Vente d'Énergie Nouveau-Brunswick - Une entente aux conséquences imprévisibles
Majella Simard - Département d'histoire et de géographie de l'Université de Moncton
24 décembre 2009
Actualités économiques
Photo : Agence Reuters
La filière éolienne représente un enjeu important de diversification économique. , particulièrement pour les localités situées au nord du Nouveau-Brunswick,
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la vente d'Énergie Nouveau-Brunswick à Hydro-Québec a, depuis quelques semaines, fait couler beaucoup d'encre. Une lettre publiée dans les différents quotidiens de la province et un dépliant explicatif acheminé par le gouvernement Graham à tous les ménages néo-brunswickois ont permis de mettre en évidence les nombreux avantages liés à cette entente.
Ceux-ci reposent, pour l'essentiel, sur quatre éléments: le contrôle des politiques énergétiques, des tarifs plus bas particulièrement pour les entreprises, mais aussi pour les particuliers, une réduction de la dette de la province et une meilleure qualité de l'air. Les informations que l'on retrouve sur le site Web du gouvernement du Nouveau-Brunswick vont dans le même sens. À terme, la signature de cette entente ne devrait engendrer que des impacts positifs, et ce, tant pour les résidants du Nouveau-Brunswick que pour l'État québécois. Tel est, dans ses grands traits, le discours véhiculé par les diverses instances politiques.
Manque de transparence
De toute évidence, l'information divulguée, depuis la médiatisation de ce dossier, semble manquer de transparence. Or, comme chacun le sait, une transaction ne comporte pas uniquement des avantages. Est-il besoin, pour s'en convaincre, de rappeler la définition que l'on trouve de ce vocable dans le dictionnaire Le Petit Robert: «Entente par laquelle les contractants terminent ou préviennent une contestation en renonçant chacun à une partie de leurs prétentions.» Au surplus, ce manque de transparence constitue, pour reprendre une expression de nos collègues économistes, une «défaillance du marché» et fait en sorte qu'il est extrêmement difficile de peser le pour et le contre d'une telle entente.
Si plusieurs questions ont été soulevées quant aux impacts de cette transaction sur les plans de la gestion et de la gouvernance, le silence qui règne sur les conséquences en matière d'aménagement du territoire et de développement régional nous apparaît inquiétant. De fait, la filière éolienne représente un enjeu important de diversification économique, particulièrement pour les localités situées au nord du Nouveau-Brunswick, aux prises avec des problèmes criants de sous-emploi et de chômage.
Au Québec, l'énergie éolienne a contribué à remettre sur les rails l'économie de plusieurs municipalités. À Matane, par exemple, l'arrivée de Marmen et de Composit VCI, deux entreprises qui se spécialisent dans la fabrication de tours et de nacelles, a donné un nouveau souffle à une économie qui était plutôt vacillante depuis les 20 dernières années. Ainsi, en l'espace de 15 ans, soit de 1991 à 2006, le nombre d'emplois, selon les données de Statistique Canada, est passé de 5805 à 6995 au sein de cette ville.
Filière éolienne
La filière éolienne a aussi contribué à la réduction des disparités des ménages matanais eu égard à leurs homologues québécois. De fait, alors que le revenu familial moyen des premiers équivalait à 88,2 % de la moyenne québécoise en 1991, ce revenu se rapproche aujourd'hui de celui de la province (96,9 %). Enfin, la population, qui était en décroissance continue entre 1981 et 1996, a commencé à croître de façon importante en 2001. Cette croissance a notamment été de l'ordre de 15,6 % entre 1996 et 2006.
Plusieurs entreprises oeuvrant dans le domaine des études d'impact, de la voirie et de l'ingénierie se sont également installées en Gaspésie. Selon un rapport récent publié en 2009 par des chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski, la filière éolienne aurait favorisé la création de plus de 800 emplois dans les régions de Matane et de la Gaspésie. À Gaspé, le secteur de la construction est en pleine effervescence depuis les cinq dernières années. Or cet essor est en grande partie imputable au développement de cette même filière.
