Perspectives - 1999
L'OMC ne s'est toujours pas remise du choc de Seattle. Ces dix années d'impasse réjouiront ceux qui l'accusent d'être en grande partie responsable des pires travers de la mondialisation, mais la recherche de solutions à ces travers ne sera pas plus facile.
L'événement a pris un caractère presque mythique au sein du mouvement altermondialiste. La fameuse «bataille de Seattle» a eu lieu du 30 novembre au 3 décembre 1999. Elle a opposé plusieurs dizaines de manifestants aux matraques et aux gaz lacrymogènes des forces de l'ordre et aurait fait capoter la 3e conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui se tenait au mê-me moment derrière les murs du Civic Center.
On a appris plus tard que la réunion se serait probablement conclue par un échec de toute manière tellement l'écart entre les représentants des pays du Nord et du Sud était grand. Mais ça ne fait rien. L'événement allait mener à bien d'autres manifestations, notamment à Québec en 2001, mais aussi à la création du fameux Forum social de Porto Alegre. Il allait aussi forcer l'OMC à revoir sa copie et à revenir, deux ans plus tard, à Doha, avec un cycle de négociations censé répondre prioritairement aux besoins de développement des pays du Sud.
L'OMC en sera rendue, ces trois prochains jours, à Genève, à sa 7e conférence ministérielle sans qu'aucune entente soit encore en vue. On en est même tellement loin que l'on a renoncé d'avance à y tenir la moindre négociation formelle.
À en croire les observateurs, c'est du côté de Washington que l'on sentirait un manque de volonté politique ces temps-ci, l'administration Obama estimant avoir déjà plus que son lot de dossiers difficiles. Avant cela, c'était l'Europe qui traînait les pieds dans le dossier agricole, ou l'Inde qui réclamait des exceptions, ou encore un autre qui avait ses raisons.
Ce genre de négociations n'a jamais été facile. Les règles de l'OMC supposent que tous les pays membres en arrivent à un consensus. Le cycle de négociations précédent (celui de l'Uruguay) avait pris presque huit ans. Il y avait 123 membres à l'époque. Ce nombre était rendu à 135 à Seattle. On en compte aujourd'hui 153 et 28 autres qui attendent la permission d'entrer.
Le nombre de membres n'est pas tout. L'ancêtre de l'OMC, le GATT, était dominé par les pays développés et s'en était tenu à des sujets de négociation relativement simples, comme le commerce des biens. Aujourd'hui, il n'y a pas que les États-Unis, l'Europe et le Japon qui doivent s'entendre ensemble. Ils doivent aussi composer avec de nouvelles puissances très différentes d'eux, comme la Chine, l'Inde et le Brésil, ainsi qu'avec une pléthore d'autres pays du Sud qui n'ont pas les mêmes intérêts que ces économies émergentes et qui ont appris à se défendre. Tout ce beau monde discute de sujets aussi complexes et minés que l'agriculture, les services, les contrats publics et la propriété intellectuelle.
D'autres facteurs sont aussi venus compliquer les choses. Contrairement aux années 90, la mondialisation et la libéralisation des échanges n'apparaissaient plus aux élites et au grand public comme des phénomènes presque inéluctables. La terrible question de la réduction des gaz à effet de serre s'est aussi invitée dans la difficile recherche d'un compromis. La crise alimentaire a ressorti des boules à mites le concept de souveraineté alimentaire. Et il y a évidemment la crise économique qui n'a pas fini de titiller nos vieux démons du protectionnisme, mais qui a surtout jeté un sérieux doute sur toutes les façons de faire depuis 30 ans.
La recherche de règles
Tout cela n'a pas empêché le volume des échanges entre les pays de continuer de croître de façon accélérée ces dernières années. La crise mondiale a bien provoqué une chute spectaculaire de 20 % du commerce mondial en l'espace de seulement six mois, mais le mouvement s'est renversé, cet été, et l'on assiste à un retour graduel à la normale.
Toute cette nouvelle activité peut être laissée aux seules forces du marché ou faire l'objet d'une forme ou l'autre d'encadrement. À ce titre, on a le choix entre se fier aux règles existantes ou en trouver de meilleures.
À défaut de progrès, ces dix dernières années à l'OMC, plusieurs pays ont opté pour la négociation d'accords bilatéraux et régionaux. Leur nombre n'a pas cessé d'augmenter, au point qu'il ne s'en est jamais autant signé (35) que l'année dernière. De telles ententes ont toutefois plusieurs désavantages dont le plus grand est de conférer aux pays les plus puissants un pouvoir de négociation démesuré par rapport aux autres.
Certains auront du mal à s'émouvoir des embûches rencontrées par une institution que l'on présente souvent comme la plus puissante sur la scène internationale. Mais cette histoire n'est pas seulement celle du commerce mondial et de l'OMC. Elle en dit beaucoup aussi sur la nature et l'ampleur des difficultés auxquelles sont confrontés les nombreux autres domaines requérant un encadrement international et ne bénéficiant généralement pas du même degré d'appui des gouvernements que le commerce. Des causes comme la lutte contre les gaz à effet de serre, la défense des droits des travailleurs ou encore le resserrement des règles de la finance internationale.
