samedi 4 février 2012 Dernière mise à jour 00h43
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Leo Gerard au Devoir - Les États-Unis et le Canada devraient s'inspirer du Québec

Leo Gerard est président international des Métallos, le plus grand syndicat industriel américain.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Leo Gerard est président international des Métallos, le plus grand syndicat industriel américain.
Les États-Unis et le reste du Canada auraient beaucoup à apprendre du Québec, pense le président du plus grand syndicat industriel américain, Leo Gerard. Ils auraient grand intérêt aussi à se montrer plus fermes en matière de commerce, et à s'inspirer des pays émergents dans leur défense des secteurs des matières premières et de la production manufacturière.

Ted Kennedy avait invité ce jour-là le président international des United Steelworkers à aller marcher avec lui. L'influent sénateur démocrate voulait qu'on lui explique comment le Code du travail du Québec fonctionnait exactement.

«Je dois avouer que c'était quelque chose, pour moi, de pouvoir parler du système québécois à celui qu'on surnommait "le lion du Congrès"», a raconté au Devoir le Franco-Ontarien Leo Gerard à l'occasion de l'assemblée annuelle du syndicat des Métallos qui se tenait à Laval cette semaine. «Au début, il avait du mal à croire que ça pouvait marcher. En fin de compte, le projet qu'il a présenté au Congrès était presque pareil à la loi québécoise.»

Plus de deux ans plus tard, la réforme en question fait toujours l'objet de tractations. Dans un pays où le taux de syndicalisation n'est que de 12 % (contre 40 % au Québec) et où il continue de reculer, l'Employee Free Choice Act vise notamment à mettre en place un processus d'accréditation moins favorable aux employeurs et à forcer ces derniers à négocier une fois ce processus complété.

«Je suis bien fier d'avoir des racines québécoises, dit l'ancien ouvrier de la fonderie de nickel Inco, à Sudbury, dans son français un peu rouillé. Le modèle québécois recherche toujours le moyen d'avoir un développement économique et social équilibré qui tient compte des uns et des autres. Le Québec est aussi un des seuls en Amérique du Nord à n'avoir jamais oublié l'importance du secteur manufacturier. Ce n'est pas le paradis, mais c'est bien mieux que l'Alabama ou la Virginie occidentale.»

«Buy Canadian Act»

Le colosse de 62 ans a gravi un à un les échelons de ce qu'on appelle ici le syndicat des Métallos, jusqu'à en devenir le président international en 2001. Considérés comme le plus grand syndicat du secteur industriel aux États-Unis, avec 1,2 million de membres, les Métallos sont aux avant-postes de la lutte contre le libre-échange tel qu'il se pratique actuellement.

«La clause Buy American, c'est notre idée», dit fièrement Leo Gerard. Son syndicat s'est aussi prévalu de son droit de déposer une plainte devant les tribunaux commerciaux américains pour forcer Washington à lever une taxe punitive de 35 % sur les importations de pneus fabriqués en Chine. On s'était déjà attaqué aux importations d'acier auparavant. On serait aussi en bonne voie d'obtenir des sanctions contre le papier chinois et indonésien. «On cherche actuellement des villes aux États-Unis qui feraient de bons cas pour faire la preuve des dommages causés par la manipulation des taux de change dans des pays comme la Chine et le Japon, ajoute-t-il. Si on arrive à ouvrir ce panier-là, on va avoir du fun.»

Le chef syndical se défend bien d'avoir succombé aux démons du protectionnisme au détriment notamment des travailleurs qui se trouvent juste de l'autre côté de la frontière. «Nos actions ne visent pas le Canada. Elles visent les pays qui ont recours à des pratiques déloyales.»

Si le gouvernement canadien se tenait un peu plus debout, ou si les syndicats canadiens avaient, comme aux États-Unis, le pouvoir d'en appeler directement à leurs tribunaux commerciaux pour forcer le gouvernement d'agir, le Canada aurait aussi sa clause Buy Canadian et ses sanctions contre les pneus chinois, dit-il. Il ne resterait plus ensuite, au Canada, qu'à convenir de règles particulières plus souples avec les États-Unis.

Le modèle chinois

Mais Ottawa se contrefiche pas mal de la crise que traverse depuis des années le secteur manufacturier au pays, dénonce-t-il dans le langage coloré propre aux chefs syndicaux. «Le gouvernement Harper fait... comment on dit en français... "fuck all". Il n'aurait rien fait non plus pour aider le secteur de l'auto si le gouvernement américain ne l'avait pas forcé.»

