Perspectives - Damnée démocratie (bis)
Il est difficile de se faire une idée claire sur les solutions à apporter aux problèmes complexes de notre époque. C'est encore pire si c'est tout un peuple qui doit y arriver.
L'histoire ne dit pas quels ont été les premiers mots de Barack Obama quand il a appris, le jour du premier anniversaire de son assermentation, la défaite de sa candidate à l'élection sénatoriale du Massachusetts et, par le fait même, la perte de sa super majorité au Sénat américain. Ses réformes du système de santé, de la réglementation des marchés financiers ou encore de la politique environnementale étaient déjà suffisamment mal engagées sans cela! C'est à se demander à quoi ont pensé ces gens qui avaient pourtant pris l'habitude de réélire le très démocrate Ted Kennedy depuis presque un demi-siècle?!
Les experts ont bien essayé d'expliquer ce mystère au reste de la planète. Ainsi, le candidat républicain aurait mené une campagne particulièrement brillante et largement appuyée par de puissants lobbys. De tout temps, les crises économiques auraient pour effet d'exacerber la réceptivité de la population aux discours populistes comme ceux employés par plusieurs des opposants aux réformes d'Obama. Cette crise-ci aurait frappé tellement fort qu'il faudrait comprendre que les gens sont pressés de voir leur nouveau président leur donner des résultats concrets et qu'ils seraient déjà en train d'oublier que c'est en grande partie de la faute des républicains s'ils sont aujourd'hui dans cette soupe. Il faut dire aussi qu'il n'est pas surprenant que les gens soient un peu embrouillés avec des sujets aussi complexes que la régulation des marchés financiers, la crise des finances publiques et la réforme des modes de financement du système de la santé, surtout s'ils ont tendance à se méfier de ce que leur racontent leurs élus.
Le premier geste du président américain, au lendemain de sa défaite dans le Massachusetts, a bien sûr été de promettre d'être encore plus à l'écoute de ses concitoyens, mais aussi de se remettre en campagne pour les convaincre de la nécessité de changements pour qu'ils exercent à leur tour des pressions sur leurs élus. Il aura demain une belle occasion de leur parler directement avec son premier discours sur l'état de l'Union. Il lui faudra, dans les prochains mois, être assez clair pour dissiper la confusion et assez persuasif pour vaincre la crainte naturelle devant le changement.
De Washington à Lévis
Les Américains ne sont pas les seuls à être confrontés à des problèmes politiques et économiques complexes, ni à avoir du mal à se faire une idée claire quant à la façon de s'y attaquer. La «rencontre économique» organisée la semaine dernière par le premier ministre Charest à Lévis visait justement à faire le point sur ce type d'enjeux.
Les problèmes auxquels fait face le Québec sont souvent moins graves que ceux des États-Unis. Le système de santé québécois, par exemple, a beau craquer de partout, il ne commande pas une révision de fond en comble, comme celui des Américains. L'impasse vers laquelle se dirigent les finances publiques y est par contre au moins aussi sérieuse, tout comme la menace que fait peser le vieillissement rapide de la population. Il y a aussi toutes sortes d'autres questions économiques importantes qui mériteraient l'attention, telles que le rehaussement de la productivité, l'amélioration du système d'éducation et de la formation continue, l'innovation ou encore le virage vers le développement durable.
Comme aux États-Unis, la façon d'aborder ces enjeux dépend évidemment des orientations politiques de chacun, et n'est malheureusement pas à l'abri non plus des dérapages et du populisme. Bien que cette dernière dérive soit nettement moins prononcée qu'au Sud, il est consternant d'entendre encore si souvent aujourd'hui les uns régler le problème des finances publiques par une simple hausse «de l'impôt des riches et des compagnies», et les autres laisser entendre que le Québec ne pourra pas se dire civilisé tant qu'il n'aura pas une fiscalité comparable à celle de l'Alberta ou de la Caroline du Sud.
Comme les Américains, les Québécois semblent conscients de l'importance de s'attaquer à leurs problèmes les plus urgents. Les sondages indiquent aussi qu'ils ont peur de perdre leurs acquis. Après tout, quoi qu'en disent les dénigreurs professionnels du «modèle» québécois, le Québec a parcouru un sacré bout de chemin en 50 ans, et personne ne veut retourner en arrière.
Mais ce ne devrait pas être une raison pour arrêter de bouger. Les pays scandinaves ont montré, durant les années 1980 et 90, comment des petits pays pouvaient mettre de l'ordre dans leurs affaires sans renier leurs idéaux sociaux-démocrates. Mais ils ont montré aussi comment, pour être ouverts à des réformes en profondeur, la population et les acteurs impliqués devaient être certains que l'on n'essayait pas d'en profiter pour changer l'esprit et les objectifs de ce que l'on prétendait vouloir améliorer.
Or, on sent aussi chez les Québécois dans cette affaire un doute, fondé ou non, sur la clairvoyance et les mobiles de leurs élus dans cette affaire. La «rencontre économique» de Lévis aurait pu servir à discuter de premières ébauches de plans d'action concrets et chiffrés qui auraient été soumis ensuite à un débat public plus large. À la place, on a préféré profiter de la présence de la centaine de «décideurs» économiques, financiers et syndicaux pour leur faire redire en choeur la nature et l'importance des principaux défis auxquels est confronté le Québec. On verra ensuite s'il aura plus de succès que son voisin américain.
