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    Une success story née dans les poubelles

    Sac
    Photo: Sac
    Tom Szaky n'a pas encore atteint la trentaine et fait partie de cette vague d'entrepreneurs qui ont décidé de miser sur le créneau «vert» comme fonds de commerce. Et il a décidé de s'y consacrer pleinement en mettant sur pied TerraCycle, une entreprise qui se targue de mettre uniquement en marché des produits faits à partir de déchets. Une recette gagnante, puisque les choses progressent rapidement, malgré les effets de la crise économique.

    Les bonnes idées naissent parfois d'événements anodins. C'est le cas pour la jeune entreprise TerraCycle. Son fondateur, Tom Szaky, a eu l'idée de se lancer dans les affaires après avoir vu l'effet qu'avait un engrais artisanal fait à base de lombricompost sur les plantes qu'un de ses amis faisait pousser chez lui. C'était en 2001.

    Audacieux, il décide alors de tenter sa chance en développant, à très petite échelle, un fertilisant composé essentiellement de compost liquéfié, commercialisé dans des contenants usagés et expédié dans des boîtes récupérées. Bref, l'objectif est d'être le plus «écoresponsable» possible. Mais dans un marché où les gros joueurs pèsent déjà lourd, la mise en marché est loi d'être aisée. L'entreprise ne décolle pas. Le jeune n'en démord pourtant pas. À tel point que quand on lui propose, en 2003, un financement d'un million de dollars conditionnel à un changement d'orientation vers des produits plus traditionnels, Szaky refuse.

    «Si vous avez un produit qui coûte un dollar et un autre au même prix, mais qui est respectueux de l'environnement, lequel allez-vous choisir? Tout le monde préfère acheter des produits qui sont plus "propres", fait-il valoir, en entrevue au Devoir. Et nous sommes vraiment chanceux parce que le momentum est très propice pour développer des produits écoresponsables.» Son objectif ultime? «On veut trouver une solution pour chaque type de déchet afin de pouvoir un jour tous les éliminer des centres d'enfouissement», lance Tom Szaky. Vaste programme.

    TerraCycle est effectivement née de la volonté de trouver des débouchés commerciaux pour nos déchets, qu'ils soient putrescibles ou non. Tout le marketing de l'entreprise tourne autour de ce leitmotiv. «Tout a commencé avec un questionnement sur ce que sont les déchets. Parce qu'en fait, les déchets n'existent pas dans la nature, souligne le jeune entrepreneur originaire de Toronto. Et chaque fois que nous mettons quelque chose à la poubelle, nous payons quelqu'un pour en disposer. Alors, pourquoi ne pas récolter les déchets et en faire quelque chose qui puisse avoir une valeur.»

    De nouveaux produits

    À force de jouer la carte du «green business» et de se vanter de donner à fond dans l'«écocapitalisme», Tom Szaky et son équipe réussissent à se tailler une place dans les magasins de géants comme Home Depot et Wal-Mart. Dès lors, ils se tournent vers le développement de nouveaux produits. «On a commencé à regarder pour les autres objets qu'on pourrait transformer et on a découvert qu'il y en avait plusieurs», se souvient celui qui a laissé tomber ses études à Princeton pour se consacrer à temps plein à son entreprise. D'où le slogan de TerraCycle: «Transformer les déchets en or.»

    L'équipe conçoit alors divers objets faits à partir d'emballages de toutes sortes — omniprésents dans les sacs de déchets —, des biscuits aux contenants de jus qui figurent dans presque toutes les boîtes à lunch. C'est ce que Szaky appelle le «transcyclage». On voit donc des trousses à crayons Kool Aid, des sacs à dos Del Monte ou M. Christie et des cerfs-volants Oreo. Une «nouvelle vie» qui permettrait de réduire de 80 % les émissions de GES qui résulteraient normalement de l'extraction de matières premières.

    Les entreprises y trouvent bien sûr leur compte, puisque l'opération offre une belle visibilité pour les multinationales qui versent en moyenne 2 ¢ par contenant ou emballage ramassé aux écoles participantes, qui forment le gros des fournisseurs. Les frais d'expédition sont payés. Cette idée de «dons» pour la collecte de la matière première des produits de TerraCycle a débuté aux États-Unis et s'implante depuis peu au Canada, notamment au Québec. Un contrat d'exclusivité a d'ailleurs été signé ici avec Kraft pour financer la récolte de déchets.

    De nouveaux produits s'ajoutent en outre périodiquement, dont des crayons faits de vieux de journaux ou des horloges construites à partir de disques vinyles. Il en existe plus d'une centaine actuellement en vente. Pas moins de 1,2 milliard de contenants et d'emballages ont ainsi été détournés des sites d'enfouissement pour les fabriquer en moins de cinq ans.

    Visiblement, la recette est gagnante. En 2008, l'entreprise a généré un chiffre d'affaires de deux millions de dollars, et les choses progressent rapidement, malgré les effets de la crise économique. Elle compte près de 100 employés et est en activité aux États-Unis, au Canada, au Brésil, au Mexique et au Royaume-Uni. Par ailleurs, le plan d'affaires et les produits TerraCycle faits à partir de déchets ont reçu le label Zerofootpring, gagné le prix de Gérance de l'environnement Home Depot à deux reprises et ont récemment reçu le Social Venture Network Innovation Award 2007.

    «Les médias parlent souvent de responsabilité environnementale, mais quand on regarde les entreprises qui développent véritablement ce créneau, on constate qu'il y en a très peu, affirme Tom Szaky. Nous, nous souhaitons être un bon exemple d'écocapitalisme, où on peut faire la meilleure chose pour la société, la meilleure chose pour l'environnement et aussi faire beaucoup d'argent.»












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