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Bell Globemedia attaque Vidéotron devant les tribunaux

Un document accusant Vidéotron d'abuser de sa position dominante a déjà été transmis au CRTC

Décidément, la convergence n'en finit plus de prendre des détours. Après avoir annulé toute sa publicité chez Quebecor, BCE, par l'intermédiaire de sa filiale Bell Globemedia, se lance à l'attaque de Vidéotron, filiale de Quebecor, sur deux fronts, à savoir le CRTC et la Cour supérieure.

Alain Gourd, vice-président exécutif de Bell Globemedia, a expliqué, dans une conférence de presse téléphonique hier, qu'un document a déjà été transmis au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour le supplier de ne pas déréglementer davantage, de manière à ne pas permettre à Vidéotron de faire encore plus de dommages au Québec où 80 % de la clientèle lui appartient, particulièrement dans les marchés de Montréal, Sherbrooke et Chicoutimi. M. Gourd accuse Vidéotron d'abuser de sa position dominante.


«La déréglementation n'est pas propice dans ces marchés tant que le problème des abus n'aura pas été réglé. Si Vidéotron a trouvé le moyen d'abuser de sa position dominante et de se donner des avantages indus, imaginez ce qu'elle va faire s'il y a déréglementation», a déclaré le vice-président.


Par ailleurs, M. Gourd a mentionné que, probablement lundi, la Cour supérieure sera saisie d'une demande de poursuite contre Vidéotron pour récupérer des sommes d'argent qui, soutient la plaignante, n'ont pas été payées par Vidéotron pour les services du Réseau des Sports (RDS). Selon M. Gourd, il faut absolument réviser la méthodologie utilisée pour calculer le nombre d'abonnés. À son avis, Vidéotron fait le compte d'une façon qui l'avantage, par exemple en ne déclarant qu'un abonné dans un immeuble à condos où il y a 20 ou 50 résidants. Le même raisonnement est appliqué dans le cas des hôpitaux et autres édifices, fait valoir M. Gourd, qui n'a pas donné de chiffres en ce qui concerne les sommes qu'aurait ainsi perdues le réseau RDS.


Cette poursuite constitue une riposte à une autre poursuite déposée par Vidéotron en Cour supérieure contre Netstar Communications et RDS en réclamant 13,4 millions pour des sommes qu'auraient payées en trop Vidéotron, en comparaison des montants demandés pour des services équivalents à Bell ExpressVu, concurrent de Vidéotron. Chez Quebecor, on considère qu'il s'agit d'une concurrence déloyale.


M. Gourd a reconnu que pendant deux semaines il y a eu par mégarde une telle différence dans les prix mais que la situation a été rapidement corrigée par la suite et qu'on a même offert une compensation à Vidéotron, qui a été évaluée à 50 000 $. En outre, Bell Globemedia dit avoir engagé une vérification totale, tant chez Netstar que chez Bell ExpressVu, pour clarifier complètement la situation en ce qui concerne les allégations de Vidéotron. M. Gourd ajoute que, dans un document écrit soumis au tribunal, Vidéotron admet n'avoir aucune idée de l'ampleur du problème.


La bagarre entre les deux géants de la convergence, Quebecor et BCE, va donc se poursuivre sur plusieurs terrains, d'abord au CRTC, puis devant la Cour supérieure, et bien entendu auprès des consommateurs, qui, une fois libérés de la camisole des monopoles et sollicités par une évolution technologique fulgurante, font la vie dure aux tenants de la convergence.


Pour sa part, Luc Lavoie, porte-parole de Quebecor et Vidéotron, répond à M. Gourd en affirmant qu'il a rarement vu autant d'amateurisme. D'abord, en ce qui concerne la poursuite annoncée par Bell Globemedia, M. Lavoie rétorque qu'il n'a jamais vu quelqu'un donner une conférence de presse pour annoncer une poursuite qui n'existe pas, du moins pas encore. «Il est impossible de réagir à une poursuite quand il n'y a aucun document sur lequel s'appuyer pour y répondre», dit-il.


En second lieu, la demande au CRTC n'est aucunement une nouvelle, selon M. Lavoie, puisqu'elle fut annoncée lors d'une réunion du CRTC le 23 avril et que seul le National Post en a fait état dans un paragraphe. Ce fut donc, selon lui, un coup de canon raté, d'où la reprise d'hier, ce qui équivaut, interprète-t-il, à une forme de manipulation médiatique.


Pour ce qui est de la méthodologie en vigueur pour établir le nombre des abonnés, il y a deux types d'abonnés, explique le porte-parole de Vidéotron: le client individuel et le client commercial. Le client individuel est le simple citoyen, propriétaire ou locataire d'une maison ou d'un logement. Le client commercial, comme un hôtel ou un hôpital, est celui qui négocie avec le câblodistributeur un montant global annuel, puisqu'il est impossible de savoir à l'avance combien de chambres seront occupées. Le montant global est ensuite divisé par 12 (mois), puis divisé par 35 $ (le tarif moyen pour le client individuel); cela donne le montant payé par chambre. Dans les condominiums, explique M. Lavoie, le montant global est généralement négocié avec le syndicat des copropriétaires. Cette façon de faire est en vigueur depuis plusieurs années, rappelle M. Lavoie.


Enfin, tant Bell Globemedia que Vidéotron ont aussi leurs problèmes personnels, pourrait-on dire. Dans le cas du premier, BCE pourrait inscrire une charge de 100 à 300 millions pour tenir compte de la dépréciation de sa filiale, qui regroupe entre autres le réseau de télévision CTV et le journal torontois The Globe and Mail. Le montant exact sera établi à partir de l'évaluation finale qui sera faite par le vérificateur indépendant de BCE. On pourrait connaître le résultat de cette recherche dès la semaine prochaine. Au moment de sa création, la valeur de Bell Globemedia était estimée à quatre milliards de dollars. BCE est le principal actionnaire avec une participation de 70 %.


En ce qui concerne Vidéotron, son problème personnel le plus aigu présentement est sans doute le conflit de travail avec ses employés, qui ont déclaré la grève quelques heures avant que le patron ne décide d'en faire un lock-out. Les négociations sont au point mort.
 
 
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