Hypothèques: il n'y aurait pas lieu de s'affoler
La hausse des taux sera modeste et graduelle, selon le Mouvement Desjardins
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Au milieu des nombreuses mises en garde contre les dangers d'un trop lourd endettement des ménages et d'une brusque remontée des taux d'intérêt, le Mouvement Desjardins dit s'attendre à des hausses «graduelles et relativement modestes» des taux hypothécaires au cours des prochaines années.
À court terme, les taux hypothécaires devraient se maintenir très près de leur plancher historique au moins jusqu'à cet été avant d'entreprendre une légère remontée dans la seconde moitié de l'année, estiment les économistes du Mouvement Desjardins dans une étude dévoilée hier. Actuellement de 3,4 à 3,6 %, le taux des hypothèques fermées d'un an devraient, par exemple, encore se situer entre 3,35 et 3,85 % à la fin du mois de juin, avant de remonter entre 3,9 et 4,4 % à la toute fin de 2010.
Ce phénomène sera loin de s'accélérer par la suite, à en croire une autre étude du Mouvement Desjardins publiée la semaine dernière. On y estimait, en effet, que le taux des hypothèques fermées d'un an allait passer d'une moyenne de 4,10 % en 2009, à 5 % en 2011 (+ 0,9 point en trois ans), puis à 7,05 % en 2014 (+ 2,95 points en cinq ans). L'augmentation du taux des hypothèques de cinq ans devrait être encore moins prononcée en partant d'une moyenne de 5,65 % cette année, pour grimper à 6,5 % trois ans plus tard (+ 0,85 point) et finalement atteindre 7,85 % en 2014 (+ 2,20 points).
«On ne s'attend pas à des hausses de taux spectaculaires au cours des prochaines années», a expliqué hier au Devoir Mathieu D'Anjou, économiste senior au Mouvement Desjardins. «Il est vrai que les taux sont aujourd'hui exceptionnellement bas et que les ménages qui se sentent déjà pris à la gorge risquent un jour ou l'autre de se retrouver en difficulté, a-t-il poursuivi. Surtout si leurs hypothèques sont à taux variable. Mais l'augmentation devrait se faire de manière graduelle et être, somme toute, relativement modeste dans les premières années. Il n'est pas question d'une explosion des taux d'intérêt.»
Différents facteurs expliquent ce phénomène, dit l'économiste. L'un d'eux est que la reprise économique sera timide au début et que la Banque du Canada ne voudra surtout pas l'étouffer en relevant prématurément son taux directeur qu'elle tient actuellement pratiquement à zéro (0,25 %). Elle se sentira d'autant plus libre de le faire, explique Mathieu D'Anjou, qu'il n'y a aucune menace inflationniste à l'horizon. «La récession a quand même frappé durement au Canada. La reprise s'annonce lente et il y a beaucoup de capacité inutilisée dans l'économie.»
Dédramatiser
Ces prévisions du Mouvement Desjardins viennent un peu dédramatiser les nombreuses mises en garde entendues récemment contre l'endettement grandissant des ménages, la remontée du prix des maisons et l'inévitable hausse des taux d'intérêt.
Les médias rapportaient hier que le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, envisagerait la possibilité de resserrer les critères d'accession à la propriété afin d'éviter l'apparition d'une bulle immobilière au pays. Selon des éléments dévoilés dimanche lors d'une entrevue accordée à la chaîne de télévision CTV et devant être diffusée le week-end prochain, le ministre Flaherty craindrait que de plus en plus de ménages ne puissent pas faire face aux hausses des taux d'intérêt à venir et il pourrait décider de relever la mise de fonds minimale requise lors de l'achat d'une maison (actuellement de 5 %) ou de raccourcir la période d'amortissement maximale d'une hypothèque (actuellement de 35 ans).
Il faisait ainsi écho à la Banque du Canada, qui répète depuis quelques semaines sur tous les tons, aux individus comme aux banques, que l'endettement des ménages constitue la principale menace à la reprise économique au pays. Selon la banque centrale, 5,9 % des ménages canadiens sont aujourd'hui vulnérables à une augmentation des taux d'intérêt, puisque le remboursement de leurs dettes représente plus de 40 % de leur revenu brut. Cette proportion de ménages en difficulté grimperait à 8,5 % d'ici 2012 si les taux d'intérêt devaient gagner trois points de pourcentage.
Voix discordantes
Si la plupart des analystes sont comme ceux du Mouvement Desjardins et ne s'attendent pas à des hausses des taux d'intérêt avant la fin de l'année prochaine, certains divergent d'opinion. C'est le cas notamment des économistes de la Banque Nationale, qui prévoient que le taux directeur de la Banque du Canada aura passé de 0,25 à 2 % d'ici la fin de 2010.
La Banque CIBC a estimé vendredi que la Banque du Canada exagérait les dangers de l'endettement des ménages. L'expérience, disait-elle, a montré qu'un grand nombre de ces ménages que l'on dit en difficulté contractent à temps des hypothèques à taux fixe pour éviter d'essuyer le plein choc des taux variables. On a aussi appris que c'est rarement la hausse des taux d'intérêt, mais plutôt les pertes d'emplois qui empêchent les ménages de respecter leurs obligations hypothécaires. Comme l'économie se redresse, ce danger devrait s'éloigner et non pas se rapprocher. La CIBC admettait néanmoins que l'augmentation du prix des maisons était démesurée par rapport à la réalité économique, particulièrement dans l'Ouest, et qu'on n'avait jamais vu, depuis l'après-guerre, la dette réelle des ménages continuer d'augmenter pendant une récession.
