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    Métro - La STM a commandé quelque 300 voitures sans appel d'offres

    Un constructeur chinois n'écarte pas la possibilité de s'adresser aux tribunaux

    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    La Société de transport de Montréal (STM) pourrait être obligée de revoir à la baisse l'ampleur du contrat de renouvellement de la flotte de voitures du métro qui fait actuellement l'objet de négociations avec Altstom et Bombardier. Alors que l'appel d'offres initial portait sur 468 voitures, les discussions visent maintenant le remplacement d'au moins 765 voitures, voire davantage. Cette modification au contrat pourrait prêter flanc à une contestation judiciaire.

    Lorsqu'elle a lancé son appel d'offres en juillet 2008, la STM précisait qu'elle désirait remplacer ses 342 voitures MR-63, soit l'équivalent de 38 rames de métro, avec une option de 126 voitures supplémentaires en prévision des projets d'expansion du réseau, tels que le prolongement de la ligne bleue. Au fil des négociations, les voitures MR-73, qui doivent aussi être remplacées, se sont ajoutées au contrat sans que la STM procède à un nouvel appel d'offres. Alors qu'au départ il était question d'un investissement de 1,2 milliard de dollars, le contrat pourrait maintenant totaliser 3,4 milliards de dollars pour 765 voitures.

    Le sujet est délicat et, hier, le directeur général de la STM, Yves Devin, a reconnu que l'appel d'offres portait initialement sur un peu plus de 460 voitures. Tout en refusant de confirmer le nombre de voitures qui font maintenant l'objet des négociations en cours, il a indiqué que, lorsqu'une entente sera conclue avec Alstom et Bombardier, les avocats de la STM et du gouvernement du Québec devront vérifier la conformité du contrat. «C'est un contrat de plus de 2000 pages. Nous allons écouter les recommandations des équipes juridiques, a expliqué M. Devin prudemment. Notre objectif, c'est la transparence et on ne veut pas payer une cenne de plus que ce que ça vaut.»


    Trop tard

    Les négociations qui s'éternisent et l'arrivée soudaine du constructeur chinois Zhuzhou Electric Locomotive dans l'arène embarrassent visiblement les acteurs du dossier. En marge d'une conférence de presse hier, la ministre des Transports, Julie Boulet, a été avare de commentaires: «Les règles ont toutes été respectées et la négociation va se poursuivre tel que convenu selon l'entente avec le consortium Alstom-Bombardier. On verra la finalité, a-t-elle indiqué. Ils [les Chinois] avaient la possibilité de s'inscrire dans la démarche [d'appel d'offres] et ils ne l'ont pas fait en temps et lieu.»

    Rappelons que l'entreprise chinoise Zhuzhou Electric Locomotive a fait parvenir une mise en demeure à la STM plus tôt cette semaine pour exiger la suspension des négociations avec Alstom et Bombardier. Le constructeur alléguait que la STM n'avait pas diffusé adéquatement l'appel d'offres lancé en 2008. Mercredi, par l'entremise de ses avocats, la STM a rejeté avec vigueur les prétentions des Chinois et leur a reproché de ne pas vouloir se conformer à ses exigences en proposant de construire des wagons dotés de roues d'acier au lieu de pneumatiques.

    Zhuzhou Electric Locomotive n'écarte pas la possibilité de s'adresser aux tribunaux, même si son représentant au Canada, Glen Fisher, privilégie le dialogue, formulant même le souhait d'une rencontre avec le premier ministre Jean Charest pour discuter du dossier. M. Fisher continue de dire que l'entreprise chinoise serait en mesure de construire des voitures à bien meilleur prix que le consortium Alstom-Bombardier tout en respectant les délais fixés. Il soutient que, si l'entreprise chinoise obtenait le contrat, entre 500 et 1000 emplois pourraient être créés à Montréal puisque, dit-il, l'assemblage des wagons pourrait se faire dans les installations de la Dominion Bridge, dans l'arrondissement de Lachine.

    Même s'il estime qu'une contestation judiciaire serait difficile pour l'entreprise chinoise, Me Jean Hétu, professeur à la Faculté de droit à l'Université de Montréal, convient que le nombre accru de voitures maintenant en jeu change la nature du contrat. «Pour subir un préjudice, il aurait fallu soumissionner et les Chinois sont mal placés pour plaider ça. Mais effectivement, le contrat est en train de changer et on ne parle plus du même contrat», dit-il.


    Coup de marketing?

    L'offensive tardive de Zhuzhou Electric Locomotive pour tenter de mettre le grappin sur le contrat des voitures de métro ressemble peut-être à une opération de marketing, mais il ne faudrait pas sous-estimer ce joueur, prévient Zhan Su, professeur de stratégie et de management international à l'Université Laval.

    «Zhuzhou Electric Lomotive ne sort pas de nulle part. Il s'agit d'une filiale du plus grand constructeur chinois d'équipements de transport et de véhicules spéciaux. Le groupe contrôle au moins 70 % du marché chinois pour tous ces équipements de transport au sens large du terme», explique-t-il.

    M. Su indique qu'au cours des dernières années, l'entreprise de propriété gouvernementale a élaboré une stratégie de développement efficace. Même si le marché des transports en Chine est «gigantesque», Zhuzhou Electric Locomotive est parvenue à percer le marché international, décrochant plusieurs contrats pour la construction d'équipements de transport au Moyen-Orient, en Asie centrale et, plus récemment, en Turquie. Depuis 2004, le gouvernement encourage d'ailleurs fortement les entreprises chinoises à se tourner vers l'étranger.

    «Dans la polémique, Zhuzhou Electric Locomotive ne perd pas grand-chose, mais elle gagne en visibilité. Certains diront que son geste d'éclat nuira à son image et que, lorsqu'elle soumissionnera pour d'autres projets, elle aura des problèmes. Mais ce n'est pas tout à fait vrai», ajoute-t-il.

    «Selon moi, c'est le début d'une nouvelle ère pour le "made in China" à l'étranger. Le message du gouvernement chinois depuis 2004, c'est qu'il ne veut plus que la Chine soit uniquement un exportateur de biens de consommation de bas de gamme.» À son avis, il faut s'attendre à ce qu'au cours des prochaines années, les entreprises chinoises spécialisées dans les transports prennent d'assaut le marché international avec des produits à la fine pointe de la technologie et à des prix compétitifs, entre 20 et 30 % moins chers que les concurrents occidentaux, précise-t-il.












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