Loto-Québec plonge dans le jeu en ligne
La santé publique s'étonne de l'absence d'un débat
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Selon le président de Loto-Québec, Alain Cousineau, la mise sur pied de jeux en ligne vise d’abord à «cannibaliser» les sites Internet illégaux, qui sont de plus en plus populaires.
Après avoir construit des casinos et multiplié les loteries à gratter, des créneaux aujourd'hui saturés, Loto-Québec se tourne vers Internet. Le gouvernement du Québec a autorisé hier sa société d'État à se lancer dans le jeu en ligne, suscitant du coup l'étonnement chez ceux qui déploraient l'absence totale de débat portant sur les conséquences sociales d'une telle expansion.
La mise sur pied de jeux en ligne, qui seront en activité dès cet automne, vise d'abord à «cannibaliser» les sites Internet qui fonctionnent illégalement et qui attirent de plus en plus d'adeptes, ont dit le ministre des Finances, Raymond Bachand, et le président de Loto-Québec, Alain Cousineau.
Entre 40 et 60 millions $
D'ici 2012, a estimé M. Bachand en conférence de presse, les revenus générés par les jeux en ligne permettront à Loto-Québec de verser au gouvernement un dividende oscillant entre 40 et 60 millions. En 2009, le dividende s'est élevé à 1,38 milliard.
Selon la société d'État, le jeu en ligne croît au rythme annuel de 30 %, passant de 184 millions à 675 millions entre 2003 et 2008. À cette vitesse, il pourrait, croit-on, franchir la barre du milliard en 2012. Actuellement, les Québécois, qui ont accès à quelque 2000 sites de jeu en ligne, représentent environ 80 millions de cette activité, pense M. Cousineau.
Pour mener son projet à terme, Loto-Québec entend partager une plateforme commune avec la British Columbia Lottery Corporation et la Société des loteries de l'Atlantique.
Mal accueillie
L'annonce a été mal accueillie, non seulement par le Parti québécois et Québec solidaire, mais également par la Direction de santé publique de Montréal.
«La problématique du jeu en ligne est en émergence dans le monde et au Québec, et les études démontrent qu'il s'agit d'une forme de jeu très dangereuse, a écrit le directeur de la santé publique, le Dr Richard Lessard, dans un communiqué. Je suis tout particulièrement préoccupé par l'incidence qu'aura cette nouvelle offre de jeu sur la clientèle des jeunes adultes qui, par ailleurs, est celle directement visée par Loto-Québec avec cette annonce.»
Le Dr Lessard s'est dit «extrêmement surpris par cette annonce, qui n'a fait l'objet d'aucun débat public». De son côté, la présidente de Québec solidaire, Françoise David, a fait valoir qu'«en s'associant au jeu en ligne, considéré encore plus dangereux que la loterie vidéo [le gouvernement] rendra ce jeu encore plus attrayant en lui conférant une caution morale».
Un «comité de suivi» verra le jour pour évaluer l'impact social du jeu en ligne de Loto-Québec, qui misera sur le poker et le pari sportif. Il sera constitué de chercheurs universitaires. On compte aussi mettre en place des procédures d'autoexclusion, à l'instar de ce qui existe déjà pour les joueurs compulsifs qui veulent se faire refuser l'entrée aux casinos, par exemple.
Priés de dire ce qui serait fait pour empêcher que des mineurs puissent joueur sur ces sites, les deux hommes ont dit que la création d'un compte nécessitera plusieurs vérifications avec le joueur.
Hausse des joueurs compulsifs?
À la Maison Jean-Lapointe, qui traite chaque année de 500 à 600 personnes aux prises avec un problème de jeu, on s'interroge sur l'impact de cette décision de Québec. Environ 80 % de celles-ci éprouvent une dépendance aux loteries vidéo.
«Présentement, il y a seulement cinq ou six personnes par année qui viennent nous voir à cause du jeu en ligne. C'est minime, a dit Anne Élizabeth Lapointe, directrice des programmes de prévention et de sensibilisation. Mais il risque d'avoir une augmentation au cours des prochaines années.»
Citant plusieurs exemples de pays qui se sont lancés dans le jeu en ligne, MM. Bachand et Cousineau ont dit que Loto-Québec s'inspirerait du modèle suédois, où l'offre gouvernementale aurait permis de «détourner 30 % des joueurs de poker qui jouaient sur des sites illégaux».
En octobre 2007, un an et demi après que la Suède eut lancé ses sites officiels, l'Institut national de santé publique a publié les résultats d'une étude selon laquelle il était difficile d'évaluer l'impact de la décision sur le marché du jeu en ligne. Cependant, l'étude a observé que les joueurs qui jouaient sur les sites officiels semblaient éprouver moins de problèmes de dépendance, mais aussi que ces sites officiels avaient attiré des clients qui n'auraient probablement pas commencé à jouer en d'autres circonstances.