Cette situation est d'autant plus déplorable, selon lui, que la crise économique a une fois de plus démontré l'importance pour un pays de ne pas s'en remettre seulement au secteur des services et de conserver des industries traditionnelles fortes. Ce n'est pas un hasard, dit-il, si la Chine, l'Inde, le Japon, le Brésil ou la Corée s'en sont tellement mieux tirés que les autres. Ils ont su protéger et développer leur secteur manufacturier.

«Vous essayerez d'acheter une compagnie d'acier en Chine ou au Brésil. Vous allez voir que ce ne sera pas facile ou que ça viendra avec beaucoup de conditions. Ici, c'est le contraire. On laisse tout aller. Avant, on se plaignait à Sudbury de voir nos ressources et notre travail aller enrichir Toronto. Aujourd'hui, ça ne passe même plus par Toronto, ça va directement à Rio de Janeiro.»

En attendant Obama

Aux États-Unis, Leo Gerard jure ne pas en vouloir au nouveau président Obama si peu de progrès ont été réalisés depuis son élection. Il fait ce qu'il peut, dit-il, avec une opposition républicaine qui a pour seul projet politique de le faire tomber au plus vite et des groupes de pression incroyablement puissants. «Le président du comité sénatorial des finances est le sénateur du Montana, Max Baucus, dit-il en guise d'exemple. La population du Montana est plus petite que celle de la ville de Montréal, mais il a quand même une caisse électorale de 7 millions, dont trois viennent de l'industrie de la santé et de l'assurance. Ce n'est pas étonnant que la réforme du système de santé n'aille pas vite!»

Quant à la promesse de Barack Obama de rouvrir l'ALENA pour y renforcer les dispositions protégeant les droits des travailleurs et l'environnement, il dit avoir compris dès le début que ce n'était que des paroles en l'air de politicien en campagne électorale.

En attendant, les Métallos multiplient les «alliances stratégiques» avec les syndicats d'autres pays développés, notamment avec le plus grand syndicat britannique (UNITE), qui compte plus de deux millions de membres. Ces rapprochements ont entre autres permis de présenter une position commune à la dernière réunion du G20, à Pittsburgh.

Des ponts ont aussi été jetés vers les travailleurs des économies émergentes. Les syndicats représentant l'ensemble des employés du géant de l'acier ArcelorMittal se sont ainsi donné un comité commun en matière de santé et sécurité au travail. Passés sous la coupe de la brésilienne Vale, les employés de l'ancienne compagnie Inco, à Sudbury, se sont aussi trouvé des alliés à l'autre bout de l'hémisphère. «Une délégation de travailleurs brésiliens et de Sudbury témoignait justement devant le Sénat brésilien cette semaine», disait fièrement jeudi le fils de la place.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Eric Allard
    Abonné
    samedi 21 novembre 2009 08h46
    Le modele québécois?
    C'est intéressant qu'un syndicaliste parle du modele québécois, le seul modele syndicaliste anti-démocratique en Amérique du Nord.

    Le jour ou les syndicats accepteront qu'un vote des employés (vote secret) remplace le systeme de cartes actuel pour l'entrée d'un syndicat dans une entreprise, on pourra parler d'un syndicalisme intéressant.

    Évidemment, le systeme de cartes peut servir a valider aupres de l'employeur la volonté des employés a se prononcer par vote sur la syndicalisation, et alors forcer la tenue d'un tel vote, selon des regles claires.

    Eric Allard

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    samedi 21 novembre 2009 10h02
    @Allard
    Le vote secret n'a rien d'anti-démocratique... Au Québec l'anti-syndicalisme est à la mode tout comme l'anti-intellectualisme. Belle façon de se tirer dans le pied comme une bonne société aliénée....

  • Tremblay Anne
    Inscrit
    samedi 21 novembre 2009 11h46
    Bonjour l'intimidation
    Ben voyons, quand il y a des votes, le boss fait tout pour intimder, il met du monde dehors.

    C'est bien de voir du monde qui se tient debout devant les grosses multinationales pis qui protège les jobs C'est assez de se faire manger la laine sur le dos pis de laisser les jobs partir ailleurs.

  • Eric Allard
    Abonné
    lundi 23 novembre 2009 08h29
    Mon intervention
    C'est exactement ce que j'affirmais, que le vote secret était le plus démocratique. D'une part, il empêche l'employeur de faire pression car en définitive il ne peut savoir qui a voté quoi. Et surtout, il abolit le systeme actuel des cartes qui est, lui, completement anti-démocratique.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012