À court terme, les taux hypothécaires devraient se maintenir très près de leur plancher historique au moins jusqu'à cet été avant d'entreprendre une légère remontée dans la seconde moitié de l'année, estiment les économistes du Mouvement Desjardins dans une étude dévoilée hier. Actuellement de 3,4 à 3,6 %, le taux des hypothèques fermées d'un an devraient, par exemple, encore se situer entre 3,35 et 3,85 % à la fin du mois de juin, avant de remonter entre 3,9 et 4,4 % à la toute fin de 2010.
Ce phénomène sera loin de s'accélérer par la suite, à en croire une autre étude du Mouvement Desjardins publiée la semaine dernière. On y estimait, en effet, que le taux des hypothèques fermées d'un an allait passer d'une moyenne de 4,10 % en 2009, à 5 % en 2011 (+ 0,9 point en trois ans), puis à 7,05 % en 2014 (+ 2,95 points en cinq ans). L'augmentation du taux des hypothèques de cinq ans devrait être encore moins prononcée en partant d'une moyenne de 5,65 % cette année, pour grimper à 6,5 % trois ans plus tard (+ 0,85 point) et finalement atteindre 7,85 % en 2014 (+ 2,20 points).
«On ne s'attend pas à des hausses de taux spectaculaires au cours des prochaines années», a expliqué hier au Devoir Mathieu D'Anjou, économiste senior au Mouvement Desjardins. «Il est vrai que les taux sont aujourd'hui exceptionnellement bas et que les ménages qui se sentent déjà pris à la gorge risquent un jour ou l'autre de se retrouver en difficulté, a-t-il poursuivi. Surtout si leurs hypothèques sont à taux variable. Mais l'augmentation devrait se faire de manière graduelle et être, somme toute, relativement modeste dans les premières années. Il n'est pas question d'une explosion des taux d'intérêt.»
Différents facteurs expliquent ce phénomène, dit l'économiste. L'un d'eux est que la reprise économique sera timide au début et que la Banque du Canada ne voudra surtout pas l'étouffer en relevant prématurément son taux directeur qu'elle tient actuellement pratiquement à zéro (0,25 %). Elle se sentira d'autant plus libre de le faire, explique Mathieu D'Anjou, qu'il n'y a aucune menace inflationniste à l'horizon. «La récession a quand même frappé durement au Canada. La reprise s'annonce lente et il y a beaucoup de capacité inutilisée dans l'économie.»
Dédramatiser
Ces prévisions du Mouvement Desjardins viennent un peu dédramatiser les nombreuses mises en garde entendues récemment contre l'endettement grandissant des ménages, la remontée du prix des maisons et l'inévitable hausse des taux d'intérêt.
Les médias rapportaient hier que le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, envisagerait la possibilité de resserrer les critères d'accession à la propriété afin d'éviter l'apparition d'une bulle immobilière au pays. Selon des éléments dévoilés dimanche lors d'une entrevue accordée à la chaîne de télévision CTV et devant être diffusée le week-end prochain, le ministre Flaherty craindrait que de plus en plus de ménages ne puissent pas faire face aux hausses des taux d'intérêt à venir et il pourrait décider de relever la mise de fonds minimale requise lors de l'achat d'une maison (actuellement de 5 %) ou de raccourcir la période d'amortissement maximale d'une hypothèque (actuellement de 35 ans).
Il faisait ainsi écho à la Banque du Canada, qui répète depuis quelques semaines sur tous les tons, aux individus comme aux banques, que l'endettement des ménages constitue la principale menace à la reprise économique au pays. Selon la banque centrale, 5,9 % des ménages canadiens sont aujourd'hui vulnérables à une augmentation des taux d'intérêt, puisque le remboursement de leurs dettes représente plus de 40 % de leur revenu brut. Cette proportion de ménages en difficulté grimperait à 8,5 % d'ici 2012 si les taux d'intérêt devaient gagner trois points de pourcentage.
Voix discordantes
Si la plupart des analystes sont comme ceux du Mouvement Desjardins et ne s'attendent pas à des hausses des taux d'intérêt avant la fin de l'année prochaine, certains divergent d'opinion. C'est le cas notamment des économistes de la Banque Nationale, qui prévoient que le taux directeur de la Banque du Canada aura passé de 0,25 à 2 % d'ici la fin de 2010.
La Banque CIBC a estimé vendredi que la Banque du Canada exagérait les dangers de l'endettement des ménages. L'expérience, disait-elle, a montré qu'un grand nombre de ces ménages que l'on dit en difficulté contractent à temps des hypothèques à taux fixe pour éviter d'essuyer le plein choc des taux variables. On a aussi appris que c'est rarement la hausse des taux d'intérêt, mais plutôt les pertes d'emplois qui empêchent les ménages de respecter leurs obligations hypothécaires. Comme l'économie se redresse, ce danger devrait s'éloigner et non pas se rapprocher. La CIBC admettait néanmoins que l'augmentation du prix des maisons était démesurée par rapport à la réalité économique, particulièrement dans l'Ouest, et qu'on n'avait jamais vu, depuis l'après-guerre, la dette réelle des ménages continuer d'augmenter pendant une récession.
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