Au surplus, celle-ci a procuré une seconde vie à la localité de Murdochville, dont l'économie était en panne sèche depuis la fermeture de la mine de cuivre Noranda en 2001. Bref, l'énergie éolienne est susceptible de constituer un puissant vecteur de développement régional. En raison des nombreux effets d'entraînement qu'elle est susceptible de générer, la mise en valeur de cette ressource est d'une importance capitale pour assurer la prospérité économique de nombreuses localités rurales du Nouveau-Brunswick, dont plusieurs, au cours des 10 dernières années, ont été très durement touchées, que ce soit par la crise du bois d'oeuvre ou encore par les nombreux problèmes, tant structurels que conjoncturels, qui ont secoué le secteur des pêches.
Mieux comprendre
La vente d'Énergie Nouveau-Brunswick à Hydro-Québec comporte de nombreux enjeux qui, à notre avis, n'ont pas tous été élucidés. Devant l'ampleur d'une telle transaction, le désir exprimé par la population de mieux comprendre les incidences liées à cette entente nous semble fort légitime. Plusieurs questions portant sur les impacts que ce projet est susceptible d'entraîner en matière de développement local et régional demeurent toujours sans réponse.
Quelles seront les redevances versées aux communautés locales pour la réalisation des différents projets émanant de la filière éolienne? Celles-ci auront-elles leur mot à dire si Énergie Nouveau-Brunswick ne leur appartient plus? Quel sera le poids des acteurs locaux et régionaux dans le processus de négociation? Le Nouveau-Brunswick profitera-t-il des nouveaux emplois que l'énergie éolienne est susceptible de générer? Qui bénéficiera des effets d'entraînement découlant de l'achat de biens et de services que procure le développement de cette filière? L'entente comportera-t-elle un engagement précis de la part d'Hydro-Québec à cet égard? Qui déterminera les paramètres quant à l'acceptabilité sociale des projets qui seront retenus? Ces paramètres seront-ils sujets à changements à moyen et à long terme? L'entente permettra-t-elle au Nouveau-Brunswick d'améliorer sa position en matière de protection de l'environnement?
La réponse à ces questions nécessite la mise en place d'un vaste processus de consultation publique afin que tous les acteurs du Nouveau-Brunswick, tant individuels que collectifs, puissent être en mesure de mieux évaluer les avantages et les inconvénients liés à une telle transaction. Une bonne gouvernance n'implique-t-elle pas que les citoyens soient au centre des préoccupations des décideurs? Mais surtout, un tel exercice constitue, selon nous, une condition essentielle à la réalisation et au bon fonctionnement d'une société libre, juste et démocratique.
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Majella Simard - Département d'histoire et de géographie de l'Université de Moncton
Ceux-ci reposent, pour l'essentiel, sur quatre éléments: le contrôle des politiques énergétiques, des tarifs plus bas particulièrement pour les entreprises, mais aussi pour les particuliers, une réduction de la dette de la province et une meilleure qualité de l'air. Les informations que l'on retrouve sur le site Web du gouvernement du Nouveau-Brunswick vont dans le même sens. À terme, la signature de cette entente ne devrait engendrer que des impacts positifs, et ce, tant pour les résidants du Nouveau-Brunswick que pour l'État québécois. Tel est, dans ses grands traits, le discours véhiculé par les diverses instances politiques.
Manque de transparence
De toute évidence, l'information divulguée, depuis la médiatisation de ce dossier, semble manquer de transparence. Or, comme chacun le sait, une transaction ne comporte pas uniquement des avantages. Est-il besoin, pour s'en convaincre, de rappeler la définition que l'on trouve de ce vocable dans le dictionnaire Le Petit Robert: «Entente par laquelle les contractants terminent ou préviennent une contestation en renonçant chacun à une partie de leurs prétentions.» Au surplus, ce manque de transparence constitue, pour reprendre une expression de nos collègues économistes, une «défaillance du marché» et fait en sorte qu'il est extrêmement difficile de peser le pour et le contre d'une telle entente.
Si plusieurs questions ont été soulevées quant aux impacts de cette transaction sur les plans de la gestion et de la gouvernance, le silence qui règne sur les conséquences en matière d'aménagement du territoire et de développement régional nous apparaît inquiétant. De fait, la filière éolienne représente un enjeu important de diversification économique, particulièrement pour les localités situées au nord du Nouveau-Brunswick, aux prises avec des problèmes criants de sous-emploi et de chômage.
