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    Portrait - Atrion International se propage sur la planète verte

    Au centre de la photo, Patrick J. Lavoie, p.-d.g. d’Atrion, entouré de Denis Lefebvre, vice-président directeur, à gauche, et de Joe Cella, le vice-président marketing.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Au centre de la photo, Patrick J. Lavoie, p.-d.g. d’Atrion, entouré de Denis Lefebvre, vice-président directeur, à gauche, et de Joe Cella, le vice-président marketing.
    «J'adore les changements de réglementation!», s'exclame Patrick J. Lavoie, président et chef de la direction d'Atrion International. Comment un président d'entreprise peut-il tenir de tels propos, quand on sait quelle lourdeur administrative cela peut représenter? Dans le cas de M. Lavoie, la perspective est bien différente: plus il y a de changements à la réglementation, plus les affaires sont prospères. Atrion International est une société qui, depuis 1989, à partir d'un logiciel conçu par une petite équipe d'au plus six personnes dans un local adjacent à une pharmacie de Saint-Laurent, se propage sur la planète pour desservir une vaste clientèle qui se voit maintenant contrainte de tourner au vert.

    À partir de ce même logiciel dont l'évolution et l'adaptation aux conditions nouvelles se poursuivent depuis plus de 20 ans, Atrion International en est arrivé aujourd'hui à offrir aux multinationales dans les domaines des produits chimiques, pétrochimiques, peintures, revêtements, encres, parfums, alimentation et autres produits de consommation des solutions de conformité légales à des réglementations de plus en plus rigoureuses et exigeantes, lesquelles sont d'ailleurs elles-mêmes en évolution rapide.

    Les entreprises n'en finissent plus de devoir s'adapter à de nouvelles réglementations, pas seulement dans leur pays, mais sur toute la planète, là où leurs produits sont vendus. Les mêmes contraintes s'appliquent désormais aussi à leurs fournisseurs de matières premières et autres qui fabriquent des pièces ou qui font l'assemblage des produits qui portent la marque d'une multinationale, tout en haut de cette pyramide industrielle. Atrion International suit à la trace cette évolution de la réglementation non seulement dans le pays d'origine de ces multinationales, mais aussi dans tous les autres pays où se trouvent leurs filiales et où la réglementation est rarement identique à celle du pays d'origine des produits qui y sont vendus.

    Les réglementations ont beaucoup évolué ces dernières années, reflétant ainsi la préoccupation grandissante envers l'état de santé de la planète et l'augmentation de sa température. Le 1er juin 2007, l'Union européenne rationalisait et modernisait son ancien cadre réglementaire sur les produits chimiques et adoptait un règlement portant sur l'enregistrement, l'évaluation, l'autorisation et les restrictions des produits chimiques, connu familièrement par son sigle REACH. «C'est le document légal le plus gros au monde», constate M. Lavoie. En outre, depuis 2003, l'ONU a présenté à tous ses États membres un système général harmonisé de classification et d'étiquetage des produits chimiques (SGH ou GHS en anglais). Des modifications ont été apportées à trois reprises à ce système en six ans.

    Une liste de 300 000 substances

    Évidemment, Atrion a beau jeu de rappeler à ses clients potentiels que la non-conformité au SGH a des impacts considérables, en entraînant des retards dans la commercialisation des produits et des amendes imposées aux douanes et par les organismes de réglementation, en nuisant à la bonne réputation de leur marque commerciale et à leurs relations avec leurs clients. Dans les cinq prochaines années, il faudra que toutes les fiches soient adaptées pour être conformes à SGH. En 2003, le logiciel d'Atrion offrant une solution de conformité des produits aux réglementations couvrait 20 pays et 15 langues différentes. En ce début de 2010, Atrion voit sur son radar informatique les réglementations dans 55 pays qui sont traduites dans plus de 40 langues. Sa banque d'informations porte sur les caractéristiques de 300 000 substances différentes, sur leur composition, leur fabrication, les contenants dans lesquels on les met, le transport, l'hygiène industrielle, etc.

    Gestion

    Il va sans dire que sans l'informatique la gestion intelligence d'une telle masse d'informations serait en fait impraticable. Mais, même avec l'informatique une entreprise peut difficilement y arriver, seule. Atrion en a fait sa spécialité depuis sa naissance. Par exemple, en 1990, elle mettait au point le premier moteur algorithmique intelligent de l'industrie pour évaluer les propriétés dangereuses des substances et mélanges. En 1998, elle a fait l'acquisition d'une société d'ingénierie aux Pays-Bas pour accélérer sa présence en Europe et ajouter à son expertise dans le marché de la réglementation. L'année suivante, elle acquérait au Tennessee un chef de file mondial comme fournisseur de données réglementaires.

    M. Lavoie mentionne par ailleurs qu'Atrion travaille en étroite collaboration avec ses clients qui l'aident dans le développement de logiciels. Atrion n'a qu'un peu plus de 150 clients, mais ce sont d'énormes groupes, comme British Petroleum qui est présent dans 40 pays ou AkzoNobel, une société néerlandaise qui est leader mondial dans les vernis et peintures.

    La québécoise Sico fait partie de ce groupe dont les revenus dépassent 10 milliards d'euros. En décembre dernier, Vokar, le plus grand exploitant indépendant au monde de réservoirs de produits chimiques liquides et gazeux et de produits pétroliers signait un contrat de 10 ans pour le développement par Atrion d'un processus centralisé de collecte et de stockage des informations sur les produits, des fiches de données de sécurité internes et des cartes de sécurité sur le lieu de travail dans la langue locale. La durée moyenne des contrats est de cinq ans, ce qui donne l'avantage de savoir que, chaque nouvelle année, 70 % des revenus sont déjà assurés.

    «Ailleurs dans le monde»

    M. Lavoie ne divulgue pas le chiffre d'affaires, se contentant de mentionner qu'Atrion est la troisième société en importance au monde dans ce marché évalué à plusieurs milliards et que 99 % de ses revenus proviennent de l'extérieur du Canada. «Tous les jours, nous avons des employés qui prennent l'avion pour aller ailleurs dans le monde», souligne le président.

    Dans les premières années, Atrion se limitait à dresser une liste des substances, mais, désormais, 70 % de ses activités portent sur du contenu, c'est-à-dire l'interprétation des réglementations et leur application. Il offre aussi des services d'impartition des processus d'affaires; c'est le volet qui assure le plus grand potentiel de croissance actuellement. Bien entendu, le côté technique avec les logiciels qui sont accordés sous licence pour la veille constante des réglementations demeure l'activité de base.

    Avec Nick Hindle, son partenaire financier et entrepreneur comme lui, M. Lavoie a fait l'acquisition d'Atrion, il y a 14 ans. L'entreprise est toujours demeurée privée; les deux acquéreurs et quelques cadres dirigeants détiennent une participation majoritaire. Deux fonds d'investissement privés possèdent le reste des actions. En 2000, les propriétaires actuels ont déménagé le siège social de l'entreprise aux États-Unis afin de se rapprocher de ce marché en pleine croissance. Toutefois, en 2003, ils le ramenaient à Montréal, à la suite de divergences d'opinions dans la gestion effectuée par des Américains. Atrion ne compte que 140 employés, donc environ 90 à Montréal. L'Europe et les États-Unis se partagent également les autres employés. Plus de 70 % de tout le personnel détient au moins un baccalauréat en chimie. Il y a eu augmentation des employés de 20 % en 2009, et une autre augmentation de 10 % est prévue cette année. Enfin, Atrion a plusieurs partenariats stratégiques, notamment avec SAP, Microsoft et Oracle.

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    Collaborateur du Devoir












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