Selon une autre étude de 2006, réalisée par l'organisme eCOGRA et menée auprès de 11 000 joueurs dans 96 pays, le joueur de poker en ligne est un homme, âgé principalement de 26 à 35 ans.
La mise sur pied de jeux en ligne, qui seront en activité dès cet automne, vise d'abord à «cannibaliser» les sites Internet qui fonctionnent illégalement et qui attirent de plus en plus d'adeptes, ont dit le ministre des Finances, Raymond Bachand, et le président de Loto-Québec, Alain Cousineau.
Entre 40 et 60 millions $
D'ici 2012, a estimé M. Bachand en conférence de presse, les revenus générés par les jeux en ligne permettront à Loto-Québec de verser au gouvernement un dividende oscillant entre 40 et 60 millions. En 2009, le dividende s'est élevé à 1,38 milliard.
Selon la société d'État, le jeu en ligne croît au rythme annuel de 30 %, passant de 184 millions à 675 millions entre 2003 et 2008. À cette vitesse, il pourrait, croit-on, franchir la barre du milliard en 2012. Actuellement, les Québécois, qui ont accès à quelque 2000 sites de jeu en ligne, représentent environ 80 millions de cette activité, pense M. Cousineau.
Pour mener son projet à terme, Loto-Québec entend partager une plateforme commune avec la British Columbia Lottery Corporation et la Société des loteries de l'Atlantique.
Mal accueillie
L'annonce a été mal accueillie, non seulement par le Parti québécois et Québec solidaire, mais également par la Direction de santé publique de Montréal.
«La problématique du jeu en ligne est en émergence dans le monde et au Québec, et les études démontrent qu'il s'agit d'une forme de jeu très dangereuse, a écrit le directeur de la santé publique, le Dr Richard Lessard, dans un communiqué. Je suis tout particulièrement préoccupé par l'incidence qu'aura cette nouvelle offre de jeu sur la clientèle des jeunes adultes qui, par ailleurs, est celle directement visée par Loto-Québec avec cette annonce.»
Le Dr Lessard s'est dit «extrêmement surpris par cette annonce, qui n'a fait l'objet d'aucun débat public». De son côté, la présidente de Québec solidaire, Françoise David, a fait valoir qu'«en s'associant au jeu en ligne, considéré encore plus dangereux que la loterie vidéo [le gouvernement] rendra ce jeu encore plus attrayant en lui conférant une caution morale».
Un «comité de suivi» verra le jour pour évaluer l'impact social du jeu en ligne de Loto-Québec, qui misera sur le poker et le pari sportif. Il sera constitué de chercheurs universitaires. On compte aussi mettre en place des procédures d'autoexclusion, à l'instar de ce qui existe déjà pour les joueurs compulsifs qui veulent se faire refuser l'entrée aux casinos, par exemple.
Priés de dire ce qui serait fait pour empêcher que des mineurs puissent joueur sur ces sites, les deux hommes ont dit que la création d'un compte nécessitera plusieurs vérifications avec le joueur.
Hausse des joueurs compulsifs?
À la Maison Jean-Lapointe, qui traite chaque année de 500 à 600 personnes aux prises avec un problème de jeu, on s'interroge sur l'impact de cette décision de Québec. Environ 80 % de celles-ci éprouvent une dépendance aux loteries vidéo.
«Présentement, il y a seulement cinq ou six personnes par année qui viennent nous voir à cause du jeu en ligne. C'est minime, a dit Anne Élizabeth Lapointe, directrice des programmes de prévention et de sensibilisation. Mais il risque d'avoir une augmentation au cours des prochaines années.»
Citant plusieurs exemples de pays qui se sont lancés dans le jeu en ligne, MM. Bachand et Cousineau ont dit que Loto-Québec s'inspirerait du modèle suédois, où l'offre gouvernementale aurait permis de «détourner 30 % des joueurs de poker qui jouaient sur des sites illégaux».
En octobre 2007, un an et demi après que la Suède eut lancé ses sites officiels, l'Institut national de santé publique a publié les résultats d'une étude selon laquelle il était difficile d'évaluer l'impact de la décision sur le marché du jeu en ligne. Cependant, l'étude a observé que les joueurs qui jouaient sur les sites officiels semblaient éprouver moins de problèmes de dépendance, mais aussi que ces sites officiels avaient attiré des clients qui n'auraient probablement pas commencé à jouer en d'autres circonstances.
Selon une autre étude de 2006, réalisée par l'organisme eCOGRA et menée auprès de 11 000 joueurs dans 96 pays, le joueur de poker en ligne est un homme, âgé principalement de 26 à 35 ans.
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