Au Québec, l'énergie éolienne a contribué à remettre sur les rails l'économie de plusieurs municipalités. À Matane, par exemple, l'arrivée de Marmen et de Composit VCI, deux entreprises qui se spécialisent dans la fabrication de tours et de nacelles, a donné un nouveau souffle à une économie qui était plutôt vacillante depuis les 20 dernières années. Ainsi, en l'espace de 15 ans, soit de 1991 à 2006, le nombre d'emplois, selon les données de Statistique Canada, est passé de 5805 à 6995 au sein de cette ville.
Filière éolienne
La filière éolienne a aussi contribué à la réduction des disparités des ménages matanais eu égard à leurs homologues québécois. De fait, alors que le revenu familial moyen des premiers équivalait à 88,2 % de la moyenne québécoise en 1991, ce revenu se rapproche aujourd'hui de celui de la province (96,9 %). Enfin, la population, qui était en décroissance continue entre 1981 et 1996, a commencé à croître de façon importante en 2001. Cette croissance a notamment été de l'ordre de 15,6 % entre 1996 et 2006.
Plusieurs entreprises oeuvrant dans le domaine des études d'impact, de la voirie et de l'ingénierie se sont également installées en Gaspésie. Selon un rapport récent publié en 2009 par des chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski, la filière éolienne aurait favorisé la création de plus de 800 emplois dans les régions de Matane et de la Gaspésie. À Gaspé, le secteur de la construction est en pleine effervescence depuis les cinq dernières années. Or cet essor est en grande partie imputable au développement de cette même filière.
Au surplus, celle-ci a procuré une seconde vie à la localité de Murdochville, dont l'économie était en panne sèche depuis la fermeture de la mine de cuivre Noranda en 2001. Bref, l'énergie éolienne est susceptible de constituer un puissant vecteur de développement régional. En raison des nombreux effets d'entraînement qu'elle est susceptible de générer, la mise en valeur de cette ressource est d'une importance capitale pour assurer la prospérité économique de nombreuses localités rurales du Nouveau-Brunswick, dont plusieurs, au cours des 10 dernières années, ont été très durement touchées, que ce soit par la crise du bois d'oeuvre ou encore par les nombreux problèmes, tant structurels que conjoncturels, qui ont secoué le secteur des pêches.
Mieux comprendre
La vente d'Énergie Nouveau-Brunswick à Hydro-Québec comporte de nombreux enjeux qui, à notre avis, n'ont pas tous été élucidés. Devant l'ampleur d'une telle transaction, le désir exprimé par la population de mieux comprendre les incidences liées à cette entente nous semble fort légitime. Plusieurs questions portant sur les impacts que ce projet est susceptible d'entraîner en matière de développement local et régional demeurent toujours sans réponse.
Quelles seront les redevances versées aux communautés locales pour la réalisation des différents projets émanant de la filière éolienne? Celles-ci auront-elles leur mot à dire si Énergie Nouveau-Brunswick ne leur appartient plus? Quel sera le poids des acteurs locaux et régionaux dans le processus de négociation? Le Nouveau-Brunswick profitera-t-il des nouveaux emplois que l'énergie éolienne est susceptible de générer? Qui bénéficiera des effets d'entraînement découlant de l'achat de biens et de services que procure le développement de cette filière? L'entente comportera-t-elle un engagement précis de la part d'Hydro-Québec à cet égard? Qui déterminera les paramètres quant à l'acceptabilité sociale des projets qui seront retenus? Ces paramètres seront-ils sujets à changements à moyen et à long terme? L'entente permettra-t-elle au Nouveau-Brunswick d'améliorer sa position en matière de protection de l'environnement?
La réponse à ces questions nécessite la mise en place d'un vaste processus de consultation publique afin que tous les acteurs du Nouveau-Brunswick, tant individuels que collectifs, puissent être en mesure de mieux évaluer les avantages et les inconvénients liés à une telle transaction. Une bonne gouvernance n'implique-t-elle pas que les citoyens soient au centre des préoccupations des décideurs? Mais surtout, un tel exercice constitue, selon nous, une condition essentielle à la réalisation et au bon fonctionnement d'une société libre, juste et démocratique.
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