La FTQ envisage l'union monétaire avec les États-Unis
Le syndicat ne s'explique pas «l'indifférence calculée» d'Ottawa et de la Banque du Canada devant les importantes fluctuations du huard
Dénonçant «l'indifférence calculée» de la Banque du Canada devant les ravages causés par l'appréciation du dollar canadien dans le secteur manufacturier, la FTQ se demande s'il ne vaudrait pas mieux passer directement à l'union monétaire avec les États-Unis.
«Quant à nous, la récession et la saignée des emplois dans le secteur manufacturier a commencé dès 2003 avec la hausse fulgurante de notre devise par rapport au dollar américain», a déclaré hier à Montréal le président de la FTQ, Michel Arsenault, lors d'un colloque sur le sujet organisé sous les auspices de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).
Or, si le huard est passé de 64 ¢US à plus d'un dollar en seulement quelques années, et qu'il joue au yo-yo depuis, c'est, selon lui, parce qu'il s'ajuste «artificiellement» aux prix du pétrole des provinces de l'Ouest «au risque d'asphyxier littéralement le secteur industriel de l'Est, avec la complicité bienveillante, sinon l'indifférence calculée de la Banque du Canada». Aussi, a poursuivi Michel Arsenault, «si le gouvernement canadien et sa banque centrale persistent dans leur attitude apparemment fataliste en ce qui concerne les fluctuations de notre monnaie, nous devrons résolument examiner les mérites d'une union monétaire avec les États-Unis».
Actuellement, la Banque du Canada n'a pour seule mission que de jouer avec les taux d'intérêt à court terme afin de maintenir l'inflation au taux cible de 2 % par année. Les seuls moments où elle se préoccupe des taux de change sont lorsque leurs variations sont tellement fortes et brusques qu'elles menacent de faire sortir l'inflation de la fourchette allant de 1 % à 3 %.
Coups de mouchoir
La banque centrale gouvernée par Mark Carney serait de toute manière bien en peine d'essayer d'influencer le cours du dollar canadien avec les réserves de liquidités relativement limitées dont elle dispose. «Son impact durerait tout au plus trois ou quatre heures, a estimé le prévisionniste de la Banque Laurentienne, François Barrière, également présent au colloque. Ça rendrait juste les marchés plus contents parce qu'ils pourraient parier contre le gouvernement.»
L'économiste de l'UQAM Pierre Fortin partage ce point de vue. «Ce serait comme donner un coup de mouchoir», a-t-il résumé. Le problème de la trop grande variation des taux de change au Canada est quand même bien réel, notamment parce qu'elle peut ruiner d'un coup le meilleur projet d'exportation qui soit vers le marché américain. «Si ça continue, il sera de plus en plus difficile de convaincre les investisseurs étrangers de courir le risque de venir s'installer au Canada. Ils préféreront aller directement aux États-Unis.»
C'est la dernière chose que l'on veut voir arriver dans une économie mondiale de plus en plus intégrée, a observé Pierre Fortin. Logiquement, la solution serait que le Canada s'engage vers une union monétaire avec les États-Unis, mais cela n'est pas près d'arriver. Une pareille union entre deux économies de tailles si différentes signifierait pour le Canada pratiquement l'abandon de sa politique monétaire à la Réserve fédérale américaine. «Même si c'est économiquement souhaitable, c'est politiquement impossible.»
Problème grandissant
La pression se fera toutefois de plus en plus forte, a estimé l'économiste de l'Université de Sherbrooke Marc Van Audenrode. L'un des principaux avantages que les économistes voient dans un taux de change flottant est qu'il aide les pays à s'adapter en réduisant le prix de leurs exportations en période de difficultés économiques ou, au contraire, en augmentant leur pouvoir d'achat à l'étranger lorsque l'économie va bien et qu'il faut améliorer sa productivité en investissant dans de nouvelles technologies. «Le problème, au Canada, est que le taux de change n'a rien à voir avec les caractéristiques fondamentales de son économie, a-t-il noté. Il dépend essentiellement de la réalité économique américaine et des prix mondiaux des matières premières.»
Cette volatilité du dollar canadien ne fera que s'aggraver encore, pense Marc Van Audenrode, à mesure que le nombre d'unions monétaires augmentera dans le monde et que les investisseurs auront de moins en moins de devises avec lesquelles jouer. Les entreprises manufacturières ne seront bientôt plus les seules à s'en plaindre, a-t-il ajouté, le secteur des services s'exportant lui aussi de plus en plus.
Un pensez-y-bien
«Prenons bien le temps de réfléchir à ce que l'on souhaite», a mis en garde un autre économiste, de l'Université d'Ottawa celui-là, Mario Seccareccia. Comme l'exemple européen le montre, une union monétaire ne signifie pas seulement la mise en commun des mécanismes de fixation des taux d'intérêt et des taux de change. Elle implique aussi que l'on cède une partie de sa souveraineté en matière de politique fiscale et budgétaire.
«Si c'est cela que l'on veut faire avec les États-Unis, qu'on le dise.» Mais s'il s'agit seulement de réduire les dommages à court terme causés par des taux de change défavorables, il vaudrait mieux, au contraire, se servir de ces pouvoirs fiscaux et budgétaires pour assurer, entre autres, un meilleur partage de la richesse entre les régions du Canada.
En attendant, les entreprises manufacturières n'ont pas d'autre option que d'essayer de contrebalancer l'extrême vigueur du huard en améliorant leur productivité, a observé le nouveau président des Manufacturiers et exportateurs du Québec, Simon Prévost, en guise de conclusion au colloque. «On ne s'attend pas à de grands changements de la politique monétaire à court ou moyen terme. Il faudra faire avec.»
