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    Le défi du long terme

    Même si Québec réussit à rétablir l'équilibre budgétaire d'ici 2013-2014, il devra le maintenir en dépit du choc démographique

    Même si Québec augmente la TVQ, qu’il réduit d’un milliard ses revenus perdus en évasion fiscale et qu’il réduit la croissance de ses dépenses de 4,7 % à 3,2 % par année, il lui manquera 5 milliards de dollars pour équilibrer son budget de 2013-14.
    Photo: Agence Reuters Mark Blinch Même si Québec augmente la TVQ, qu’il réduit d’un milliard ses revenus perdus en évasion fiscale et qu’il réduit la croissance de ses dépenses de 4,7 % à 3,2 % par année, il lui manquera 5 milliards de dollars pour équilibrer son budget de 2013-14.
    Le gouvernement du Québec n'aura pas le choix de «retourner chaque pierre» pour trouver la façon de rétablir son équilibre budgétaire d'ici 2013-14, prévient l'économiste Luc Godbout. Mais même s'il réussit à gagner ce «sprint», il devra ensuite entreprendre le «marathon» consistant à maintenir cet équilibre à long terme en dépit du choc démographique.

    «Il ne faudrait pas que la récession occulte les autres défis qui attendent les finances publiques dans les prochaines années», a déclaré hier le professeur de politique fiscale à l'Université de Sherbrooke lors d'une conférence organisée par le chapitre montréalais de l'Association des économistes québécois (ASDEQ). «À court terme, on est placé devant le problème de rétablir l'équilibre budgétaire pour l'exercice de 2013-14. Mais il ne faut pas oublier qu'après avoir fait ce sprint-là, il va falloir que l'on ait le souffle long parce que commencera le marathon de maintenir cet équilibre. C'est peut-être là que le plus grand défi commencera.»

    L'économiste a rappelé les grandes lignes du problème. Même si Québec augmente comme prévu la TVQ d'un point de pourcentage, qu'il réduit d'un milliard ses revenus perdus en évasion fiscale, mais surtout, qu'il accomplit l'exploit de réduire la croissance moyenne de ses dépenses de 4,7 % à 3,2 % par année, il lui manquera encore 5 milliards de dollars pour pouvoir équilibrer son budget de 2013-14.

    Oublier les solutions simples

    Si le gouvernement voulait combler ce manque à gagner seulement en réduisant ses dépenses sans toutefois toucher aux budgets de la santé et de l'éducation, qui croissent respectivement de 5,75 % et de 3,76 % chaque année, il faudrait imposer aux autres dépenses des compressions irréalistes de 9,23 % par année, a calculé l'expert.

    Certains diront qu'il suffit d'augmenter les impôts des riches et des corporations, seulement le Québec est déjà l'une des sociétés les plus taxées du monde développé en proportion de la taille de son économie (39,5 % du PIB). Il n'y a qu'en matière de taxe à la consommation qu'il se situe plus bas que la moyenne de l'OCDE, mais même là, il dépasse ses concurrents canadiens et américains.

    Reste les tarifs, notamment ceux d'électricité qui, à 6,87 ¢/kWh pour le secteur résidentiel, sont de 60 % inférieurs à la moyenne de 11,17 ¢/kWh que l'on retrouve dans le reste du Canada. Chaque cent d'augmentation équivaudrait à 1,5 milliard de recettes supplémentaires, dont la moitié devrait venir des revenus d'exportation. Mais même s'il y avait, comme pour la TVQ, des façons de compenser l'impact de ces hausses sur les ménages à plus faibles revenus, tout le monde sait bien comment ce sujet devient rapidement explosif.

    Idéalement, il aurait mieux fallu s'occuper de ces questions durant les années de croissance économique, a remarqué Luc Godbout. On se retrouve aujourd'hui engagé dans un sprint pour rétablir l'équilibre budgétaire qui devra peut-être reposer sur un ensemble de solutions comprenant des réductions de dépenses ainsi que des hausses de tarifs et de la TVQ. «On ne pourra pas faire autrement que de retourner chaque pierre.»

    Dans la m...

    C'est ensuite que commencera le marathon, a-t-il dit. Il faudra entre autres faire face au vieillissement rapide d'une population où les personnes dépendantes de 65 ans et plus ne représenteront plus, comme aujourd'hui, l'équivalent de 23 % des 20 à 64 ans, mais bien de 47 % dès 2041. Le Québec sera même l'une des rares sociétés à voir sa population active de 15 à 64 ans baisser entre 2010 et 2030 de 3,3 %. Dans ce contexte, seule une augmentation importante de la productivité permettra de limiter les dégâts, pour les finances publiques, mais aussi pour l'économie québécoise tout entière.

    La chose est loin d'être gagnée, a souligné hier une autre conférencière, Hélène Bégin, économiste senior au Mouvement Desjardins. Il faudrait que le Québec fasse rapidement passer le taux de croissance de sa productivité de 1 à 2 % par année, alors qu'il n'a atteint ce niveau qu'une seule fois durant les années 1970.

    «On est dans la m... et il faudra travailler fort pour s'en sortir», a résumé l'économiste de l'UQAM, Pierre Fortin. Malgré une richesse collective moins grande que d'autres provinces au Canada, le Québec peut se vanter de belles réalisations en matière notamment d'accès au marché du travail pour les femmes ou de lutte contre la pauvreté, a précisé celui qui a été invité par le ministre des Finances, Raymond Bachand, à faire partie d'un comité d'experts indépendant dans le cadre de ses consultations prébudgétaires, aux côtés de Luc Godbout et de leurs collègues de HEC Montréal et de l'Université de Montréal, Robert Gagné et Claude Montmarquette. «La question est de savoir si ces réalisations sont soutenables. Pour l'instant, ça va. Mais ce n'est pas assuré.»












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