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Concurrence - Bruxelles et Microsoft signent un armistice

Bruxelles — En guerre depuis des années, la Commission européenne et le géant américain du logiciel Microsoft ont entériné hier un compromis dans un dossier majeur concernant les navigateurs Internet et ouvert la voie à un règlement définitif de leurs différends.

La Commission, gardienne de la concurrence en Europe, a clôt une enquête ouverte en 2008 sur le navigateur de Microsoft, Internet Explorer, sans infliger d'amende au groupe de Redmond. Celui-ci a en effet fait une importante concession en acceptant d'ouvrir son système d'exploitation Windows à plusieurs navigateurs Internet.

Bruxelles accusait Microsoft d'abuser de la position dominante de Windows, qui équipe 90 % des PC dans le monde, en y incorporant systématiquement Internet Explorer.

Les utilisateurs avertis de Windows pouvaient certes télécharger un autre navigateur, par exemple Firefox, développé par la fondation Mozilla et principal concurrent d'Internet Explorer en Europe. Mais cela «demandait un peu d'invention», a commenté la commissaire à la concurrence Neelie Kroes. «C'est un peu comme si au supermarché il y avait seulement une marque de shampooing dans le rayon, que tous les autres choix étaient cachés derrière et que tout le monde ne connaissait pas leur existence.»

Pour simplifier les choses, à partir de la mi-mars, Microsoft s'assurera que tous les utilisateurs européens de Windows XP, Vista ou 7 utilisant Internet Explorer le font en connaissance de cause.

Par l'intermédiaire des mises à jour automatiques de Windows, ils verront s'afficher sur leur écran une fenêtre expliquant à quoi sert un navigateur Internet. Ils devront ensuite choisir dans une liste reprenant dans un ordre aléatoire Internet Explorer et Firefox, mais aussi Chrome, lancé récemment par Google, Opera, du norvégien Opera Software dont une plainte a déclenché l'enquête de Bruxelles, une version compatible avec Windows du navigateur Safari d'Apple, et sept autres logiciels moins connus.

D'après la Commission, 100 millions d'ordinateurs européens sont concernés. Et le dispositif s'appliquera à 30 millions d'ordinateurs supplémentaires par an durant les cinq années où il restera actif.

Parallèlement, les fabricants d'ordinateurs pourront aussi désactiver Internet Explorer dès leur usine et installer un navigateur concurrent.

Prudence

Tout en se félicitant du compromis, les opposants à Microsoft restaient prudents hier en attendant de voir comment il s'appliquait concrètement. Bruxelles exige aussi que Microsoft lui fasse des rapports d'étape réguliers.

Mais Neelie Kroes «espère que la décision d'aujourd'hui clôt un long chapitre dans les relations parfois difficiles entre Microsoft et la Commission, et en ouvre un nouveau, plus positif», a-t-elle dit. Le conseiller juridique de Microsoft, Brad Smith, parle lui aussi de «solution finale pour plusieurs problèmes de concurrence durant depuis longtemps en Europe».

La première offensive de Bruxelles contre Microsoft remonte à près de dix ans. Elle lui a depuis infligé des amendes pour un total de 1,68 milliard d'euros.

Mais pour classer définitivement son dossier, il va encore falloir que Microsoft, réputé pour sa culture du secret, fournisse davantage d'informations techniques sur divers logiciels, dont sa fameuse suite de bureautique Office (contenant Word, Excel, Powerpoint), pour permettre à ses concurrents de développer des produits compatibles («interopérabilité»).

Il a publié hier une nouvelle série d'engagements à cet égard, dont Bruxelles compte «soigneusement examiner l'impact» sur le marché et «prendre les résultats en compte dans son enquête» toujours en cours, selon Neelie Kroes qui évoque une décision courant 2010.
 
 
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