Budget du Québec - Un café plus fort pour les riches
2 avril 2010
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Claude Cossette - Professeur de publicité sociale à l'Université Laval
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Actualités économiques
Dans Le Devoir, Michel David écrivait hier: «Le premier ministre Charest s'est présenté lui-même devant les membres de la Chambre de commerce de Québec pour expliquer comment il allait "changer la trajectoire du Québec".» Un des arguments de Charest pour défendre son budget est le suivant: ses économistes prétendent que c'est en favorisant les riches (!) que le Québec assurera sa croissance.
C'est vrai: la croissance rend les riches plus riches. Jamie Johnson, un petit-fils de la richissime famille Johnson & Johnson, a produit un documentaire sur la concentration des richesses, qu'il a intitulé The One Percent (voir YouTube) dans lequel il rappelle que le 1 % des plus riches possède 40 % des richesses de la terre et 90 % de la valeur nette disponible. Posant des questions sur cette iniquité au célèbre économiste libertaire Milton Friedman, il se fait répondre: «Mais les pauvres se sont enrichis eux aussi. Qu'est-ce que tu aimes mieux, garder l'écart identique et qu'il n'y ait aucune amélioration chez les pauvres, ou que l'écart s'accroisse comme aujourd'hui en permettant aux pauvres de l'être moins?»
La question est intéressante. C'est la défense de l'injustice par ce que l'on a appelé la «percolation»: comme pour le café, tout se passe en haut, mais il y a tout de même des gouttes qui se répandent autour. Or, le café est bien faible quand il parvient au bas de l'échelle sociale: la moyenne des citoyens doit mettre un an de travail pour gagner, disons 35 000 $, alors que le 1 % du haut le gagne en un jour.
La croissance à tout prix n'est pas la solution — et même si les pauvres en retirent certains avantages. Les professeurs Richard Wilkinson et Kate Pickett travaillent depuis 30 ans sur ce que révèlent les statistiques concernant les réalités sociales. Ils viennent de publier The Spirit Level qui fait beaucoup de bruit parce qu'il démontre de manière irréfutable que ce n'est pas la richesse qui produit une société vivable, mais la solidarité manifestée par un écart moindre des revenus entre les plus riches et les plus pauvres, ce qui est un aspect du «modèle québécois».
The Spirit Level démontre avec force chiffres et graphiques que l'on ne vit pas mieux en ayant un plus haut niveau de vie, mais bien en organisant une société plus égalitaire. Les statistiques démontrent à l'évidence que dans les sociétés riches qui sont égalitaires (disons, la Suède), l'obésité est moindre, les mères adolescentes sont moins nombreuses, le nombre de meurtres est plus bas, le nombre de prisonniers par habitant est moindre, l'alcoolisme est moins répandu que dans les sociétés inégalitaires, même si celles-ci sont riches (disons, comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne, qu'il donne en exem-ples), ainsi de suite.
Plus égalitaire, plus vivable
Et c'est également vrai pour les pays plus pauvres: moins d'inégalité produit une société plus vivable, qui en tire des bénéfices statistiques similaires. On y constate moins de problèmes sociaux, on y est plus heureux et ces citoyens-là entretiennent même une plus grande espérance de vie.
Ponctionner les petits revenus par des taxes à la consommation et exonérer d'impôts les plus hauts revenus produit peut-être la croissance économique, plus de richesse, mais qui aboutit dans la poche des déjà riches. Cette politique creuse davantage l'écart et brise les solidarités. Et, on le sait maintenant, cela produit une société moins vivable.
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Claude Cossette - Professeur de publicité sociale à l'Université Laval
C'est vrai: la croissance rend les riches plus riches. Jamie Johnson, un petit-fils de la richissime famille Johnson & Johnson, a produit un documentaire sur la concentration des richesses, qu'il a intitulé The One Percent (voir YouTube) dans lequel il rappelle que le 1 % des plus riches possède 40 % des richesses de la terre et 90 % de la valeur nette disponible. Posant des questions sur cette iniquité au célèbre économiste libertaire Milton Friedman, il se fait répondre: «Mais les pauvres se sont enrichis eux aussi. Qu'est-ce que tu aimes mieux, garder l'écart identique et qu'il n'y ait aucune amélioration chez les pauvres, ou que l'écart s'accroisse comme aujourd'hui en permettant aux pauvres de l'être moins?»
La question est intéressante. C'est la défense de l'injustice par ce que l'on a appelé la «percolation»: comme pour le café, tout se passe en haut, mais il y a tout de même des gouttes qui se répandent autour. Or, le café est bien faible quand il parvient au bas de l'échelle sociale: la moyenne des citoyens doit mettre un an de travail pour gagner, disons 35 000 $, alors que le 1 % du haut le gagne en un jour.
La croissance à tout prix n'est pas la solution — et même si les pauvres en retirent certains avantages. Les professeurs Richard Wilkinson et Kate Pickett travaillent depuis 30 ans sur ce que révèlent les statistiques concernant les réalités sociales. Ils viennent de publier The Spirit Level qui fait beaucoup de bruit parce qu'il démontre de manière irréfutable que ce n'est pas la richesse qui produit une société vivable, mais la solidarité manifestée par un écart moindre des revenus entre les plus riches et les plus pauvres, ce qui est un aspect du «modèle québécois».
The Spirit Level démontre avec force chiffres et graphiques que l'on ne vit pas mieux en ayant un plus haut niveau de vie, mais bien en organisant une société plus égalitaire. Les statistiques démontrent à l'évidence que dans les sociétés riches qui sont égalitaires (disons, la Suède), l'obésité est moindre, les mères adolescentes sont moins nombreuses, le nombre de meurtres est plus bas, le nombre de prisonniers par habitant est moindre, l'alcoolisme est moins répandu que dans les sociétés inégalitaires, même si celles-ci sont riches (disons, comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne, qu'il donne en exem-ples), ainsi de suite.
Plus égalitaire, plus vivable
Et c'est également vrai pour les pays plus pauvres: moins d'inégalité produit une société plus vivable, qui en tire des bénéfices statistiques similaires. On y constate moins de problèmes sociaux, on y est plus heureux et ces citoyens-là entretiennent même une plus grande espérance de vie.
Ponctionner les petits revenus par des taxes à la consommation et exonérer d'impôts les plus hauts revenus produit peut-être la croissance économique, plus de richesse, mais qui aboutit dans la poche des déjà riches. Cette politique creuse davantage l'écart et brise les solidarités. Et, on le sait maintenant, cela produit une société moins vivable.
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Claude Cossette - Professeur de publicité sociale à l'Université Laval








