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Publicité - Cossette passe aux Américains

Le Groupe Cosmos jette l'éponge

Le siège social de Cossette, à Montréal
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le siège social de Cossette, à Montréal
Les jeux sont faits. Le Groupe Cosmos a finalement renoncé à acquérir l'agence de communication Cossette. La plus importante entreprise de publicité de propriété canadienne passera donc vraisemblablement entre les mains de la firme américaine Mill Road Capital, au terme d'une course au rachat qui durait depuis juillet.

Cosmos a finalement décidé de ne pas offrir plus que les 8,10 $ par action mis sur la table par son concurrent. Mill Road se portera ainsi acquéreur de l'agence inscrite à la Bourse de Toronto et qui sera privatisée lorsque les actionnaires auront accepté son offre au cours de l'assemblée prévue le 18 décembre.

Jusqu'à présent, le groupe — dirigé par François Duffar, ex-vice-président et ex-président de Cossette, et Georges Morin, ex-vice-président principal — était prêt à débourser 7,87 $ par action. Il se disait cependant en mesure d'offrir lui aussi 8,10 $ s'il pouvait avoir accès aux livres de l'entreprise, ce qui lui a été refusé. En effet, en vertu de l'entente de fusion déjà signée avec la société américaine, Cossette ne pouvait se pencher sur une autre offre que si elle constituait une «proposition supérieure, au sens de l'entente de fusion, ou pourrait raisonnablement y mener».

On avait donc signifié à Cosmos qu'il devait absolument offrir plus que Mill Road pour demeurer dans la course. Le groupe, qui avait jusqu'à hier pour renchérir afin de conserver ses appuis, a décidé de jeter l'éponge, après des mois de lutte. Non sans avoir accusé récemment Cossette de tout faire pour «décourager un groupe qui a une offre sérieuse» en lui refusant l'accès aux livres.

On sentait d'ailleurs que les couteaux volaient bas entre les deux clans depuis le début de cette saga. La mise sur pied de Cosmos découlerait en effet d'une mésentente dans la gestion de Cossette. Une mésentente qui aurait mené aux départs de MM. Duffar et Morin, selon ce qu'a confirmé une source bien au fait du dossier. L'agence a également perdu des contrats importants — dont Bell, Molson et Le Groupe Pages Jaunes —, en plus de devoir affronter une crise économique profonde et d'assister à la diminution de la diffusion publicitaire dans les médias traditionnels. Cossette a en outre déclaré jeudi dernier des pertes de 16,5 millions de dollars lors de son plus récent trimestre.


Beau joueur

Hier, Cosmos s'est néanmoins montré beau joueur. Malgré le fait que «la démarche aura été plus longue que [ce qui était] souhaité et que le résultat n'est pas celui que nous escomptions, nous demeurons convaincus que celui-ci sera bénéfique pour les actionnaires, clients et partenaires de Cossette, de même que pour ces talentueux employés», a déclaré M. Duffar par voie de communiqué.

Les membres du groupe ne repartiront pas non plus les mains vides, puisqu'ils détiennent 18,7 % des actions de l'entreprise. Des actions qui seront vendues 8,10 $, alors qu'elles valaient à peine 2,78 $ en mai. Le titre du publicitaire a en effet bondi depuis juillet, les marchés prévoyant une course au rachat marquée par la surenchère. Il a terminé à 8,09 $ hier à Toronto.

Les dirigeants de Cosmos ont en outre atteint certains de leurs objectifs, selon ce qu'a fait valoir hier leur porte-parole, Sylvia Morin. Ils souhaitaient notamment que Cossette soit privatisée et que les actionnaires fondateurs ne puissent plus exercer de contrôle leur permettant de bloquer quelque offre que ce soit qui serait présentée. Les départs successifs de MM. Duffar et Morin ont justement provoqué la fin de la convention des actionnaires, ce qui a annulé ce contrôle.

Du côté de Cossette, on s'est dit soulagé hier de voir que «cette situation difficile et délicate» est enfin terminée. Son porte-parole, Marcel Barthe, a cependant souligné que le processus de rachat n'est pas terminé puisque la parole est maintenant aux actionnaires, qui devront se prononcer aux deux tiers en faveur de la proposition sur la table.

La proposition hostile déposée par Cosmos le 20 juillet — celle qui a lancé la saga — s'élevait à 4,95 $ par action. La direction de Cossette l'avait qualifiée d'«opportuniste», insistant pour dire qu'elle ne représentait pas «la véritable valeur de l'entreprise». L'agence avait ensuite sollicité d'autres propositions — une vingtaine d'acquéreurs potentiels se sont montrés intéressés — et c'est au terme de ce processus qu'elle a signé une entente de fusion avec Mill Road. L'entente initiale, annoncée le 10 novembre, prévoyait un coût de 7,87 $ l'action, soit 131,5 millions pour le tout. Mais après que Cosmos eut égalé l'offre, la firme du Connecticut a choisi de bonifier la sienne à 8,10 $, ce qui attribue une valeur de près de 135,4 millions de dollars à l'entreprise.

Par ailleurs, même si ce fleuron de l'industrie publicitaire canadienne passe à des mains américaines, la haute direction demeurera en poste et celle-ci pourrait détenir jusqu'à 30 % de l'actionnariat de la nouvelle entité. Le nom de Cossette sera conservé et le siège social restera dans la ville de Québec.
 
 
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  • Bernard Gervais - Abonné
    8 décembre 2009 08 h 57
    Une autre entreprise de plus !
    Je me souviens encore de l'acquisition d'Alcan, pourtant l'un des plus beaux fleurons de notre économie, par le consortium anglo-australien Rio Tinto. C'était quand même dommage.

    Je me rappelle également de celle, par des Américains, de l'entreprise Croc qui m'avait fait un pincement au coeur. Dire que, maintenant, les célèbres sandales de cette compagnie, produites avant au Québec, sont désormais fabriquées au Mexique !

    Et maintenant, c'est le tour de Cossette Communications - l'une de nos meilleures firmes de publicité - de passer aux mains d'intérêts étrangers...

    Quelle sera la prochaine de nos entreprises à connaître un sort semblable ?
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  • Geoffroi - Abonné
    8 décembre 2009 11 h 59
    Tartufferie bourgeoise québécoise
    « Actionnaire : personne morale amorale, affectée d'un trouble oculaire spécifique : dans des comptes financiers, elle ne peut lire que la ligne du bas, celle du résultat. »

    Luc Fayard

    Extrait du Dictionnaire impertinent des branchés
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  • Frédéric Jeanbart - Inscrit
    8 décembre 2009 15 h 53
    Aterrant...
    Bon... Cela veut dire une chose: pour ceux qui font affaire ou surtout comptaient faire affaire avec Cossette, magasinez les firmes québécoises! Nous ne manquons pas de talent, c'est cela qui parle, bien avant le rayonnement d'un actionnariat ou d'un portefeuille! Les gens sont mortels, et c'est bien ainsi, car cela permet de pouvoir chager son fusil d'épaule quand un tel drame se produit.

    Oyé braves capitalistes d'ici, je me répète: magasinez les autres firmes québécoises de communication!!! Vous n'en serez que mieux servi, car comment diable des actionnaires apatrides pourront-ils orienter le style et le contenu en un tel champs d'action, pour une Nation qui ne leur ressemble pas (et qui ne veut pas les copier, car la copie est toujours moins bonne que l'original)?
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