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    La revanche des pays émergents

    La crise économique mondiale a accéléré l'érosion du pouvoir détenu par les pays développés

    Une grande partie du succès des marchés émergents repose sur la Chine, qui, en raison de mesures incitatives fiscales, a permis aux prix des marchandises de résister à la crise financière.
    Photo: Agence Reuters Aly Song Une grande partie du succès des marchés émergents repose sur la Chine, qui, en raison de mesures incitatives fiscales, a permis aux prix des marchandises de résister à la crise financière.
    Le mouvement était déjà bien amorcé, mais la crise économique et financière mondiale a résolument accéléré le glissement du pouvoir vers les pays émergents, la Chine en tête. Ceux-ci ont en effet, dans bien des cas, résisté aux turbulences des derniers mois, au point où les décisions prises aux États-Unis et en Europe occidentale ne constituent plus l'élément moteur du développement économique.

    «Nous avons atteint un tournant dans les affaires économiques mondiales, souligne d'ailleurs l'économiste en chef du Groupe HSBC, Stephen King, dans une étude publiée hier par l'institution. Il n'est plus possible de prétendre avec conviction que les États-Unis et les nations européennes déterminent le programme de l'économie mondiale dans son ensemble. On se souviendra certainement de 2009 comme de l'année où nous avons découvert l'importance de la crise dans les pays développés et célébré la résilience de la plus grande partie du monde émergent dans ce qui apparaît comme une tempête économique parfaite.»

    C'est aussi ce que constate le chef de la section économique de BBC News, Tim Weber, qui a analysé les changements dans la dynamique qui prévaut au Forum économique mondial de Davos. Si la Chine a longtemps été perçue comme une gigantesque usine, alors que l'Inde était confinée au rôle de fournisseur de services, «les 18 derniers mois ont changé tout cela». Selon lui, plusieurs pays émergents, dont le Brésil, sont désormais considérés comme des partenaires «égaux». Il va même jusqu'à affirmer que la crise a initié un mouvement qui devrait nous faire passer d'un «monde centré sur les États-Unis à un monde centré sur la Chine».

    Le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les affaires économiques et sociales, Sha Zukang, estime déjà qu'avec l'économie la plus vigoureuse en ces temps de sortie de crise, la Chine contribue au redressement de toute la planète puisque la reprise dans ce pays a donné une impulsion directe à la demande mondiale. Un point de vue partagé par le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick.

    Le succès des «émergents»

    Une grande partie du succès des marchés émergents repose effectivement sur l'empire du Milieu. En raison des mesures incitatives fiscales chinoises, les dépenses relatives à des projets d'infrastructure se sont traduites par des prix de marchandises — habituellement les premiers à chuter lors d'une crise financière — qui ont résisté remarquablement bien. «Cette situation a profité à un certain nombre de nations émergentes, leur procurant un degré d'isolation économique et alimentant le commerce dit "Sud-Sud"», peut-on lire dans le rapport Regards sur les marchés émergents de HSBC, publié hier.

    Résultat, le groupe estime que le PIB des marchés émergents croîtra de 6,2 % en 2010, comparativement à 1,9 % dans les nations développées. Et dans le cas de la Chine, la Banque mondiale prévoit qu'en 2010 la croissance atteindra les 9 %, alors que la moyenne mondiale sera de l'ordre de 2,7 %. Déjà en 2009, la progression a atteint 8,7 %, réalisant avec succès la tâche de «maintien de 8 %» fixée par le gouvernement chinois au début de l'année. La progression est à ce point importante, selon le Financial Times, que les pays du BRIC dépasseront les six plus grandes économies mondiales actuelles d'ici 2039 et que la Chine pourrait rattraper les États-Unis d'ici 2041.

    Et plusieurs experts sont d'avis que de plus en plus d'«émergents» deviendront des leaders. «Vous ne pouvez pas gérer l'économie mondiale sans la participation de pays comme la Chine, l'Inde et le Brésil, car ils sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important», fait notamment remarquer John Hawksworth, économiste en chef chez PricewaterhouseCoopers. Une impression qui a fait son chemin dans les milieux économiques depuis quelques années déjà, mais qui a été accentuée par les événements des derniers mois. La multiplication des missions commerciales en fait foi. Jean Charest sera justement en Inde dès demain, accompagné de dirigeants d'entreprises, mais aussi de représentants d'établissements d'enseignement.

    Ce leadership croissant n'est cependant pas sans risque. L'OCDE juge ainsi que des bulles d'actifs risquent de se former dans des marchés émergents comme ceux du Brésil ou de l'Inde, menaçant la reprise mondiale. Robert Zoellick avait averti dès septembre dernier de «l'émergence de nouveaux dangers», avec la croissance exceptionnelle du crédit en Asie, et en particulier en Chine. Les experts de la Banque mondiale vont jusqu'à affirmer déceler «des signes de bulle dans l'économie chinoise», «en particulier dans le secteur immobilier», selon les propos d'Andrew Burns, son directeur, tendances macroéconomiques. Ces signes avant-coureurs sont, entre autres, «un taux d'intérêt faible à l'intérieur du pays» et «des mesures de relance budgétaire telles que l'économie tout entière est soumise à de fortes pressions», selon M. Burns.












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