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Les pratiques commerciales de Monsanto sur la sellette

Un champ de maïs génétiquement modifié «marqué» par des écologistes. Les gènes brevetés de Monsanto sont présents dans 95 % du soja et 80 % du maïs cultivés aux États-Unis. Le gène de résistance à l’herbicide Roundup de Monsanto est notamment devenu la norme dans l’agriculture américaine, et les petites entreprises craignent de perdre des clients si elles y renoncent. Or, Monsanto a augmenté le prix de certaines variétés de maïs de 25 % l’an dernier, et une hausse supplémentaire de 7 % est prévue pour les semences de maïs en 2010.
Photo : Agence France-Presse MELVYN CALDERON
Un champ de maïs génétiquement modifié «marqué» par des écologistes. Les gènes brevetés de Monsanto sont présents dans 95 % du soja et 80 % du maïs cultivés aux États-Unis. Le gène de résistance à l’herbicide Roundup de Monsanto est notamment devenu la norme dans l’agriculture américaine, et les petites entreprises craignent de perdre des clients si elles y renoncent. Or, Monsanto a augmenté le prix de certaines variétés de maïs de 25 % l’an dernier, et une hausse supplémentaire de 7 % est prévue pour les semences de maïs en 2010.
St. Louis — Une nouvelle pierre dans le jardin de Monsanto. Une enquête de l'Associated Press montre comment le semencier américain évince la concurrence, contrôle des sociétés plus petites et protège sa suprématie sur le marché des organismes génétiquement modifiés aux États-Unis.

Alors que les gènes brevetés de Monsanto sont présents dans 95 % du soja et 80 % du maïs cultivés aux États-Unis, la firme s'efforce de limiter la capacité des nouvelles sociétés de biotechnologie à distribuer leurs propres produits, révèle cette enquête. Une politique d'affaiblissement de la concurrence qui pourrait faire grimper les prix de l'alimentation aux États-Unis.

Les méthodes commerciales de Monsanto sont exposées dans des accords de licence confidentiels, auxquels l'AP a eu accès. La firme a utilisé ces contrats pour diffuser sa technologie, octroyant à quelque 200 sociétés le droit d'introduire des gènes Monsanto dans leurs propres variétés de maïs ou de soja. Mais ce droit a un coût et il est assorti de nombreuses conditions.

Une clause interdit par exemple aux entreprises indépendantes de cultiver des plantes contenant à la fois les gènes de Monsanto et de firmes rivales — sauf autorisation écrite préalable —, ce qui permet au semencier d'exclure la concurrence de la vaste part de marché qu'il contrôle déjà.

Les pratiques commerciales de Monsanto font actuellement l'objet d'une enquête du département américain de la Justice et de deux États (Iowa et Texas), pour déterminer si elles violent les lois antitrust. Des plaintes au civil ont déjà été déposées contre la firme par des concurrents.

Le géant des biotechnologies basé à St. Louis juge infondées les critiques sur ses accords de licence. Un avis que ne partagent pas certains de ses rivaux et des semenciers plus petits.

«Nous estimons désormais que Monsanto contrôle jusqu'à 90 %» des OGM, ce qui est «presque incroyable», souligne Neil Harl, un économiste en agriculture de l'université de l'Iowa, spécialiste de l'industrie semencière. «Le résultat est un renforcement de l'emprise de Monsanto et la possibilité pour la firme d'augmenter ses prix sur le long terme. C'est ce que nous avons déjà observé ces cinq dernières années.»

Monsanto a augmenté le prix de certaines variétés de maïs de 25 % l'an dernier, et une hausse supplémentaire de 7 % est prévue pour les semences de maïs en 2010. Les prix des sojas Monsanto se sont envolés de 28 % en 2008 et seront stables ou en hausse de 6 % en 2010, selon la porte-parole de la société Kelli Powers.

La controverse autour de Monsanto soulève une question essentielle: quel contrôle une entreprise peut-elle avoir sur les semences, qui sont à la base de la production alimentaire? Les accords de licence ont fait de la technologie de Monsanto l'une des plus largement et rapidement diffusées dans l'histoire de l'agriculture américaine. Aujourd'hui, lorsqu'un fermier américain achète des sacs de semences aux noms commerciaux obscurs, comme AgVenture ou M-Pride Genetics, il paye en fait pour des produits sous licence Monsanto.

Une clause de ses contrats pour le maïs a aidé Monsanto à acheter 24 sociétés semencières indépendantes aux États-Unis ces dernières années: elle stipule que si une entreprise change de propriétaire, son stock contenant des gènes Monsanto doit être «détruit immédiatement». Selon un porte-parole de la firme, cette disposition n'aurait plus cours.

Une autre clause figurant dans des contrats remontant à plusieurs années aide aussi à comprendre la croissance rapide de Monsanto. L'un des contrats offrait à un semencier indépendant des rabais importants s'il s'engageait à ce que les produits Monsanto représentent jusqu'à 70 % de son stock total pour le maïs. Dans une plainte déposée en 2004, et qui s'est soldée par un règlement à l'amiable, la société rivale Syngenta a qualifié cette pratique de «politique de la terre brûlée» pour l'exclure du marché.

Les contrats examinés par l'AP interdisent aux semenciers d'en discuter les termes, et Monsanto se réserve le droit de les annuler, et du coup de priver une entreprise de son stock, en cas de violation des clauses de confidentialité.

Les semenciers indépendants ont théoriquement la possibilité de rompre leur contrat pour recommencer à vendre des semences conventionnelles, mais en pratique ils expliquent que ce peut être ruineux financièrement.

Le gène de résistance à l'herbicide Roundup de Monsanto est en effet devenu la norme dans l'agriculture américaine, et les petites entreprises craignent de perdre des clients si elles y renoncent. En outre, ces sociétés ont souvent investi du temps et de l'argent pour adapter les produits Monsanto à leurs besoins, et leur abandon peut donc être coûteux.
 
 
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