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Perspectives - Tous pour un...

L'idée d'une union monétaire avec les États-Unis est revenue à l'avant-scène. Il appert que la solution pour sauver le secteur manufacturier consiste à fragiliser l'ensemble de l'économie canadienne face aux chocs extérieurs et à la subordonner à la politique monétaire de la Réserve fédérale. On propose de troquer une devise peu représentative, subissant l'influence des matières premières, pour voir le Canada devenir un quelconque 13e district d'une banque centrale extérieure, sans aucune autorité politique.

L'idée d'une devise commune avec les États-Unis a refait surface mardi, lors d'un colloque portant sur la crise manufacturière. Partant de la corrélation observée entre le glissement de l'activité manufacturière et la folle montée du dollar canadien vers la parité avec le billet vert, la conclusion est venue: à défaut de pouvoir endiguer les fluctuations de la devise canadienne, optons pour l'union monétaire.

Certes, la question de la flexibilité d'une monnaie est de première importance pour une économie ouverte comme celle du Canada, qui repose au tiers sur ses exportations. Elle est d'autant plus pertinente que le secteur extérieur compte sur un très grand acheteur. Mais cela dit, une économie ne se résume pas à un compte courant. Et un taux de change ne reflète pas uniquement un jeu d'équilibre importations-exportations.

Déjà, des nuances doivent être apportées à cette corrélation que l'on observe depuis 2002 entre la poussée du dollar canadien et l'état de crise dans le secteur manufacturier. Notamment parce que cette crise renferme les effets d'un secteur forestier aux prises avec de sérieux problèmes structuraux qui débordent de la conjoncture et de l'effet taux de change. Et parce qu'elle a pour toile de fond une Chine particulièrement présente et dynamique, qui provoque de sérieuses distorsions avec une devise indirectement accrochée au billet vert et un taux de change maintenu artificiellement bas.

Aussi, le jeu des devises se veut plus subtil pour les manufacturiers de moyenne et grande taille. On peut penser à un possible effet de substitution, à un déplacement vers d'autres marchés. On peut également croire que ces manufacturiers se retrouvent, sur leur principal marché extérieur, confrontés à des concurrents devant également conjuguer avec un taux de change défavorable. Que dire aussi de ces entreprises manufacturières dont une partie des dépenses est libellée en dollars américains? Ou encore de l'effet adoucisseur d'un dollar fort compensant les fluctuations du prix des entrants sous forme de matières premières et d'énergie? Que penser des gains de productivité et de compétitivité que ces manufacturiers auraient dû obtenir lors de la dernière phase de parité avec le billet vert, sous la forme d'achat d'équipement et de machinerie devenus moins coûteux?

Et puisque la conjoncture prévalant présentement sur le marché des changes est surtout dominée par un recul du billet vert bénéfique à une reprise manufacturière aux États-Unis, que vaut un retour en forme de l'économie américaine pour les manufacturiers canadiens? Et si, par surcroît, ce plongeon du billet vert avait permis d'atténuer les élans protectionnistes au sud de la frontière?

Il faut également remettre en question l'argument voulant que la volatilité d'une monnaie se traduise par des pertes d'investissement. Les investissements vont là où un rendement est possible. Ils se nourrissent de potentialités et de confiance. La volatilité d'une devise n'influence donc pas tant le niveau de ces investissements que le coût lié à leur financement. Cette prime de risque est d'autant plus grande qu'il y a instabilité et imprévisibilité, ce qui n'est pas le cas du dollar canadien.

Donc, avant de vouloir appliquer le remède d'une union monétaire à un secteur manufacturier malade, il faudrait se rappeler que la vigueur du dollar a forcé nombre de PME à s'en remettre au marché intérieur, les mettant ainsi à l'abri de la dernière récession. Qu'à moyen ou long terme, on assiste à la fois à la disparition des entreprises ne devant leur survie qu'à la faiblesse de la devise et à l'adaptation des plus fortes par des gains de productivité et des investissements en machinerie et équipements rendus moins chers. Et celles qui se sont rabattues sur la délocalisation ont déjà joué cette carte.

Surtout, l'histoire est riche en enseignement démontrant le rôle essentiel d'un taux de change flexible, qui consiste à absorber l'impact d'un choc ou d'un déséquilibre extérieur, et prouvant que l'efficacité d'une politique monétaire est amplifiée par la flexibilité de la devise afférente. D'autant qu'une union monétaire avec les États-Unis impliquerait que la politique monétaire serait dictée par la Réserve fédérale américaine, en fonction des impératifs ou réalités économiques purement américains.
 
 
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  • Jean-Claude Cloutier
    Inscrit
    jeudi 3 décembre 2009 16h26
    QUELLE MONNAIE POUR LE QUÉBEC?

    La FTQ recommande d’envisager une union monétaire avec les États-Unis pour éviter aux entreprises canadiennes de subir les fluctuations du taux de change, notamment les hausses du huard qui minent leur compétitivité sur le marché américain. Par un curieux hasard, cette recommandation arrive au moment où autorités russes annoncent leur intention de constituer d’acheter des dollars canadiens afin de diversifier leurs réserves de devises. Si jamais d’autres pays devaient faire, le dollar canadien pourrait renchérir encore par rapport au dollar américain.
    L’idée d’une union monétaire canado-américaine a été évoquée à différentes reprises au cours des dernières années pour résoudre d’autres malaises des économies québécoise ou canadienne. Au début des années 2000, quand le $C dépassait péniblement les 0,60$US, beaucoup de Canadiens plaidaient pour l’union monétaire afin d’éviter l’humiliation d’une chute plus profonde de notre devise et une hausse accrue du coût des séjours en Floride.
    Les autorités monétaires canadiennes n’ont jamais donné suite à ces suggestions. Elles ont invoqué, à juste titre, la perte d’un important outil de stabilisation économique et le fait que l’économie canadienne est structurellement très différente de celle des États-Unis de sorte qu’il y aurait un risque que le nouveau $ canado-américain s’établisse à un cours qui corresponde mal aux besoins de l’économie canadienne. Ironiquement, c’est précisément ce dernier problème que soulève la FTQ mais en l’appliquant à l’économie québécoise. Le cours du dollar canadien, gonflé par le prix du pétrole, est trop élevé compte tenu de la trop faible compétitivité des entreprises québécoises.
    Au cours des années 1980 et 1990, plusieurs observateurs québécois déploraient que le resserrement du crédit opéré par la Banque du Canada pour mater les pressions inflationnistes à Toronto, Calgary ou Vancouver, freine toute velléité de reprise de l’économie québécoise. Bien que différent de la situation dénoncée par la FTQ, ce problème soulevait lui aussi la question de l’adéquation de la zone monétaire à laquelle appartient l’économie québécoise. Idéalement, le Québec devrait avoir sa propre monnaie. Celle-ci s’échangerait avec les autres devises à un taux qui correspondrait à la compétitivité de l’économie québécoise.
    Aussi, la véritable question pour la FTQ comme pour les Québécois devrait être celle de la maîtrise de tous les leviers étatiques.

    Jean-Claude Cloutier
    Québec

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    mardi 8 décembre 2009 03h27
    Si c'est bon pitou, ça devrait être bon pour minou
    Si le Canada croit que c'est important d'avoir une monnaie canadienne afin de la mieux contrôler, pourquoi est-ce que le Québec qui se séparerait du ROC devrait avoir un raisonnement différent genre : Ce n'est pas important d'avoir une monnaie québécoise ?

    L’économie du Québec n’a rien à voir avec celle de l’Alberta…genre.

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