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La devise canadienne demeure au-dessus des 74 ¢US - Un dollar condamné à s'envoler... pour le meilleur et pour le pire

Le président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, hier, devant une commission du Congrès.
Photo : Agence Reuters
Le président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, hier, devant une commission du Congrès.
Poussé dans le dos par la torpeur de l'économie américaine, le dollar canadien continue sa montée au firmament. Combien de temps restera-t-il en orbite de la planète 74 ¢? Aussi longtemps que les compagnies de nos voisins ne se remettront pas à engranger les profits... et que la Banque du Canada maintiendra les taux d'intérêt à leur niveau actuel.

«Les États-Unis ont un gros déficit commercial [550 milliards de dollars par année, soit 5,5 % de leur PIB]. Jusqu'à il y a un an ou deux, ils réussissaient à contre-balancer cet effet grâce aux nombreux investissements dans les actions américaines. Ce n'est plus le cas», souligne le stratège et économiste en chef à la Financière Banque nationale, Clément Gignac.

«On connaît les conditions du marché: notre économie fonctionne bien et nous avons jugulé notre déficit tandis que les Américains vont de mal en pis. Cette combinaison avantage notre dollar, explique François Dupuis, économiste principal et stratège au Mouvement Desjardins. Et comme les gens du milieu financier ne veulent pas rester sur les lignes de côté, ils embarquent dans le jeu en achetant notre devise.»

Made in Canada

Mais il y a plus pour expliquer cet élan soudain qui a fait grimper le huard de plus de 15 % depuis le 1er janvier dernier. Selon M. Gignac, il y a également un effet «Made in Canada» causé par la politique monétaire de notre banque centrale. «Il est certain que les écarts entre les taux d'intérêt n'est pas étranger à ce phénomène. Cela attire les capitaux chez nous.»

Maurice Marchon regarde le huard s'envoler d'un oeil critique. Le professeur aux HEC et spécialiste de la conjoncture des marchés monétaires est convaincu que la Banque du Canada doit cesser de monter ses taux d'intérêt et même songer à les abaisser, il en va de la santé de l'économie canadienne. «Si la Fed baisse encore ses taux de 50 points, notre dollar va s'apprécier davantage: c'est une véritable recette pour une récession.»

Les exportations nettes — les exportations moins les importations — vont diminuer de façon appréciable et cela va ralentir l'économie canadienne, reprend M. Marchon. «Il faut comprendre que la dépréciation du dollar américain va continuer, alors il faut que les banques centrales des autres pays réagissent. Le signal est clair: il faut abaisser les taux parce que les États-Unis ne vous sortiront pas du trou.»

C'est également l'avis de Clément Gignac. «Contrairement à l'Australie qui a vu sa devise gagner 10 ¢, une telle augmentation par rapport au dollar américain a de plus gros impacts chez nous. C'est que l'Australie fait 60 % de son commerce en Asie alors que nous, on exporte à hauteur de 85 % vers les États-Unis.»

Ainsi, l'économiste fait valoir que seule la Banque du Canada peut calmer le jeu. «Elle doit envoyer un message clair. Elle doit dire que la poussée du dollar a un impact sur l'inflation — qui est plus faible — mais aussi sur la position concurrentielle de nos entreprises», affirme Clément Gignac.

Le statu quo est la meilleure solution, croit au contraire François Dupuis. «La montée du dollar est tellement restrictive sur le commerce que la Banque du Canada ne peut augmenter ses taux. Si les taux n'augmentent plus, les investisseurs vont commencer à prendre leur profit, ce qui va calmer le dollar.»

Faut-il s'inquiéter de la poussée du dollar? Non, répond Benoît Durocher, président et chef de l'exploitation chez Addenda Capital. «Les mouvements sont rapides et brusques dans le domaine des devises.» Il croit lui aussi que les investisseurs profitent des écarts entre les taux d'intérêt, ce qui favorise le dollar canadien. Mais un jour ou l'autre, ces investisseurs vont encaisser leurs profits.

La voie de la facilité

M. Durocher reste de glace quant à la situation des exportateurs. «Ceux qui se sont rabattus uniquement sur une devise faible pour vendre leurs produits ont fait fausse route. Ils ont choisi la facilité à court terme alors qu'ils auraient dû s'appuyer sur leur productivité.»

Mais la vitesse avec laquelle le huard a pris son envol saigne à peu près tous les exportateurs, ajoute Clément Gignac. Et il ne faut pas oublier que ce secteur représente 42 % du PIB du pays. «Une augmentation de 10 ¢ en trois ans, tout le monde peut s'y ajuster; ce n'est pas le cas pour une augmentation de 10 ¢ en six mois. Ça fait mal.»

Le dollar canadien a clôturé sa journée en baisse de deux centièmes hier pour se situer à 74,02 ¢US.
 
 
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