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Le sans-fil manque de concurrence

Charles Sirois
Photo : - Le Devoir
Charles Sirois
Il n'y pas assez de concurrence dans l'industrie canadienne de la téléphonie sans-fil et c'est une raison pour laquelle les prix sont si élevés ici comparativement à d'autres pays avancés, a estimé hier l'entrepreneur Charles Sirois lors d'un rare discours.

Ancien actionnaire de Microcell, laquelle a mis au monde la marque Fido à une autre époque, M. Sirois espère que les prochaines années verront la naissance d'entreprises de télécommunications qui seront capables de chauffer les gros joueurs déjà présents.

«Il y a manifestement un manque de concurrence. Comme consommateurs, on paie très cher. C'est un oligopole à trois, a dit M. Sirois en marge d'un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Ça entraîne un manque d'innovation. C'est notamment dû au fait que Microcell a été intégré au sein d'un autre groupe [Rogers]. Alors, il va falloir d'autres concurrents de taille.»

Microcell a subi une importante restructuration en 2003 qui a vu ses actionnaires, dont le holding de Charles Sirois, Télésystème, perdre la presque totalité de leur participation au profit des créanciers. En 2004, la compagnie a fait l'objet d'une lutte entre Telus et Rogers, qui a remporté la mise.

Après toutes ces années, selon M. Sirois, «une compagnie comme Vidéotron va générer plus de concurrence au Québec». L'an dernier, la société a acquis du spectre lors des enchères de licences de sans-fil organisées par le Conseil de la radiodiffusion et de télécommunications canadiennes (CRTC). Présentement, Vidéotron utilise le réseau de Rogers.

Un autre nouveau joueur qui a mis la main sur des licences, Globalive, a de gros problèmes depuis que le CRTC a refusé d'approuver sa structure d'entreprise. Globalive, sur le point de lancer son service sous la marque WIND Mobile, a pour principal bailleur de fonds le géant égyptien Orascom. Selon le CRTC, cela fait en sorte qu'elle contrevient aux règles encadrant les niveaux de propriété des compagnies canadiennes de télécommunications. «Les règles du jeu étaient claires, a dit M. Sirois, qui ne souhaite pas investir dans le secteur. C'est à Globalive de réajuster sa propriété. Est-ce que la loi a du sens? C'est un autre débat.»

L'allocution de M. Sirois a porté entre autres sur le fait que «l'économie réelle est maintenant au service des marchés financiers», alors que «ça devrait être l'inverse». Il faut allonger les périodes d'évaluation des entreprises, a-t-il dit, car l'obsession du court terme et des rendements trimestriels comporte des risques.

M. Sirois, qui est demeuré très discret depuis que son holding privé Télésystème s'est retiré de la Bourse, recommence lentement à se montrer sous les projecteurs. «Puisque je suis maintenant président du conseil d'une banque cotée en Bourse [la Banque CIBC] je dois parler, exprimer mon rôle à ce niveau-là», a-t-il ajouté.

Les caisses de retraite

M. Sirois a pris du temps, dans son discours, pour remettre en question l'importance que les caisses de retraite accordent à la performance. Sans nommer la Caisse de dépôt et placement du Québec, dont le président du conseil, Robert Tessier, était assis près de l'autel, il s'est demandé si leurs gestionnaires devaient absolument viser le sommet des classements. «Ce n'est pas vrai que lorsqu'on gère des sommes de capital gigantesques, on peut s'attendre à aller chercher des rendements de 10 à 12 % alors qu'on a une inflation de 2 % à long terme. Je regrette, c'est impossible. L'économie réelle ne peut pas supporter ce type d'écart-là. Sauf si on prend des risques énormes. [...] Je ne pense pas qu'un fonds de retraite devrait dire "je dois être dans le premier quartile".»

Prié de commenter les propos de M. Sirois, M. Tessier a été prudent. «Comme pour tout le monde, je pense que l'obsession maintenant, c'est de suivre de très près ce que les déposants veulent et ce dont ils ont besoin», a-t-il dit aux journalistes.
 
 
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