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    Les omissions scandaleuses de la direction de la Caisse de dépôt et placement

    25 février 2010 |Pierre Goyette - Ancien sous-ministre des Finances, ancien membre du conseil d'administration de la Caisse de dépôt et placement du Québec et ex-président et chef de la direction de la Banque Laurentienne du Canada | Actualités économiques
    La véritable catastrophe financière de l'année 2008 a été la perte à la vente de placements en actions de 22,8 milliards par la Caisse de dépôt et placement du Québec. Cela dit, l'omission la plus scandaleuse de la part de la direction de la Caisse a été de s'abstenir de toute explication, de toute analyse de ce fait éminemment important, de cette immense perte réelle irrécupérable de 2008.

    Ainsi, pourquoi la Caisse a-t-elle vendu des milliards d'actions alors que le marché des actions, à l'automne 2008, s'effondre? Pas un mot d'explication crédible. Qu'est-ce qui forçait la Caisse à faire des gestes aussi insensés conduisant à perdre 23 milliards de dollars de l'argent de ses déposants? Aucune explication.

    Au lieu de répondre aux vraies questions sur les vraies pertes, pour la direction de la Caisse, la règle comptable de la juste valeur a été la raison principale de la perte de 39,8 milliards. Selon cette règle, la Caisse doit établir la juste valeur marchande de ses placements au 31 décembre, comme s'ils étaient tous disponibles à la vente à cette date. Cela a donné en 2008 des moins-values, des pertes comptables ou des pertes sur papier d'un montant de 22,4 milliards, un montant élevé, mais moindre que la perte réalisée à la vente de placements.

    Image déformée

    Or, dans le communiqué de presse du 25 février 2009, dans le rapport annuel rendu public le 21 avril 2009, lors de l'allocution de monsieur Rousseau le 9 mars 2009 et lors des audiences de mai 2009 de la Commission des finances publiques, la direction de la Caisse a prétendu que les moins-values étaient principalement dues aux pertes de valeur des biens immobiliers et aux provisions additionnelles sur PCAA. Ce n'est pas le cas.

    En 2008, le total des provisions et des pertes comptables sur immeubles et sur PCAA est de 4,7 milliards, bien en deçà des pertes comptables sur actions et sur produits dérivés, qui eux totalisent 25,4 milliards. C'est tout simplement de la désinformation. Dans mon dictionnaire, ce mot signifie donner une image déformée de la réalité. Mais ce n'est pas tout.

    En effet, les moins-values les plus importantes sur les actions et sur les produits dérivés ne sont pas détaillées et ne sont pas analysées dans les documents annuels. Le rapport annuel décrit longuement le contexte de marché en 2008 au Québec, au Canada et dan le monde à l'égard de toutes les catégories de placements, mais des renseignements détaillés et de l'analyse des pertes comptables de 13,7 milliards sur actions, il n'y a rien.

    Intégrité demandée

    Et que dire des pertes comptables de 11,7 milliards ayant trait au passif, liées aux instruments financiers dérivés? D'ailleurs, je doute que ces moins-values sur produits dérivés soient récupérées plus tard. Ces instruments sont décrits par la Caisse elle-même, dans le rapport annuel, comme des «instruments complexes et opaques qui se sont avérés fragiles en période de stress». C'était une raison de plus pour analyser et détailler ce montant de 11,7 milliards. Or, ce petit détail a été omis et il s'agit d'une omission de faits importants.

    La Caisse doit appliquer avec intégrité sa propre politique d'attestation financière et sa propre politique de divulgation de l'information financière. La Caisse doit améliorer considérablement sa reddition de comptes. La Caisse doit passer outre la culture du secret des 44 dernières années.

    ***

    Pierre Goyette - Ancien sous-ministre des Finances, ancien membre du conseil d'administration de la Caisse de dépôt et placement du Québec et ex-président et chef de la direction de la Banque Laurentienne du Canada












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