Comme pour lui donner raison, la devise canadienne s'est fortement appréciée hier par rapport au billet vert. Le huard a clôturé la journée à 95,54 ¢US, en hausse de 0,81 ¢.
«Quant à nous, la récession et la saignée des emplois dans le secteur manufacturier a commencé dès 2003 avec la hausse fulgurante de notre devise par rapport au dollar américain», a déclaré hier à Montréal le président de la FTQ, Michel Arsenault, lors d'un colloque sur le sujet organisé sous les auspices de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).
Or, si le huard est passé de 64 ¢US à plus d'un dollar en seulement quelques années, et qu'il joue au yo-yo depuis, c'est, selon lui, parce qu'il s'ajuste «artificiellement» aux prix du pétrole des provinces de l'Ouest «au risque d'asphyxier littéralement le secteur industriel de l'Est, avec la complicité bienveillante, sinon l'indifférence calculée de la Banque du Canada». Aussi, a poursuivi Michel Arsenault, «si le gouvernement canadien et sa banque centrale persistent dans leur attitude apparemment fataliste en ce qui concerne les fluctuations de notre monnaie, nous devrons résolument examiner les mérites d'une union monétaire avec les États-Unis».
Actuellement, la Banque du Canada n'a pour seule mission que de jouer avec les taux d'intérêt à court terme afin de maintenir l'inflation au taux cible de 2 % par année. Les seuls moments où elle se préoccupe des taux de change sont lorsque leurs variations sont tellement fortes et brusques qu'elles menacent de faire sortir l'inflation de la fourchette allant de 1 % à 3 %.
Coups de mouchoir
La banque centrale gouvernée par Mark Carney serait de toute manière bien en peine d'essayer d'influencer le cours du dollar canadien avec les réserves de liquidités relativement limitées dont elle dispose. «Son impact durerait tout au plus trois ou quatre heures, a estimé le prévisionniste de la Banque Laurentienne, François Barrière, également présent au colloque. Ça rendrait juste les marchés plus contents parce qu'ils pourraient parier contre le gouvernement.»
L'économiste de l'UQAM Pierre Fortin partage ce point de vue. «Ce serait comme donner un coup de mouchoir», a-t-il résumé. Le problème de la trop grande variation des taux de change au Canada est quand même bien réel, notamment parce qu'elle peut ruiner d'un coup le meilleur projet d'exportation qui soit vers le marché américain. «Si ça continue, il sera de plus en plus difficile de convaincre les investisseurs étrangers de courir le risque de venir s'installer au Canada. Ils préféreront aller directement aux États-Unis.»
C'est la dernière chose que l'on veut voir arriver dans une économie mondiale de plus en plus intégrée, a observé Pierre Fortin. Logiquement, la solution serait que le Canada s'engage vers une union monétaire avec les États-Unis, mais cela n'est pas près d'arriver. Une pareille union entre deux économies de tailles si différentes signifierait pour le Canada pratiquement l'abandon de sa politique monétaire à la Réserve fédérale américaine. «Même si c'est économiquement souhaitable, c'est politiquement impossible.»
Problème grandissant
La pression se fera toutefois de plus en plus forte, a estimé l'économiste de l'Université de Sherbrooke Marc Van Audenrode. L'un des principaux avantages que les économistes voient dans un taux de change flottant est qu'il aide les pays à s'adapter en réduisant le prix de leurs exportations en période de difficultés économiques ou, au contraire, en augmentant leur pouvoir d'achat à l'étranger lorsque l'économie va bien et qu'il faut améliorer sa productivité en investissant dans de nouvelles technologies. «Le problème, au Canada, est que le taux de change n'a rien à voir avec les caractéristiques fondamentales de son économie, a-t-il noté. Il dépend essentiellement de la réalité économique américaine et des prix mondiaux des matières premières.»
Cette volatilité du dollar canadien ne fera que s'aggraver encore, pense Marc Van Audenrode, à mesure que le nombre d'unions monétaires augmentera dans le monde et que les investisseurs auront de moins en moins de devises avec lesquelles jouer. Les entreprises manufacturières ne seront bientôt plus les seules à s'en plaindre, a-t-il ajouté, le secteur des services s'exportant lui aussi de plus en plus.
Un pensez-y-bien
«Prenons bien le temps de réfléchir à ce que l'on souhaite», a mis en garde un autre économiste, de l'Université d'Ottawa celui-là, Mario Seccareccia. Comme l'exemple européen le montre, une union monétaire ne signifie pas seulement la mise en commun des mécanismes de fixation des taux d'intérêt et des taux de change. Elle implique aussi que l'on cède une partie de sa souveraineté en matière de politique fiscale et budgétaire.
«Si c'est cela que l'on veut faire avec les États-Unis, qu'on le dise.» Mais s'il s'agit seulement de réduire les dommages à court terme causés par des taux de change défavorables, il vaudrait mieux, au contraire, se servir de ces pouvoirs fiscaux et budgétaires pour assurer, entre autres, un meilleur partage de la richesse entre les régions du Canada.
En attendant, les entreprises manufacturières n'ont pas d'autre option que d'essayer de contrebalancer l'extrême vigueur du huard en améliorant leur productivité, a observé le nouveau président des Manufacturiers et exportateurs du Québec, Simon Prévost, en guise de conclusion au colloque. «On ne s'attend pas à de grands changements de la politique monétaire à court ou moyen terme. Il faudra faire avec.»
Comme pour lui donner raison, la devise canadienne s'est fortement appréciée hier par rapport au billet vert. Le huard a clôturé la journée à 95,54 ¢US, en hausse de 0,81 ¢.
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