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Entretiens Jacques-Cartier - La crise économique a-t-elle guéri le capitalisme?

Les opinions divergent, mais les charges contre le «capitalisme financier» se multiplient

Photo : Agence Reuters
Lyon — La crise économique a été telle qu'«une partie importante de la problématique du monde de la finance va se régler d'elle-même». C'est ce qu'a déclaré Robert Tessier, de la Caisse de dépôt et placement du Québec, hier à Lyon, lors d'un grand débat des Entretiens Jacques-Cartier intitulé Finances et solidarité: agir maintenant, agir ensemble. Les perturbations économiques ont été telles qu'une sorte de purge a eu lieu, a déclaré en substance le président du conseil d'administration de cette organisation qui a perdu 40 milliards en 2008.

Les acheteurs, devenus très prudents, ne prendront plus des risques extrêmes comme ceux qu'ont représentés les fameux edge funds. «Aujourd'hui, quand on fait un investissement, on veut à coup sûr s'assurer du détail de la structure de l'investissement qu'on fait et de ses éléments sous-jacents», a opiné M. Tessier.

Le gestionnaire québécois a rapidement été contredit par Alain Mérieux, homme d'affaires lyonnais appartenant à la célèbre famille reine de l'industrie pharmaceutique. M. Mérieux a dit ne pas du tout partager l'espoir de M. Tessier. Il constate que «rien n'a changé sur le fond dans la grande finance internationale». Les financiers continuent de vouloir faire des «profits à court terme» et «spéculent sur à peu près tout».

Animateur du débat, le directeur du Devoir, Bernard Descôteaux, avait d'entrée de jeu comparé la crise à une «pandémie contre laquelle on cherchait un vaccin». Alain Mérieux, vétérinaire, a repris la métaphore à son compte en la poussant plus loin, au sujet de la finance internationale: «Un gros avantage aux médecines vétérinaires, c'est que lorsqu'il y a une contamination, on isole et on abat. Et après on vaccine et on repart. Ce qui est assez difficile à faire dans le monde financier... Il y aurait besoin de cette approche thérapeutique, un peu violente, que nous donne l'art vétérinaire. Ça purgerait et ça permettrait de repartir d'une façon plus saine.»

Cette façon de voir n'a pas fait l'unanimité dans le panel, mais les charges contre le «capitalisme financier» ont été nombreuses lors des échanges qui se tenaient paradoxalement dans la fastueuse salle de l'ancienne Bourse de Lyon, édifice maintenant occupé par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI). Dans son allocution d'ouverture, le président de la CCI, Guy Mathiolon, a soutenu que l'on venait de vivre la «revanche de l'économie réelle». Il a appelé de ses voeux l'émergence d'«un capitalisme responsable».

Pour Nora Berra, secrétaire d'État chargée des Aînés dans le gouvernement français, la crise a été «le signe d'un manque de solidarité parce que nous manquons d'imagination et d'ambition à la hauteur des enjeux du monde». Pour éviter qu'une autre vague de «capitalisme à outrance» ne revienne faire des ravages, il faudrait à ses yeux «construire un système de solidarité à l'échelle mondiale qui puisse accompagner la globalisation économique, la stabiliser et lui donner un sens».

Mais Sophie Brochu, présidente et chef de la direction de Gaz Métro, a émis un bémol sur l'utilisation du mot «solidarité» dans les relations Nord-Sud: «On confond souvent les choses quand on parle de solidarité mondiale. L'Afrique n'a pas besoin de solidarité, elle a besoin de justice. Quand un pays européen — on ne le nommera pas — va surpêcher sur les côtes de l'Afrique et empêche les villages côtiers de s'y nourrir pour après revenir et dire "on va vous aider à construire vos routes", c'est gentil... mais c'est zéro.»
 
 
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  • richardle - Abonné
    1 décembre 2009 09 h 19
    Ça fait peur
    Ce n'est pas rassurant pour les déposants de la Caisse de voir que son actuel président du c.a. fait partie des adeptes de la secte économique du Grand Réjoui .
    Les membres de ce petit groupe jovialiste et composé de dirigeants auto-proclamés ou cooptés pensent, qu'après le grand nettoyage de la dernière crise financière, c'est à leur tour de jouer dans le bac et de se monter des châteaux avec notre sable... en attendant la prochaine averse.
    Richard Lépine
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