affiché un taux d'expansion vigoureux de 6,1 % au premier trimestre», a-t-elle dit, «la croissance de l'emploi a repris», et s'il est à prévoir que la progression des dépenses des ménages se modérera un peu, cela devrait être en partie compensé par un redressement des investissements des entreprises.

La situation est plus indécise sur la scène mondiale, a admis la banque centrale. On y observe «un grand dynamisme» dans les pays émergents comme la Chine et l'Inde, «une certaine consolidation de la relance» aux États-Unis et au Japon, mais aussi «la possibilité d'un nouvel affaiblissement en Europe». «Les tensions récentes en Europe sont susceptibles de se traduire par une hausse des coûts d'emprunt et un resserrement rapide des politiques budgétaires», a-t-elle souligné plus loin. Les événements qui se déroulent là-bas ont heureusement eu, jusqu'à présent, des répercussions limitées au Canada, s'est-elle encore félicitée ailleurs.

Les doutes de Mark Carney

Cette première hausse de 25 points de base du taux directeur continue de laisser en place un degré de détente monétaire «considérable», a noté hier la Banque du Canada. Cette dernière a néanmoins laissé planer un doute sur sa résolution à enchaîner les augmentations dans les mois à venir comme on le pensait, et même à procéder à une simple hausse lors de sa prochaine réunion du 20 juillet.

«Étant donné l'incertitude notable pesant sur les perspectives, a-t-elle expliqué, toute nouvelle réduction du degré de détente monétaire devra être évaluée avec soin, en fonction de l'évolution économique à l'échelle nationale et internationale».

Ces explications ont semblé plonger les investisseurs dans une certaine perplexité. Bien que largement anticipé, le début d'un élargissement de l'écart entre les taux d'intérêt au Canada et ceux offerts ailleurs dans le monde aurait normalement dû se traduire par un affermissement de la devise canadienne, ne serait-ce que léger. Mais le huard a immédiatement perdu, au contraire, presque un cent américain à la suite de l'annonce de la Banque du Canada et clôturé la journée à 94,88 ¢US, dans des marchés marqués par beaucoup de volatilité.

Pas le choix

La vigueur de l'économie canadienne ne laissait pas d'autre option à sa banque centrale que celle de commencer à prendre ses distances de taux d'intérêt fixés à ce niveau parce qu'il y avait urgence, ont commenté hier les économistes Stéfane Marion et Paul-André Pinsonnault, de la Financière Banque Nationale. Mark Carney devrait, selon eux, continuer sur son élan de manière à ce que le taux directeur dépasse d'ici un an les 2 %.

«La Banque du Canada a fait un premier pas vers un resserrement de sa politique monétaire, mais c'est un pas incroyablement timide», a constaté Doug Porter. L'économiste de BMO Marchés de capitaux pense lui aussi que ce premier pas devrait être suivi par plusieurs autres dans les mois à venir, mais il n'exclut pas que la banque centrale marque une pause, peut-être même dès cette année, ne serait-ce que pour attendre le début d'un resserrement semblable aux États-Unis, qui n'est pas attendu avant l'an prochain.

«Ce n'est pas un hasard si la Banque du Canada a tellement insisté dans son communiqué sur les conditions économiques mondiales, a observé Grant Bishop, du Groupe Financier Banque TD. Les dernières années nous ont montré que le Canada n'était pas une île.»
 
 
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  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 2 juin 2010 15h56
    «Falésouffert»!
    La haute finance a assez attendu, impatiente qu'elle était de recommencer à siphonner les poches des membres de la classe moyenne. «Alésouffert»!, dit son gourou, Mark Carney.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

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