L'histoire ne dit pas quels ont été les premiers mots de Barack Obama quand il a appris, le jour du premier anniversaire de son assermentation, la défaite de sa candidate à l'élection sénatoriale du Massachusetts et, par le fait même, la perte de sa super majorité au Sénat américain. Ses réformes du système de santé, de la réglementation des marchés financiers ou encore de la politique environnementale étaient déjà suffisamment mal engagées sans cela! C'est à se demander à quoi ont pensé ces gens qui avaient pourtant pris l'habitude de réélire le très démocrate Ted Kennedy depuis presque un demi-siècle?!
Les experts ont bien essayé d'expliquer ce mystère au reste de la planète. Ainsi, le candidat républicain aurait mené une campagne particulièrement brillante et largement appuyée par de puissants lobbys. De tout temps, les crises économiques auraient pour effet d'exacerber la réceptivité de la population aux discours populistes comme ceux employés par plusieurs des opposants aux réformes d'Obama. Cette crise-ci aurait frappé tellement fort qu'il faudrait comprendre que les gens sont pressés de voir leur nouveau président leur donner des résultats concrets et qu'ils seraient déjà en train d'oublier que c'est en grande partie de la faute des républicains s'ils sont aujourd'hui dans cette soupe. Il faut dire aussi qu'il n'est pas surprenant que les gens soient un peu embrouillés avec des sujets aussi complexes que la régulation des marchés financiers, la crise des finances publiques et la réforme des modes de financement du système de la santé, surtout s'ils ont tendance à se méfier de ce que leur racontent leurs élus.
Le premier geste du président américain, au lendemain de sa défaite dans le Massachusetts, a bien sûr été de promettre d'être encore plus à l'écoute de ses concitoyens, mais aussi de se remettre en campagne pour les convaincre de la nécessité de changements pour qu'ils exercent à leur tour des pressions sur leurs élus. Il aura demain une belle occasion de leur parler directement avec son premier discours sur l'état de l'Union. Il lui faudra, dans les prochains mois, être assez clair pour dissiper la confusion et assez persuasif pour vaincre la crainte naturelle devant le changement.
De Washington à Lévis
Les Américains ne sont pas les seuls à être confrontés à des problèmes politiques et économiques complexes, ni à avoir du mal à se faire une idée claire quant à la façon de s'y attaquer. La «rencontre économique» organisée la semaine dernière par le premier ministre Charest à Lévis visait justement à faire le point sur ce type d'enjeux.
Les problèmes auxquels fait face le Québec sont souvent moins graves que ceux des États-Unis. Le système de santé québécois, par exemple, a beau craquer de partout, il ne commande pas une révision de fond en comble, comme celui des Américains. L'impasse vers laquelle se dirigent les finances publiques y est par contre au moins aussi sérieuse, tout comme la menace que fait peser le vieillissement rapide de la population. Il y a aussi toutes sortes d'autres questions économiques importantes qui mériteraient l'attention, telles que le rehaussement de la productivité, l'amélioration du système d'éducation et de la formation continue, l'innovation ou encore le virage vers le développement durable.
Comme aux États-Unis, la façon d'aborder ces enjeux dépend évidemment des orientations politiques de chacun, et n'est malheureusement pas à l'abri non plus des dérapages et du populisme. Bien que cette dernière dérive soit nettement moins prononcée qu'au Sud, il est consternant d'entendre encore si souvent aujourd'hui les uns régler le problème des finances publiques par une simple hausse «de l'impôt des riches et des compagnies», et les autres laisser entendre que le Québec ne pourra pas se dire civilisé tant qu'il n'aura pas une fiscalité comparable à celle de l'Alberta ou de la Caroline du Sud.
Comme les Américains, les Québécois semblent conscients de l'importance de s'attaquer à leurs problèmes les plus urgents. Les sondages indiquent aussi qu'ils ont peur de perdre leurs acquis. Après tout, quoi qu'en disent les dénigreurs professionnels du «modèle» québécois, le Québec a parcouru un sacré bout de chemin en 50 ans, et personne ne veut retourner en arrière.
Mais ce ne devrait pas être une raison pour arrêter de bouger. Les pays scandinaves ont montré, durant les années 1980 et 90, comment des petits pays pouvaient mettre de l'ordre dans leurs affaires sans renier leurs idéaux sociaux-démocrates. Mais ils ont montré aussi comment, pour être ouverts à des réformes en profondeur, la population et les acteurs impliqués devaient être certains que l'on n'essayait pas d'en profiter pour changer l'esprit et les objectifs de ce que l'on prétendait vouloir améliorer.
Or, on sent aussi chez les Québécois dans cette affaire un doute, fondé ou non, sur la clairvoyance et les mobiles de leurs élus dans cette affaire. La «rencontre économique» de Lévis aurait pu servir à discuter de premières ébauches de plans d'action concrets et chiffrés qui auraient été soumis ensuite à un débat public plus large. À la place, on a préféré profiter de la présence de la centaine de «décideurs» économiques, financiers et syndicaux pour leur faire redire en choeur la nature et l'importance des principaux défis auxquels est confronté le Québec. On verra ensuite s'il aura plus de succès que son voisin américain.
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