L'événement a pris un caractère presque mythique au sein du mouvement altermondialiste. La fameuse «bataille de Seattle» a eu lieu du 30 novembre au 3 décembre 1999. Elle a opposé plusieurs dizaines de manifestants aux matraques et aux gaz lacrymogènes des forces de l'ordre et aurait fait capoter la 3e conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui se tenait au mê-me moment derrière les murs du Civic Center.
On a appris plus tard que la réunion se serait probablement conclue par un échec de toute manière tellement l'écart entre les représentants des pays du Nord et du Sud était grand. Mais ça ne fait rien. L'événement allait mener à bien d'autres manifestations, notamment à Québec en 2001, mais aussi à la création du fameux Forum social de Porto Alegre. Il allait aussi forcer l'OMC à revoir sa copie et à revenir, deux ans plus tard, à Doha, avec un cycle de négociations censé répondre prioritairement aux besoins de développement des pays du Sud.
L'OMC en sera rendue, ces trois prochains jours, à Genève, à sa 7e conférence ministérielle sans qu'aucune entente soit encore en vue. On en est même tellement loin que l'on a renoncé d'avance à y tenir la moindre négociation formelle.
À en croire les observateurs, c'est du côté de Washington que l'on sentirait un manque de volonté politique ces temps-ci, l'administration Obama estimant avoir déjà plus que son lot de dossiers difficiles. Avant cela, c'était l'Europe qui traînait les pieds dans le dossier agricole, ou l'Inde qui réclamait des exceptions, ou encore un autre qui avait ses raisons.
Ce genre de négociations n'a jamais été facile. Les règles de l'OMC supposent que tous les pays membres en arrivent à un consensus. Le cycle de négociations précédent (celui de l'Uruguay) avait pris presque huit ans. Il y avait 123 membres à l'époque. Ce nombre était rendu à 135 à Seattle. On en compte aujourd'hui 153 et 28 autres qui attendent la permission d'entrer.
Le nombre de membres n'est pas tout. L'ancêtre de l'OMC, le GATT, était dominé par les pays développés et s'en était tenu à des sujets de négociation relativement simples, comme le commerce des biens. Aujourd'hui, il n'y a pas que les États-Unis, l'Europe et le Japon qui doivent s'entendre ensemble. Ils doivent aussi composer avec de nouvelles puissances très différentes d'eux, comme la Chine, l'Inde et le Brésil, ainsi qu'avec une pléthore d'autres pays du Sud qui n'ont pas les mêmes intérêts que ces économies émergentes et qui ont appris à se défendre. Tout ce beau monde discute de sujets aussi complexes et minés que l'agriculture, les services, les contrats publics et la propriété intellectuelle.
D'autres facteurs sont aussi venus compliquer les choses. Contrairement aux années 90, la mondialisation et la libéralisation des échanges n'apparaissaient plus aux élites et au grand public comme des phénomènes presque inéluctables. La terrible question de la réduction des gaz à effet de serre s'est aussi invitée dans la difficile recherche d'un compromis. La crise alimentaire a ressorti des boules à mites le concept de souveraineté alimentaire. Et il y a évidemment la crise économique qui n'a pas fini de titiller nos vieux démons du protectionnisme, mais qui a surtout jeté un sérieux doute sur toutes les façons de faire depuis 30 ans.
La recherche de règles
Tout cela n'a pas empêché le volume des échanges entre les pays de continuer de croître de façon accélérée ces dernières années. La crise mondiale a bien provoqué une chute spectaculaire de 20 % du commerce mondial en l'espace de seulement six mois, mais le mouvement s'est renversé, cet été, et l'on assiste à un retour graduel à la normale.
Toute cette nouvelle activité peut être laissée aux seules forces du marché ou faire l'objet d'une forme ou l'autre d'encadrement. À ce titre, on a le choix entre se fier aux règles existantes ou en trouver de meilleures.
À défaut de progrès, ces dix dernières années à l'OMC, plusieurs pays ont opté pour la négociation d'accords bilatéraux et régionaux. Leur nombre n'a pas cessé d'augmenter, au point qu'il ne s'en est jamais autant signé (35) que l'année dernière. De telles ententes ont toutefois plusieurs désavantages dont le plus grand est de conférer aux pays les plus puissants un pouvoir de négociation démesuré par rapport aux autres.
Certains auront du mal à s'émouvoir des embûches rencontrées par une institution que l'on présente souvent comme la plus puissante sur la scène internationale. Mais cette histoire n'est pas seulement celle du commerce mondial et de l'OMC. Elle en dit beaucoup aussi sur la nature et l'ampleur des difficultés auxquelles sont confrontés les nombreux autres domaines requérant un encadrement international et ne bénéficiant généralement pas du même degré d'appui des gouvernements que le commerce. Des causes comme la lutte contre les gaz à effet de serre, la défense des droits des travailleurs ou encore le resserrement des règles de la finance internationale.
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