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Crise économique en Grèce - Les métamorphoses de la zone euro

L'Europe fonce dans l'invention d'une réponse coordonnée à des situations de crise

 À Athenes, un homme d’affaires passe devant une statue du philosophe Socrate. La zone euro a jugé sage d’aider la Grèce en crise.
Photo : Agence Reuters John Kolesidis
À Athenes, un homme d’affaires passe devant une statue du philosophe Socrate. La zone euro a jugé sage d’aider la Grèce en crise.
Bruxelles — La zone euro connaît des chamboulements sans précédent depuis sa création en 1999 avec la mise en place d'un plan de sauvetage pour un pays en crise, l'apparition des contours d'un gouvernement économique et un grand déballage sur ses priorités à venir.

Les ministres des Finances de la zone euro se sont mis d'accord hier sur les grandes lignes d'un plan d'aide financier à utiliser si nécessaire pour la Grèce, qui serait sans précédent depuis le lancement de la monnaie commune il y a onze ans. Il s'agira d'aides bilatérales d'autres pays de la zone euro sous forme de prêts.

Avec un tel mécanisme, l'Europe avance à grands pas dans l'invention d'une réponse coordonnée à des situations de crise. Jusqu'ici, un tel instrument était tabou. «Il est essentiel qu'il y ait cette solidarité de tous les autres pays, pour maintenir la cohérence de la zone euro», commente Paul de Grauwe, professeur d'économie à l'université de Louvain en Belgique.

Au-delà du problème ponctuel de la Grèce, les idées se sont multipliées ces dernières semaines afin de parer à de futures crises. L'Allemagne a ainsi lancé un débat controversé sur la création d'un Fonds monétaire européen, sur le modèle du FMI, auprès duquel pourraient emprunter les États en difficulté. La Belgique veut gérer en commun la dette européenne, d'autres suggèrent une agence de notation européenne pour les emprunts d'État.

Pour Jean-Dominique Giuliani, président de la fondation d'études européennes Robert Schuman, le plan grec est «un pas positif vers des formules plus pérennes», qui «permettraient de progresser vers l'achèvement d'une union économique et monétaire complète».

Mais le débat, qui s'attaque aux fondements de la zone euro, n'est pas sans heurts, comme en témoignent les frictions franco-allemandes sur les priorités économiques et la meilleure façon de coordonner les politiques nationales.

Berlin ressort une vieille antienne: le FME doit surtout servir à durcir la discipline budgétaire, trop lâche depuis douze ans. Pour son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, la possibilité d'exclure un mauvais élève de la zone euro doit même être envisagée. Pour Paul de Grauwe cependant, cette idée «signerait la fin de la zone euro», car «à partir du moment où sous certaines conditions, certains États pourraient en être chassés, c'est la fin de cette union, puisque ça introduira une dynamique spéculative».

Pour d'autres, comme la France, cette crise doit être avant tout l'occasion de doter d'une part l'Europe d'un vrai gouvernement économique et de mieux coordonner les politiques nationales. Objectif: lutter contre les écarts de compétitivité au sein de la zone euro.


Contre-attaque française

Agacé par l'insistance de Berlin sur les déficits, Paris a contre-attaqué en s'en prenant au modèle économique allemand. La France souhaite que Berlin pense un peu à ses partenaires en dynamisant sa demande intérieure, plutôt que de seulement opter sur les excédents commerciaux, au prix d'une forte modération salariale qui freine la consommation.

Elle s'est attirée une réponse footbalistique cinglante de M. Schäuble hier: «si l'Olympique Lyonnais jouait un peu moins bien, les choses seraient plus faciles pour le Bayern Munich, mais ce n'est pas comme cela qu'on fait de la politique de concurrence».

Les pays de la zone euro parviendront-ils à passer à un stade d'intégration supérieur? «Maintenant qu'il y a un accord ad hoc pour l'aide financière à la Grèce, le risque est que l'on maintienne le statu quo et que l'on n'aille pas beaucoup plus loin» notamment sur l'idée de Fonds monétaire, redoute Paul de Grauwe.

Cependant, pour Fabian Zuleeg, économiste au European Policy Centre, «il est normal qu'il y ait des idées très différentes à ce stade».
 
 
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