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    C'est le pétrole qui mène le monde, pas la finance

    L'économiste Jeff Rubin prédit une économie davantage basée sur la consommation locale

    L’économiste Jeff Rubin est l’auteur du livre Demain: un tout petit monde.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’économiste Jeff Rubin est l’auteur du livre Demain: un tout petit monde.
    La récession qui a terrassé l'économie mondiale découle moins de la crise financière à Wall Street que de l'explosion du prix du pétrole en 2008. Et lorsque le prix du baril grimpera à nouveau dans les trois chiffres — il est à 74 $US ces jours-ci —, il reviendra à la charge. Jusqu'au jour où, à 200 $ ou 250 $, il transformera des pans entiers du commerce international et de la consommation locale.

    Dans l'esprit de l'économiste Jeff Rubin, qui publie aujourd'hui la version française de son livre paru l'an dernier, cette hypothèse n'a rien de farfelu. L'épuisement progressif des gisements de pétrole facilement exploitables, qui forcera le recours à des sources plus difficiles d'accès comme les sables de l'Alberta, fera grimper les prix. Et entraînera la mort de tout ce qui coûtera trop cher en raison du transport: le saumon chez votre poissonnier, votre café préféré, toutes ces petites babioles bon marché fabriquées en Chine, les bleuets en hiver, les billets d'avion.

    «Tout le monde se montre du doigt», dit l'ex-économiste en chef de la Banque CIBC, de passage à Montréal cette semaine pour la sortie de Demain: un tout petit monde, dont la version anglaise a été bien reçue. «Les gouvernements accusent les spéculateurs à Wall Street, les spéculateurs évoquent la faiblesse du dollar américain, les consommateurs accusent les pétrolières, etc. Mais voici la vérité qui dérange: les réserves de pétrole abordable stagnent depuis cinq ans, et la demande mondiale ne cesse de croître.»

    Quatre des cinq dernières récessions, dit M. Rubin, sont survenues à l'issue d'un choc pétrolier. En juillet 2008, le prix du baril a atteint 147 $US. Quelques mois plus tard, l'économie mondiale était en plein ralentissement. «Toute reprise va redonner lieu à un baril à trois chiffres, et nous allons nous retrouver de nouveau en récession, à moins de passer d'une économie mondiale à une économie locale.»

    Les arguments avancés sont davantage fondés sur l'économie que sur des considérations environnementales. Ceux qui prônent l'économie d'énergie, les nouvelles façons de faire et le retour à un mode de vie plus axé sur la proximité sont généralement des militants écologiques. Mais la religion de M. Rubin, reconnaît-il en grugeant un morceau de bacon probablement québécois, c'est le prix. «C'est ce qui fait réagir les gens.»


    Avenues possibles

    La production mondiale va bientôt atteindre un sommet, puis va baisser, dit-il en reprenant la théorie du pic pétrolier. Les différentes manières qui permettraient de briser la dépendance à l'or noir sont louables, mais comportent souvent un bémol, selon M. Rubin. L'éthanol à partir du maïs? Un détournement grotesque de la mission alimentaire de l'agriculture. L'hydrogène? Il faudrait le produire avec du pétrole et son transport est complexe.

    Là où l'on se dirige, croit-il, c'est vers la taxe verte, qui s'attaquerait directement au niveau des émissions. «Un tarif sur le carbone, et les restrictions qu'il entraînera sur l'accès aux marchés, pourrait être le seul moyen qui parviendra à convaincre le reste du monde de gérer ses émissions», écrit-il.

    «Si la Chine produit des gaz à effet de serre pour sa propre consommation, nous n'y pouvons pas grand-chose», ajoute-t-il. Mais si elle exporte ses produits avec l'aide d'usines au charbon, «nous pouvons insister auprès de ses exportateurs pour qu'ils paient un tarif». Il reconnaît toutefois l'hypocrisie d'une telle demande: pendant des années, l'Occident s'est servi de la Chine pour ses millions de cossins au rabais.

    À très long terme, pense M. Rubin, le coût du transport sera tel que les emplois manufacturiers déménagés en Chine vont revenir en Amérique du Nord. «Il faudra outiller de nouveau notre main-d'oeuvre pour ce virage.» Ce défi, il va sans dire, serait énorme.












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