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Les Européens veulent taxer la finance mondiale

L'idée d'instaurer une taxation exceptionnelle sur les primes des banquiers ne fait pas l'unanimité

Bruxelles — Les pays de l'Union européenne poussent pour d'un prélèvement sur les transactions financières au niveau mondial, mais ont plus de mal à s'accorder sur l'idée de taxer les primes des banquiers, que ne goûte guère l'Allemagne.

Dans un texte adopté hier, à l'issue d'un sommet à Bruxelles, les dirigeants européens «encouragent» le Fonds monétaire international (FMI) à «envisager» une taxe mondiale «sur les transactions financières» sur le modèle de la taxe Tobin.

Une façon de rappeler cette idée au FMI, à qui les dirigeants du G20 ont confié en septembre la mission d'étudier une telle taxe. Objectif: explorer les moyens de faire porter aux banques le «fardeau» de leur sauvetage. «Vu ce qui s'est passé dans le secteur financier, personnellement, je pense que ça a du sens que ce secteur, qui a créé de tels problèmes pour notre économie [...] apporte sa contribution à l'économie globale», a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

L'idée a été relancée jeudi par le premier ministre britannique Gordon Brown. Il avait déjà plaidé en faveur de cette idée début novembre. Mais elle semblait avoir fait long feu, en raison de l'opposition des États-Unis, même si Allemands et Français s'y sont montrés favorables.

L'économiste américain James Tobin avait suggéré le premier dans les années 70 une taxe sur les transactions financières pour ralentir la volatilité sur le marché des changes, d'où le nom de «taxe Tobin». L'idée a resurgi avec la crise, avec des modalités et objectifs différents. Aujourd'hui, l'instrument pourrait consister à faire participer les banques au financement de la crise.

Une autre idée mise en avant lors du sommet européen a eu moins de succès, celle soutenue par Gordon Brown et le président français Nicolas Sarkozy pour instaurer une taxation mondiale exceptionnelle sur les primes des banquiers versées en 2009. Elle ne figure pas dans le texte adopté par les chefs d'État et de gouvernement.

Après la décision des autorités britanniques mercredi de taxer à 50 % les primes versées en 2009 par les banques opérant sur leur territoire, la France a annoncé qu'elle appliquerait la même taxation exceptionnelle. «Je vois maintenant tout un tas de déclarations de chefs d'État qui nous rejoindront», a dit M. Sarkozy. «Aujourd'hui, c'est mûr. C'est fait, les esprits ont avancé, et encore une fois nos deux pays sont à la tête du changement», a-t-il ajouté. Le chef du gouvernement britannique a aussi assuré qu'il existait «un soutien croissant à cette mesure».

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, est d'ailleurs allé dans ce sens hier, en appelant les banques à renforcer leurs fonds propres, plutôt qu'à verser des dividendes à leurs actionnaires ou payer des primes à leurs employés.

Mais la chancelière allemande Angela Merkel s'est montrée réservée pour des raisons légales. «Je trouve l'idée séduisante, mais je ne peux pas m'asseoir sur la Loi fondamentale» allemande, qui dit qu'on ne peut pas augmenter l'impôt sur une portion particulière du revenu, a-t-elle dit. «Je ne pense pas que nous pourrons introduire un impôt sur les primes rétroactifs» comme en France, a-t-elle ajouté.

«Je suis néanmoins favorable à ce que nous trouvions des garanties pour empêcher que les contribuables soient à nouveau invités à passer à la caisse quand les banques traversent une crise. Et c'est là qu'intervient la taxe sur les transactions financières», a-t-elle dit. En outre, Berlin va légiférer au printemps prochain pour encadrer les montants des primes.

Banque centrale européenne

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a donc appelé hier les banques à renforcer leurs fonds propres, plutôt qu'à verser des dividendes à leurs actionnaires ou payer des primes à leurs employés, dans un discours à Londres. «J'enjoins les banques à tirer pleinement avantage de la récente amélioration de leur rentabilité pour renforcer leurs capitaux, plutôt que de distribuer une large part de leurs bénéfices ou de payer des niveaux immérités de rémunération ou de primes», a déclaré le président de la BCE, qui s'exprimait lors d'une conférence organisée par le magazine The Economist. «Des bilans renforcés aideront les banques à remplir leur fonction essentielle dans l'économie, c'est-à-dire prêter», a souligné M. Trichet.

Il a rappelé que son institution avait pris des mesures exceptionnelles de soutien au crédit, «pas pour les banques elles-mêmes, mais pour leur permettre de financer l'ensemble de l'économie», et a souligné qu'il était de leur devoir d'assumer cette responsabilité.
 
 
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