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Libre opinion - Ici gît l'or des autres, pour mon plus grand malheur

Angèle Germain - Val-d'Or  23 novembre 2009  Actualités économiques
Je suis née à Malartic, rue Wolfe. J'ai 49 ans, et la majorité de ma vie s'est déroulée à Malartic. Mais la compagnie minière Osisko est arrivée chez nous en 2005 et a bouleversé ma vie et celle de toute ma grande famille établie depuis quatre générations dans cette municipalité. J'ai vendu ma maison d'Osisko le 1er octobre 2009.

Ma maison n'a pourtant jamais été vraiment à vendre. J'ai été forcée de m'en départir après avoir espéré jusqu'au bout que l'on pourrait rester chez nous. Nous nous sommes battus pour y demeurer, car nous étions bien avec notre pin, notre bouleau et nos érables, notre famille et nos amis. Nous étions tellement bien chez nous.

Notre maison n'était pas à vendre, elle ne l'a jamais été. Nous l'avons vendue et nous avons quitté notre ville; avions-nous le choix? Osisko en exploitation a rendu et rendra la ville invivable. Si je pouvais revivre dans ma maison, dans mon quartier, sans hésiter, je redonnerais son argent à Osisko, et je retrouverais mon passé, ma vie, mon bonheur. J'étais heureuse dans ce quartier où je suis née.

Je ne suis pas la seule de ma famille à être triste. La maison familiale habitée par mes parents où sont passées trois générations depuis 49 ans a été détruite. La maison de ma s¶ur a été détruite, la maison de mon frère a été détruite, des maisons pourtant «déménageables». Ma maison a connu le même sort, nous l'avions bien entretenue, en avions pris soin, elle était belle. Elle a été détruite en vingt minutes. Il paraît que la compagnie minière démolit des «cabanes»? Je m'excuse, mais ma maison, celle de ma s¶ur et de mon frère étaient belles, solides, bien entretenues. Osisko ne dit pas et ne montre pas toute la vérité. Elle a démoli de belles et bonnes maisons, pourquoi? Par économie, pour gagner du temps?

Avec la disparition du quartier sud de Malartic, cette ville a perdu son âme, celle de son histoire, de ses origines. Je ne reconnais plus ma ville aujourd'hui et je suis désolée et inquiète. Très inquiète pour ce qui se passe au Québec. Le gouvernement a permis qu'une compagnie minière s'installe dans ma ville avant même d'avoir son permis d'exploitation. La population a été laissée à elle-même, le conseil municipal s'est rangé du côté de la compagnie minière nous laissant seuls et nous méprisant lorsque nous osions le questionner.

Le conseil municipal, ses maires et ses conseillers municipaux, ses employés, m'ont profondément déçue et m'ont fait perdre toute confiance dans le pouvoir politique, et à tous les niveaux. La population a été laissée à elle-même, la compagnie minière a pu s'installer sans que la Ville informe la population sur les droits qu'elle avait au regard de la Loi sur les mines.

Quelle Loi sur les mines! Pour nous, une véritable claque en plein visage que de comprendre cette loi! La compagnie minière a le droit de t'exproprier parce que ta maison est assise sur une mine d'or. Quelle malchance, en vérité, que d'être assise sur de l'or! La Loi sur les mines leur donne tous les droits, avant même les lois foncières.

Et moi qui croyais que le Québec était libre et démocratique! Je suis tombée bien bas. Quels sont mes droits au juste? Ma maison repose, pour mon plus grand malheur, sur une richesse qui ne m'appartient pas. Elle appartient à tous, apparemment, surtout aux minières, mais pas à moi. Ici gît l'or des autres, pour mon plus grand malheur.

Pas de ressources, personne à qui pouvoir se référer. Le conseil municipal ne répond pas aux questions, fait même venir la police au cas où ça brasserait. Et dire que, nous, simples citoyens, cherchions seulement de l'aide pour demeurer chez nous.

Cette compagnie a dû payer une fortune pour sa campagne de publicité, d'information et de sensibilisation. Je ne sais plus comment appeler cette opération séduction qui frise la propagande! Cela a bien fonctionné, et même à merveille. Le nom d'Osisko est partout dans la ville, même sur les lampadaires. Tout autour, beaucoup de gens en ont perdu leur sens critique et des valeurs. Comment peut-on en arriver là? Comment une compagnie minière peut-elle avoir tant de pouvoir sur une population?

Les audiences du BAPE nous avaient redonné de l'espoir. Mais pour très peu de temps. Pendant que se tenaient ces audiences, Osisko déplaçait des maisons. À croire que le permis d'exploitation était déjà dans leurs poches. Nos espoirs et nos illusions venaient de tomber. [...]

Je ne pensais jamais vivre cela, même dans mes pires cauchemars. Mais c'est arrivé au Québec, dans mon pays, dans ma ville, moi qui croyais vivre en terre privilégiée. Mon opinion a changé. Monsieur Jean Charest, permettez-moi de vous dire que je ne voterai pas pour vous parce que c'est votre gouvernement qui a donné ce permis d'exploitation pour mon plus grand malheur et celui de toute ma grande famille. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour dénoncer ce régime qui permet à une compagnie minière de tasser des gens et les déraciner.

J'espère surtout que cette Loi sur les mines sera modifiée, car maintenant je comprends pourquoi les compagnies minières affirment que le Québec est un paradis pour elles. Mon histoire me l'a prouvé. Les compagnies font ce qu'elles veulent, au détriment de la population.
 
 
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    jeudi 26 novembre 2009 08h03
    Merci Mme Germain
    Vous avez exprimé avec beaucoup de justesse les émotions vécues par
    beaucoup de citoyens expropriés. La compagnie minière ne veut pas utiliser ce
    mot "expropriés". Mais c'est bien la triste réalité. Nous avons été forcés d'évacuer les lieux, de signer des ententes dites "de gré à gré" avec la minière
    sinon, c'était l'expropriation officielle , bien orchestrée et avec la complicité
    du conseil municipal qui a fait preuve d'un "àplatventrisme" sans précédent .
    Même la Chambre de Commerce de Vald'Or a donné son appui à la compagnie Osisko , avant même d'avoir pris connaissance des dangers pour l'environnement soulevés lors des audiences du BAPE., se déshonorant par le fait même ...

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