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    Un pacte 50-50 pour équilibrer le budget

    Le comité consultatif du ministre des Finances prône une baisse des dépenses et une hausse des tarifs

    Le Québec doit cesser de tergiverser en matière d'équilibre budgétaire et rompre avec le statu quo s'il ne veut pas devenir la Grèce de l'Amérique du Nord, préviennent les experts du comité consultatif du ministre des Finances.

    Les quatre économistes recommandent au gouvernement de commencer par conclure un «pacte 50-50» avec la population où il s'engagerait à trouver 50 % des 11 milliards qui lui manqueront d'ici 2013-2014 en réduction de dépenses et les 50 % restants en augmentation de tarifs et de taxes. «Le scénario privilégié par le comité suppose une véritable révolution culturelle dans la gestion des dépenses publiques», ont-ils déclaré en dévoilant leur troisième et dernier fascicule intitulé: Une voie durable, pour rester maîtres de nos choix.

    Du côté des dépenses, les experts proposent de limiter leur croissance à 2,5 % par année, d'ici 2013-2014, plutôt que de 3,2 % comme dans le plan de l'ancienne ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget. La moyenne devrait remonter après cette date à 4,2 % jusqu'en 2020, puis 4 % jusqu'en 2025 pour faire face, par exemple, à l'augmentation des coûts liés au vieillissement de la population.

    Plusieurs observateurs estimaient déjà que le plan du gouvernement était très ambitieux à ce chapitre, notamment à cause du poids et du rythme de croissance qu'occupent les dépenses de Santé dans le budget. Le comité, composé des économistes Robert Gagné, Pierre Fortin, Luc Godbout et Claude Montmarquette, pense néanmoins que l'on peut faire mieux encore en exigeant à l'administration publique et aux sociétés d'État des gains de productivité de 1 % par an et en «réévaluant systématiquement» tous les programmes afin de déterminer ceux pouvant être abandonnés, gelés et révisés.

    En ce qui a trait aux revenus, on estime qu'il faut à tout prix éviter d'alourdir encore les impôts sur le revenu, trop dommageables pour la croissance économique, et recourir beaucoup plus que maintenant aux taxes à la consommation, mais surtout aux tarifs, qui présentent «le double avantage de peu pénaliser la croissance et d'induire de bons comportements de la part de celui qui utilise les services tarifés».

    Un plan gouvernemental insuffisant

    Les quatre économistes qualifient l'actuel plan du gouvernement tout au plus de «réponse partielle» à la crise des finances publiques au Québec. «Ce plan ne nous prépare pas encore à faire face aux défis à long terme auxquels nous sommes confrontés», a déploré le vice-président du comité consultatif, Robert Gagné. Trop centré sur l'augmentation des revenus, «il hypothéquera davantage notre capacité à financer nos services à long terme, en plus de fragiliser la relance économique à court terme», a-t-il poursuivi.

    Se contenter de ce plan du gouvernement ou, pire encore, y renoncer sans le remplacer par un autre, mènerait tout droit à la catastrophe, prévient le comité consultatif, qui dit se baser sur «des prévisions économiques relativement optimistes». Avec une croissance moyenne des dépenses dépassant 5 % et une croissance économique de seulement 1,4 % par année, alors qu'elle a été de 2 % en moyenne les dernières années, le Québec se dirigerait tout droit vers un déficit budgétaire de presque 40 milliards et une dette équivalente à 103 % du produit intérieur brut (PIB) à l'horizon 2025-2026.

    Mais cela n'arrivera pas. D'une part, parce que le gouvernement du Québec s'est soumis à une loi qui l'oblige à présenter des budgets équilibrés et, d'autre part, parce que les grandes agences de notation interviendraient avant et forceraient l'adoption de mesures drastiques.

    «On n'a pas envie de faire du Québec la Grèce de l'Amérique du Nord», a déclaré Pierre Fortin.

    L'économiste de l'UQAM admet volontiers que la «révolution culturelle» qu'il propose avec ses collègues peut apparaître comme une grosse commande, mais estime que l'idée commence à faire son chemin dans la population et chez les élus. «C'est sûr que c'est plus facile de promettre un TGV», a-t-il ironisé. «Il n'y a aucun gouvernement en faillite qui est capable de faire du progrès social», a-t-il toutefois fait valoir en réponse aux critiques.

    Son collègue Luc Godbout se défend bien de proposer de «couper dans l'État à la tronçonneuse». Les dépenses de programmes se sont élevées à 18 % du PIB en moyenne durant la dernière décennie, avec une pointe à 20 % durant la dernière année à cause de la crise. Si les recommandations du comité étaient suivies, elles seraient aussi à 20 % en 2025-2026.

    Remerciements de Bachand

    Dévoilé en décembre, le premier fascicule du comité d'experts concluait que l'État québécois vivait largement au-dessus de ses moyens et qu'il devait rapidement faire des choix difficiles pour amortir le choc démographique. Il a été suivi, le mois dernier, par un deuxième fascicule citant l'exemple de nombreux pays européens, notamment scandinaves, qui ont eu recours aux tarifs et à l'introduction de la concurrence du privé dans le secteur public pour retrouver l'équilibre budgétaire.

    L'autre coprésident du comité et ministre des Finances, Raymond Bachand, a «chaleureusement remercié» les quatre économistes hier. «Ils ont réalisé, en peu de temps, une tâche impressionnante, éclairant des questions fort complexes et proposant aux citoyens une lecture compréhensible des enjeux économiques et financiers auxquels nous devons répondre.»
     
     
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